« Le Paris de Malraux », de Jean-René Bourrel

"Le Paris de Malraux", de Jean-René BourrelL’image de Malraux traditionnellement retenue est celle d’un aventurier, d’un voyageur du monde désireux, dans son jeune âge au moins, de s’imposer loin des limites de la vieille Europe, en allant chercher la gloire, et éventuellement la fortune, du côté de l’Orient, dans l’ancien empire colonial et ses périphéries où un jeune homme sans naissance et sans diplôme peut espérer se réaliser.

C’est oublier qu’aux deux extrêmes de sa vie, les premières et les dernières années, et pendant la plus grande partie de sa carrière, Malraux est indissolublement lié à Paris, la ville phare dont il s’éloigne parfois mais vers laquelle il revient toujours.

Le tropisme parisien justifie cet excellent essai que nous donne aujourd’hui, aux éditions Alexandrines dans la collection « Paris des écrivains », Jean-René Bourrel, fin spécialiste de l’écrivain.

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Le tropisme parisien

Le futur auteur de L’Espoir voit le jour sur la pente nord de la butte Montmartre, passe son enfance (une enfance qu’il déteste) à Bondy, dans l’est de la capitale, avant de devenir un dandy cultivé qui consentira à traverser la Seine pour aller trouver, grâce à son intérêt pour les livres, une position au Quartier latin.

Après l’intermède indochinois (dont, naturellement, il n’est pas question ici), Malraux s’installe un temps à Passy avec Clara, fréquente Montparnasse, le nouveau quartier à la mode, puis Saint-Germain-des-Prés où il va trouver à s’illustrer du côté de la rue Sébastien-Bottin quand Gallimard se propose de l’éditer puis lui offre un poste de responsable éditorial. La trajectoire de celui que Drieu la Rochelle appelle « le Barrès bolchevique » est lancée.

La suite est connue et rapidement rappelée dans le livre : l’amitié avec Gide, le prix Goncourt, les engagements politiques, le rapprochement avec les communistes, l’épopée espagnole auprès des Républicains, en attendant les activités de résistant sous le nom de colonel Berger, Josette pour remplacer Clara, l’entrée dans la « Blibliothèque de la Pléiade » et les essais sur l’art. Et toujours, avec des éclipses, un retour vers Paris, ville qui, Jean-René Bourrel nous en convainc, constitue un élément de cohérence dans un itinéraire chaotique voire contradictoire.

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Le mythe de la Ville

Les pages, parfaitement documentées, consacrées au ministre des Affaires culturelles du général de Gaulle, puis de Georges Pompidou confirment cet ancrage parisien. Cette part de la vie de Malraux (qui a abandonné l’écriture de fiction) est souvent mal connue car située en dehors de l’histoire littéraire. Jean-René Bourrel, malgré l’exigence de concision imposée par la collection, parvient à la restituer avec fidélité et précision, revenant sur l’orateur exceptionnel (le « ministre du verbe » comme on l’a nommé), sur ses talents de représentation, sur ses tentatives (pas toujours réussies, sauf pour le Marais et le Louvre) de mise en valeur de la capitale, sur son action pour les théâtres, sur la création des Maisons de la Culture.

Dans Le Miroir des limbes, nous rappelle l’auteur, Malraux développera le tableau du Paris dont il a rêvé, à mi-chemin de Hugo et de Balzac, de Daumier et de Baudelaire, un « mythe de la Ville » en somme, qui ne sera jamais totalement atteint – et s’achèvera dans le silence de Verrières.

Suivre Malraux dans les rues et les quartiers de Paris, au moyen de ce petit livre aux ambitions modestes mais d’une grande tenue, est une bonne manière de nous replonger dans l’existence d’un des intellectuels les plus marquants du XXe siècle : en un peu plus de cent pages l’essentiel est dit et nous dispense de nous plonger dans les (souvent trop) longues biographies.

Yves Stalloni

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• Jean-René Bourrel, « Le Paris de Malraux », Éditions Alexandrines, 120 p., 2017.

Les articles consacrés à Malraux dans « l’École des lettres ».

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