Face aux criminels

Hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 au pied de la statue de la République, à Paris © CR

Hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 au pied de la statue de la République, à Paris © CR

 

Le prestige de la littérature a pu donner au mot « terroriste » une certaine aura romantique. Sans remonter aux conspirateurs latins montrés par Shakespeare dans son Jules César ou aux anarchistes russes évoqués par Tourgueniev et Dostoïevski, certains personnages de Malraux, Camus ou Sartre relevant de cette catégorie ont acquis une sorte de dignité littéraire qui aurait pour effet d’atténuer la violence de leurs choix.

Analysant ces figures devenues des archétypes, le professeur peut oublier de rappeler les monstruosités dont ils se rendent coupables et le délire fanatique qui les anime. Sans excuser le passage à l’acte, il peut lui trouver des justifications : le refus des totalitarismes, la réponse au terrorisme d’État, la défense d’un idéal, la volonté de faire entendre la voix des minorités.

L’incertitude de la frontière entre le « terroriste » et le « résistant » (le terroriste du camp adverse) ajoute à la confusion et encourage à l’indulgence.

La tuerie de ces derniers jours nous ramène à une réalité moins angélique et nous invite à une reconsidération sémantique qui prenne en considération non plus les moyens mais les fins. Le terroriste, quel qu’il soit, est, comme son nom l’indique, celui qui souhaite répandre la terreur. Dans le cas de ces barbares qui tirent au hasard dans une salle de spectacle ou sur de paisibles consommateurs attablés au café, l’objectif est atteint. Mais à la différence des engagements de certains révoltés d’hier, ces meurtriers aveugles ne peuvent revendiquer aucune des nobles motivations de l’action violente clandestine.

Les raisons invoquées par les assassins du 13 novembre ou par leurs commanditaires n’ont rien de convaincant ; elles ne sont pas réellement politiques (rendre Daesh maître du monde ?), ni même  religieuses, sauf à vouloir éliminer tous les « mécréants » ou les convertir de force, ce qui a peu de chance de se produire.

On voit mal se profiler derrière ces meurtres odieux un idéal mobilisateur et respectable comparable à ceux dont se réclamaient certains militants libertaires de jadis, prétendant, par des moyens souvent indéfendables, vouloir imposer une société plus juste.

Ce que nous vivons aujourd’hui ne semble pas tout à fait relever du « terrorisme ». C’est faire trop d’honneur à ces fous sanguinaires que de les baptiser d’un terme qui a pu échapper aux seules connotations négatives.

Rien de ce qui pourrait paraître acceptable dans l’acte terroriste ne peut être allégué pour qualifier l’horreur gratuite de ces actes sanglants. Le début du combat commence par le choix des mots : restons unis face aux criminels.

                                                                                  Yves Stalloni

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Voir également : 

• L’école au front : accompagner les élèves et leur rencontre avec la guerre…, par Alexandre Lafon.

• Matin tragique. Les Lettres au cœur de l’enseignement moral et civique aux côtés de l’Histoire et des Sciences humaines, par Françoise Gomez.

• Reprendre le fil des apprentissages après le vendredi noir…, par Antony Soron.

• Les programmes éducatifs européens face aux défis du terrorisme, par Viviane Devriésère.

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On pourra se rapporter aux très nombreux articles consacrés sur ce site aux attentats contre « Charlie hebdo » : 

• L’éducation aux médias et à l’information à l’ordre du jour, par Daniel Salles.

• La morale républicaine à l’école : des principes à la réalité, par Antony Soron.

• L’humour, valeur nationale : mallette théorique pour interventions pédagogiques, par Anne-Marie Petitjean.

• Lire en hommage ? – Lire les images, par Frédéric Palierne.

• Cogito « Charlie » ergo sum, par Antony Soron.

Le temps des paradoxes, par Pascal Caglar.

Le bruit du silence, par Yves Stalloni.

• Trois remarques sur ce que peut faire le professeur de français, par Jean-Michel Zakhartchouk.

• Paris, dimanche 11 janvier 2015, 15 h 25, boulevard Voltaire, par Geoffroy Morel.

• « Fanatisme  » , article du  » Dictionnaire philosophique portatif » de Voltaire, 1764.

• Pouvoir politique et liberté d’expression : Spinoza à la rescousse, par Florian Villain.

Racisme et terrorisme. Points de repère et données historiques, par Tramor Quemeneur.

 La représentation figurée du prophète Muhammad, par Vanessa Van Renterghem .

En parler, par Yves Stalloni.

« Je suis Charlie » : mobilisation collégienne et citoyenne, par Antony Soron.

• Liberté d’expression, j’écris ton nom. Témoignages de professeurs stagiaires.

• Quel est l’impact de l’École dans l’éducation à la citoyenneté ? Témoignage.

L’éducation aux médias et à l’information plus que jamais nécessaire, par Daniel Salles.

Où est Charlie ? Au collège et au lycée, comment interroger l’actualité avec distance et raisonnement, par Alexandre Lafon.

• « Nous, notre Histoire », d’Yvan Pommaux & Christophe Ylla-Somers, par Anne-Marie-Petitjean.

Liberté de conscience, liberté d’expression : des outils pédagogiques pour réfléchir avec les élèves sur Éduscol.

 

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