Germaine de Staël / Maurice Blanchot

Germaine de Staël, par Gérard

Germaine de Staël (1766-1817)

Maurice Blanchot (1907-2003)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La grande opposition de la semaine dans la critique littéraire : une intellectuelle libérale et européenne convaincue – Germaine de Staël – contre un jeune auteur tenté par l’anticonformisme nationaliste – Maurice Blanchot.

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Écouter la chronique

Mme de Staël, une figure majeure du monde intellectuel européen

Germaine de Staël fait la une des journaux et des médias depuis quelques semaines, bicentenaire de sa mort oblige. Ce qui est plus étonnant c’est qu’en dehors du texte que lui consacre Ghislain de Diesbach chez Perrin (Madame de Staël), une réédition au demeurant, ce sont surtout ses œuvres qu’on publie, romans plus ou moins oubliés et essai sur la littérature dans la « Bibliothèque de la Pléiade », recueil de textes variés chez « Bouquins ».

Des essais qui « n’innovent guère sur le fond » pour Jacques de Saint Victor dans le Figaro littéraire qui reconnaît néanmoins : « de ses écrits émane surtout une intelligence morale qui force l’admiration ».

Un autre recueil, celui de ses essais politique, paraît chez Omnibus, qui révèle une femme à la pensée moderne selon Michel Auboin, préfet et maître d’œuvre de cette édition. C’est « une grande européenne, française de cœur, suédoise par son mari, suisse par son père. Elle pense l’Europe à sa façon, qui n’est pas celle de Napoléon. Même si l’expression est anachronique, elle promeut plutôt une “Europe des nations” ». Elle n’est pas assez écoutée ? « Elle appartient au groupe des penseurs libéraux, qui n’ont pas bonne presse en France. Mais en y réfléchissant bien, je suis aujourd’hui persuadé qu’elle a d’abord été la victime de son sexe. »

Pour ce qui concerne les romans publiés dans la « Pléiade » Thierry Clermont du Figaro affirme que Delphine « est roman de l’illusion et du renoncement amoureux qui ouvre la voie à La porte étroite et au Bal du comte d’Orgel ». Le critique note que ses romans sont aussi ceux d’une exaltation de l’Italie ; là où la plupart des historiens voient une succession de petits États elle imagine une nation.

Francine de Martinoir, pour La Croix, fait le lien entre sa littérature et ses essais : « L’analyse de la passion est par ailleurs au cœur de la question posée dans son essai “De la littérature” : comment concilier création littéraire et politique. » Avec cette entrée en force dans plusieurs anthologies, c’est un peu de la légende qui est abandonnée au profit d’une connaissance véritable et approfondie de l’auteure.

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Maurice Blanchot, la tentation du nationalisme absolu

Du côté du nationalisme au sens restrictif et presque pathologique du terme, on trouve la prose de Maurice Blanchot, le Maurice Blanchot des années trente, celui qui écrit des chroniques politiques, son écriture de jour par opposition à l’écriture de nuit, celle de l’écrivain solitaire qu’il deviendra à temps plein.

Ces Chroniques politiques des années trente (« Les cahiers de la NRF », Gallimard) révèlent un anticonformiste au sens de l’entre deux guerres, ce que Nicolas Weil définit pour le Monde des livres : « L’“anticonformisme” de cette mouvance consiste à appeler la jeunesse française à se soulever, au nom de l’“ordre nouveau” contre la république radicale et le Front populaire. » 

Claire Devarrieux, pour Libération, précise : anti-parlementariste, anti-capitaliste, anti-marxiste, cela va de soi, mais aussi anti-Allemand, ce qui le brouille assez vite avec le clan représenté par Robert Brasillach. Elle relève également qu’en 1941 « il participe à l’association culturelle Jeune France, créée par Pierre Schaeffer avec les subsides de Vichy ». Il évoque « les juifs émigrés qui sont prêts à tout pour abattre Hitler et pour mettre fin aux dictatures ».

Les deux articles reviennent néanmoins sur la conversion-reconversion du jeune homme engagé en écrivain « de nuit » plus éloigné de la scène des idées. Ils insistent également sur le livre que Michel Surya lui a consacré pour en souligner des louvoiements jusqu’aux mensonges, même s’il n’est pas question pour autant de l’assimiler à la figure d’un Heidegger ni à remettre en question la sincérité de son attitude à venir.

Pensée libérale et européenne d’un côté, idéaux d’extrême droite digérés autant que dissimulés de l’autre, cette semaine encore, pour comprendre l’actualité des idées il n’est que d’aller consulter la littérature.

Frédéric Palierne

 

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