« Les Quatre Filles du pasteur March », de Louisa May Alcott

« Les Quatre Filles du docteur March », de Mervyn LeRoy

L’adaptation du roman de Louisa May Alcott par Mervyn LeRoy avec June Allyson (Jo), Margaret O’Brien (Beth), Elizabeth Taylor (Amy), Janet Leigh (Meg) est diffusée sur Arte le mardi 2 janvier à 20 h 55. L’occasion de revenir aux sources du film dans l’édition du roman traduit par Malika Ferdjoukh dans la collection « Classiques abrégés » de l’école des loisirs.

Louis May Alcott, "Les Quatre Filles du pasteur March", Classiques abrégésL’histoire de Meg, Jo, Beth et Amy a traversé le siècle sous des titres divers, Les Quatre Filles du docteur March étant le plus célèbre et sans doute le moins exact, puisque leur père n’est pas médecin, mais bien pasteur…

Cette chronique d’une année dans la vie d’une famille américaine pendant la guerre de Sécession est bien autobiographique, mais, à l’image de la famille de l’auteur, celle des March n’est ni aussi conventionnelle ni aussi ordinaire qu’on a bien voulu le faire croire au lecteur.

 

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Un maître discret. « Cahier de l’Herne Pierre Michon »

Cahier de l’Herne Pierre MichonIl faudrait avoir la langue de Michon pour dresser son portrait tel qu’il apparaît en couverture  de ce Cahier de l’Herne : sur la photo en noir et blanc de Jean-Luc Bertini, à qui on doit les plus beaux portraits d’écrivains contemporains, il se tient droit, regarde l’objectif, les lèvres semblables à un simple trait horizontal, le crâne ras qui lui donne l’allure d’un moine bouddhiste… mais arrêtons-là.

Et filons page 69 : Pierre Pachet commençait ainsi : « Il y a de la fatigue dans ce regard : il n’est pas fatigué de regarder, il est fatigué de chercher devant lui ce qui n’est qu’en lui et dans les livres. » Et dans le dernier paragraphe de ce beau et court texte, Pachet parle du « regard triste et slave » dans lequel « une gaieté couve, qui parfois s’enflamme ».

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L’enquête PIRLS ou comment gouverner avec l’opinion

Ne nous a-t-on pas assez rabâché depuis une semaine les piètres résultats des nos élèves de CM1 aux évaluations de l’enquête PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study) ?  Ne s’est-on pas assez mortifié avec ces chiffres en « littéracie » inférieurs à la moyenne européenne ? N’a-t-on pas assez soupiré devant les résultats merveilleux de Singapour ou de la Russie ?
Mais à quoi bon ces aveux d’échec, de dégradation constante, ces lamentations, cette auto-flagellation spontanée, sinon pour mieux justifier les réformes en cours et ce beau mot d’ordre  d’aujourd’hui : La lecture d’abord !
Quelle occasion pour afficher sa nouvelle orientation, sa nouvelles pédagogie ! Mais l’enseignement de l’enquête est-il bien là ?

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« Emmanuel Berl. Cavalier seul », d’Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, préface de Jean d’Ormesson

"Emmanuel Berl. Cavalier seul", d'Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, préface de Jean d'OrmessonEmmanuel Berl peut faire penser à ces seconds rôles de l’âge d’or du cinéma français : acteurs polyvalents, présents partout, irremplaçables et souvent géniaux, mais jamais en vedette, jamais au premier plan, toujours en retrait.

Dans le paysage littéraire de l’entre-deux-guerres, et même jusqu’aux années 1970, Berl occupe une place essentielle en tant que passeur, intermédiaire entre des courants de nature différentes et des intellectuels au parcours varié.

Mais rarement il intéresse pour lui-même. Injustice qu’ont voulu réparer Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, des professionnels du genre, en consacrant une copieuse biographie à ce Frégoli de la plume invité à faire enfin, comme le dit le sous-titre, « cavalier seul ».

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« Celui qui va vers elle ne revient pas », de Shulem Deen, prix Médicis Essai 2017

" Celui qui va vers elle ne revient pas", de Shulem Deen, prix Médicis Essai 2017De la foi à la franchise,
le chemin de Shulem Deen

Le prix Médicis Essai a été décerné cette année à Shulem Deen pour Celui qui va vers elle ne revient pas, le récit de son chemin vers l’hérésie, publié aux éditions Globe. Un long chemin de la foi à la franchise, un récit qui ne ménage certes pas sa communauté d’origine mais qui se tisse avant tout de son expérience personnelle.

Comment devient-on un apikorus, un hérétique ? C’est la question à laquelle Shulem Deen tente de répondre dans cet ouvrage aussi précis qu’émouvant. Précis et émouvant car l’auteur ne cherche ni à esquiver ses responsabilités ni à nier ses sentiments ; il n’avance pas suivant ses mouvements d’humeur mais de façon méthodique dans l’écart qu’il prend vis-à-vis de sa « vie d’avant », et il essaie également de retranscrire la douleur qu’il éprouve parfois dans la perte de cette identité initiale de trente ans.

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Les âges de la femme de « La Princesse de Montpensier » à « La Comtesse de Tende »

Mélanie Thierry © Studio Canal

Mélanie Thierry dans « La Princesse de Montpensier », de Bertrand Tavernier © Studio Canal

Lien conjugal et condition féminine au XVIe siècle
dans la fiction historique (XVIIe-XXIe siècle)

« La fiction et l’histoire se retrouvent non seulement dans leurs objectifs respectifs – le roman cherche à représenter le vrai et l’histoire la vérité – que dans les moyens d’y parvenir – discours et descriptions. »

Christian Zonza, La Nouvelle historique en France à l’âge classique (1657-1703), Honoré Champion, pp. 21-23.

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La publication de La Princesse de Montpensier en 1662 a eu un impact révolutionnaire dans le rapport de la fiction à l’histoire : l’histoire n’est plus seulement considérée comme une toile de fond servant de décor à une narration, elle devient la matière de la fiction et ses personnages et événements sont intégrés aux mécanismes de l’intrigue. Ceci est lié à une conception particulière de l’histoire qui naît dans la seconde moitié du XVIIe siècle : l’idée est de se détacher de l’histoire officielle et générale pour valoriser l’histoire particulière. Cette histoire particulière se donne pour but de combler les blancs de l’histoire générale en mettant en lumière les secrets de cabinets, en valorisant les existences particulières et individuelles et en soulignant les relations interpersonnelles.

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