« 365 expressions latines expliquées », par Paul Desalmand et Yves Stalloni

Paul Desalmand et Yves Stalloni, " 365 expressions latines expliquées"À lire ad libitum

A priori, un consensus existe. Qu’on habite intra-muros, qu’on trouve avec les autres un modus vivendi acceptable ou que l’on passe ou pas son temps dans les in-folio, on pratique l’expression latine ou le simple mot comme la langue de Monsieur Jourdain, d’Audiard, ou de Prévert.

Eh oui, notre dictionnaire est rempli de mots venus de Rome intra-muros, parfois apporté manu militari en Gaule, peuplant pour notre plus grand bonheur, les pages d’Astérix. Nul n’a oublié les pauvres pirates régulièrement naufragés par le duo gaulois et dont l’un s’exclame « O tempora ! O mores ! » L’entrée 238 du dictionnaire savant et plein d’humour (les deux vont de pair) de Paul Desalmand et Yves Stalloni apprend aux latinistes de 11 à 99 ans que c’est l’exemple choisi pour illustrer le vocatif, et qu’elle signifie, pour tout le monde, et en français courant « Tout fout l’camp ! »

365 expressions latines expliquées c’est donc une par jour, et cela donne envie de se replonger dans cette belle langue qui a souffert et souffre encore d’une certaine désaffection dans l’institution scolaire. Bien des élèves l’apprécient, et pas seulement les forts en thème (ou en version), mais les Lettres classiques n’ont plus trop de place. Mais trêve de lamentations ad nauseam et revenons à ce petit livre que l’on peut emporter partout et dans le Latium par exemple.

Langue et civilisation

L’ouvrage rappelle les pages roses du Larousse, à ceci près que les auteurs ne se contentent pas de traduire. Les explications qu’ils donnent nous ramènent à l’Histoire, romaine ou française. Intra muros désigne ce qui est dans l’enceinte de Rome, et partant de Paris, avant que le Grand Paris ne rompe la clôture du périphérique. On apprend également que « Larvatus prodeo », « J’avance masqué », est la devise de Descartes, cherchant à distinguer la réflexion philosophique qu’il engage, de la croyance religieuse. La « Terra incognita » imaginée par Virgile tend à disparaître, à moins que les planètes éloignées de la nôtre attendent leur Virgile. Cela vaut aussi pour l’ « Ultima Thule ».

Les latins s’interrogent sur tout (est-ce étonnant pour une aussi grande civilisation ?) et partent avec Lucrèce suivant Épicure, du Ex nihilo, « À partir de rien », qui fascine aujourd’hui Éric Chevillard, par exemple. Leur souci de la langue, de sa logique et du raisonnement apparaît dans les expressions a priori et a posteriori, abréviation de a priori ou a posteriori ratione quam experientia, « en vertu d’un raisonnement qui vient avant ou après l’expérience », en quoi réside la physique ou les sciences expérimentales. Le droit n’est pas en reste et ce petit livre est rempli de mots ou d’expressions utilisés chez les juristes et les notaires comme le « de jure » qui s’oppose au « de facto », l’«intestat » ou le « pro forma ». (Laissons au curieux le soin de lire les explications.)

Deux pages de "365 expressions latines expliquées", de Paul Desalmand et Yves Stalloni

Deux pages de « 365 expressions latines expliquées »,
de Paul Desalmand et Yves Stalloni

Le christianisme a beaucoup parlé latin. Il a traduit l’hébreu de l’Ancien Testament (« Erit sicut dii ») des Psaumes, mais aussi le Nouveau Testament (on lira l’entrée 75) et nul n’ignore qui est la Mater dolorosa qui se lamente sur des toiles visibles au Louvre, aux Offices et dans bien des églises. Quant au Stabat Mater, près de deux-cents musiciens ont composé sur cette prière.

 

Du côté de la littérature

Et que dire de la littérature française, classique ou moderne ? Le « taedium vitae », cette fatigue de vivre, affecte Baudelaire comme Sartre, mais nos contemporains tout autant, « ad nauseam ». Le « Et nunc manet in te », titre d’un court récit de Gide renvoie à Virgile, et à un poème sur le moucheron. Dans d’autres domaines, le latin fait son travail de taupe. L’entrée « lapsus » est illustrée par un exemple éloquent, montrant que les auteurs ont l’oreille fine, sont des auditeurs (du latin « audire ») attentifs…

L’auteur de ces lignes, qui avait autrefois rencontré le « Felix culpa », heureuse faute, dans un texte de Ponge est content que l’erreur se soit avérée bénéfique puisque grâce à ce livre, il sait ce que veut dire l’expression.

Un index alphabétique des expressions permet de retrouver aisément les explications. Ce ne sera pas inutile aux professeurs de latin qui donneront ce petit livre à lire à leurs élèves ; pour le cours de civilisation, on trouve rarement plus clair et vivant. Non, vraiment messieurs Desalmand et Stalloni, à qui on doit déjà, en duo 365 expressions mythologiques et bibliques expliquées, n’auront pas besoin de quelque « captatio benevolentiae » pour qu’on les lise.

Excipit !

Norbert Czarny

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• Paul Desalmand et Yves Stalloni, « 365 expressions latines expliquées », Chêne, 2013.

• Les langues et civilisations anciennes dans les Archives de l’École des lettres.

• Un regard inattendu sur la Rome antique dans un manga : Giacomo Foscari, de Mari Yamazaki, Rue de Sèvres, 2013.

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