« Calpurnia et Travis », de Jacqueline Kelly

"Calpurnia et Travis", de Jacqueline KellyCalpurnia et Travis de Jacqueline Kelly constitue le deuxième tome des aventures de Calpurnia Tate, une jeune Américaine qui, à l’aube du XXe siècle, découvre avec enthousiasme la faune et la flore de son Texas natal ainsi que les formidables progrès de la science, encouragée par son grand-père, le chef de famille, patriarche ombrageux et lunaire.

Le premier tome, Calpurnia, avait reçu le prix des librairies Sorcières « Romans ado » et figure dans la liste Lectures pour les collégiens établie par le ministère de l’Éducation nationale (niveau
sixième).

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L’enfance retrouvée

L’univers de Calpurnia fait penser à celui de Gerald Durrell (frère du grand romancier, Lawrence), naturaliste et auteur de mémoires truculents qui retracent ses années d’enfance dans l’île de Corfou, My family and other animals (ouvrage longtemps traduit en français sous le titre de Féerie dans l’île).

Le titre anglais pourrait parfaitement convenir au roman de Jacqueline Kelly. On y retrouve la même tonalité humoristique, la même fascination pour la faune, et une même galerie de portraits contrastés – les excentriques (Calpurnia, le petit frère Travis, le grand père) s’opposant aux personnalités plus conventionnelles (les parents, Lamar, la bibliothécaire…).

On entre dans l’univers de Calpurnia avec bonheur et on le quitte avec un brin de nostalgie, conscient d’avoir renoué, le temps d’une lecture, avec sa propre enfance.

Ce nouveau tome apporte son lot d’évènements dramatiques. Calpurnia et son grand-père sont à même de jouer les Cassandre puisque, forts de leurs observation – création d’un baromètre artisanal et identification d’un oiseau marin venu se perdre dans l’arrière pays texan –, ils prédisent l’arrivée de l’ouragan de Galveston qui devait, en cette année 1900, dévaster l’est du Texas. Ils tenteront d’alerter les autorités en vain et ne parviendront pas à prévenir l’une des catastrophes naturelles les plus destructrices que les États-Unis aient jamais connue.

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La question du féminisme

De nouveaux personnages font leur apparition dans cet opus : Aggie, la cousine de Calpurnia qui a perdu son foyer dans la catastrophe de Galvestone. La jeune femme, qui n’inspire pas vraiment la sympathie, s’avère finalement un personnage subversif qui pourrait servir d’exemple à l’héroïne.

La question du féminisme était au cœur du premier tome, elle est exploitée de façon plus affirmée encore. Décriant les leçons de pianos imposées et l’apprentissage obligatoire de la couture et du tricotage, Calpurnia clame son droit à l’éducation et dénonce les discriminations dont elle fait l’objet.

L’un de ses principaux adjuvants sera le docteur Pritzker, un vétérinaire qu’elle étonne par ses dons précoce pour la science médicale et qui l’emploie à divers travaux par lesquels elle prouve l’aptitude qu’a une fille, contre les préjugés de son époque, d’accomplir des tâches jugées masculines.

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Calpurnia, « homme » de science ?

Calpurnia découvre au début de ce second tome qu’un serpent a élu domicile au fond de sa commode. Comme il n’est pas venimeux, elle choisit de cohabiter avec cet intrus pacifique, espérant même qu’il déclenchera chez sa cousine parfois trop vindicative un accès de panique. La péripétie attendue n’a pas lieu mais la narratrice conclut pourtant ce deuxième volume en évoquant l’étrange animal :

« Et le serpent me demanderez-vous. Eh bien il va, il vient. Je le vois parfois, il ne me dérange pas, je ne le dérange pas non plus. »

Si ce serpent est bien celui de la connaissance on peut gager que cette cohabitation durera longtemps et que nous aurons peut-être le bonheur, dans un troisième opus, de savoir comment Calpurnia Tate réussit à accomplir son destin d’homme de science.

Stéphane Labbe

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« Calpurnia et Travis », de Jacqueline Kelly, « Médium », l’école des loisirs, 2017.

« Calpurnia », de Jacqueline Kelly, un roman de formation sur les traces de Darwin, par Stéphane Labbe.

 

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