« Montaigne », d’Arlette Jouanna

Que peut-on attendre d’une nouvelle biographie de Montaigne qui s’ajoute à bien d’autres (et qui en mentionne six, intéressantes à divers titres, parues entre 1993 et 2014), surtout quand elle concerne un auteur dont la vie est si mal connue ?

Dès son « Introduction », Arlette Jouanna signale la difficulté de l’entreprise : « les sources accessibles dans les dépôts d’archives sont maigres, si bien qu’il faut renoncer, en l’état de nos connaissances, à tout savoir de ce qu’a vécu Montaigne ».

Lire la suite

« Jean-Pierre Melville, une vie », d’Antoine de Baecque

"Jean-Pierre Melville, une vie", d'Antoine De BaecqueUn singulier pluriel

Un de ses films figurait au programme de l’agrégation de Lettres et cela aurait plu à cet autodidacte, ou l’aurait amusé. Il a connu des années de purgatoire, mais de Scorsese à Tarantino, en passant par Abel Ferrara, John Woo et Johnnie To, de grands cinéastes le citent parmi leurs sources, l’admirent et s’en inspirent.

Ce cinéaste français, c’est Jean-Pierre Melville et Le Cercle rouge, « film somme » écrit Antoine de Baecque, était objet d’étude à l’Université. Pas le seul objet d’étude. On sait quelle place L’Armée des ombres occupe dans la filmographie consacrée à la Résistance. Lors de la projection de presse, Joseph Kessel, dont le roman était là adapté, a pleuré. Son frère d’armes pendant l’Occupation avait compris ce qu’ils avaient vécu, avait su rendre le quotidien d’un réseau, l’existence clandestine, à la fois banale et héroïque.

Lire la suite

Et si écouter lire était aussi le propre de l’homme ?

Jean-Michel Blanquer, alors tout récent ministre de l’Éducation nationale, s’est engagé au mois de juin 2017 à offrir à 150 000 élèves de CM2, dans le cadre de l’opération « Un livre pour les vacances », un recueil de fables choisies de Jean de La Fontaine. Il bénéficiait en cela de la bénédiction du fabuliste, qui, dans sa préface de 1668, recoupait l’avis de Platon concernant Ésope : « Il souhaite que les enfants sucent ces fables avec le lait ; il recommande aux nourrices de les leur apprendre. »

Cette initiative se doublait de vertus pratiques dans la mesure où une version « audio » de ces fables est téléchargeable sur le site Eduscol.

Il est ainsi possible pour l’élève non seulement de lire une partie d’une œuvre littéraire patrimoniale mais également de l’écouter interprêtée par le comédien Michel Elias. Or, c’est certainement la question de l’écoute du livre ou, si l’on préfère, de la reconquête du texte par l’oreille que la proposition ministérielle vient indirectement de relancer.

Lire la suite

« L’impossible exil. Stefan Zweig et la fin du monde », de George Prochnik

"L’Impossible Exil. Stefan Zweig et la fin du monde", de George ProchnikLe livre, traduit de l’anglais, que nous offre George Prochnik sur Stefan Zweig, est aussi passionnant que déconcertant. Déconcertant d’abord par sa forme, très éloignée des biographies classiques ou des essais, au demeurant assez nombreux, consacrés à l’auteur du Monde d’hier.

L’ouvrage se propose, ainsi que l’indique son titre, de décrire les années d’exil de l’écrivain, à partir de 1935, successivement en Angleterre, aux États-Unis (surtout) puis au Brésil, où il se donnera la mort avec sa compagne, Lotte en février 1942, et d’analyser en même temps le sens et l’importance de cet arrachement à sa terre natale autrichienne.

Mais ce travail s’éloigne d’une approche que nous appellerions cartésienne, le récit n’ayant rien de linéaire, mélangeant les époques et les lieux, bouleversant la chronologie, introduisant des anecdotes secondaires et des éléments personnels grâce auxquels l’auteur, citoyen américain, mais lui-même descendant de juifs viennois immigrés, s’identifie au personnage dont il trace l’itinéraire.

Lire la suite

Primo Levi, « Moi qui vous parle. Conversation avec Giovanni Tesio »

Primo Levi, "Moi qui vous parle. Conversation avec Giovanni Tesio"Trente ans après la mort de Primo Levi, un petit livre d’entretiens paraît. Petit mais riche et éclairant. Ce Moi qui vous parle aurait dû constituer la base d’une biographie autorisée que Giovanni Tesio souhaitait écrire sur l’écrivain et témoin que nous connaissons.

Primo Levi a participé à trois entretiens, un quatrième était prévu, qui n’a jamais eu lieu. La dépression chronique qui l’affectait a eu raison de lui, mais pas seulement elle ; l’air du temps, qui était à la négation du crime, le sentiment de ne plus pouvoir transmettre, d’autres causes plus intimes.

Lire la suite

Myster William

Daniel Bougnoux, "Shakespeare. Le choix du spectre"Faisant écho à la chronique par Stéphane Labbe dans ces colonnes du Dictionnaire amoureux de Shakespeare de François Laroque (« Bouquins », Robert Laffont), on s’intéressera ici – dans le torrent éditorial qui accompagne la célébration de l’auteur (?) de Hamlet – à Shakespeare. Le Choix du spectre, l’ouvrage à contre-courant que Daniel Bougnoux publie aux Impressions nouvelles.

Comme on le sait, quatre siècles maintenant nous sépareraient de la disparition de William Shakespeare (1564-1616) – du moins officiellement…

D’où nous vient donc, vous demanderez-vous, cet usage du conditionnel suspicieux, cette propension au point d’interrogation accusateur, cette insidieuse tendance enfin à user de la locution restrictive ?

Lire la suite

Pierre Daix, « Aragon retrouvé (1916-1927) »

Pierre Daix, "Aragon retrouvé"Pierre Daix, qui nous a quittés à la fin de l’année dernière, nous laisse un nombre considérable de livres (plus de soixante-dix) dont, parmi ses nombreux essais, plusieurs consacrés à deux créateurs importants du XXsiècle qu’il a personnellement bien connus, Pablo Picasso et Louis Aragon.

Son ultime ouvrage, à partir d’un manuscrit achevé à la veille de sa mort, porte sur l’écrivain et vient compléter la solide biographie publiée en 1975, reprise et augmentée à deux reprises (1994 et 2004) et complétée, il y a peu (2009), par Aragon avant Elsa.

Lire la suite

« Guillaume Apollinaire », de Laurence Campa

"Apollinaire", par Laurence CampaIl y a toujours une bonne raison pour parler d’Apollinaire, un de nos poètes lyriques les plus attachants. Mais il en est deux qui sont liées à l’actualité.

D’une part, et il en a été question sur ce site, le centenaire de la parution d’Alcools, recueil qui fut publié au printemps de l’année 1913.

D’autre part, les commémorations – qui ne font que commencer – de la Grande Guerre à laquelle le poète fut intimement lié, pour laquelle il versa son sang et qui, indirectement, entraîna sa mort prématurée, à trente-huit ans, le 9 novembre 1918, à deux jours de l’Armistice.

Lire la suite