« Emmanuel Berl. Cavalier seul », d’Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, préface de Jean d’Ormesson

"Emmanuel Berl. Cavalier seul", d'Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, préface de Jean d'OrmessonEmmanuel Berl peut faire penser à ces seconds rôles de l’âge d’or du cinéma français : acteurs polyvalents, présents partout, irremplaçables et souvent géniaux, mais jamais en vedette, jamais au premier plan, toujours en retrait.

Dans le paysage littéraire de l’entre-deux-guerres, et même jusqu’aux années 1970, Berl occupe une place essentielle en tant que passeur, intermédiaire entre des courants de nature différentes et des intellectuels au parcours varié.

Mais rarement il intéresse pour lui-même. Injustice qu’ont voulu réparer Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, des professionnels du genre, en consacrant une copieuse biographie à ce Frégoli de la plume invité à faire enfin, comme le dit le sous-titre, « cavalier seul ».

Lire la suite

« Celui qui va vers elle ne revient pas », de Shulem Deen, prix Médicis Essai 2017

" Celui qui va vers elle ne revient pas", de Shulem Deen, prix Médicis Essai 2017De la foi à la franchise,
le chemin de Shulem Deen

Le prix Médicis Essai a été décerné cette année à Shulem Deen pour Celui qui va vers elle ne revient pas, le récit de son chemin vers l’hérésie, publié aux éditions Globe. Un long chemin de la foi à la franchise, un récit qui ne ménage certes pas sa communauté d’origine mais qui se tisse avant tout de son expérience personnelle.

Comment devient-on un apikorus, un hérétique ? C’est la question à laquelle Shulem Deen tente de répondre dans cet ouvrage aussi précis qu’émouvant. Précis et émouvant car l’auteur ne cherche ni à esquiver ses responsabilités ni à nier ses sentiments ; il n’avance pas suivant ses mouvements d’humeur mais de façon méthodique dans l’écart qu’il prend vis-à-vis de sa « vie d’avant », et il essaie également de retranscrire la douleur qu’il éprouve parfois dans la perte de cette identité initiale de trente ans.

Lire la suite

Les âges de la femme de « La Princesse de Montpensier » à « La Comtesse de Tende »

Mélanie Thierry © Studio Canal

Mélanie Thierry dans « La Princesse de Montpensier », de Bertrand Tavernier © Studio Canal

Lien conjugal et condition féminine au XVIe siècle
dans la fiction historique (XVIIe-XXIe siècle)

« La fiction et l’histoire se retrouvent non seulement dans leurs objectifs respectifs – le roman cherche à représenter le vrai et l’histoire la vérité – que dans les moyens d’y parvenir – discours et descriptions. »

Christian Zonza, La Nouvelle historique en France à l’âge classique (1657-1703), Honoré Champion, pp. 21-23.

.

La publication de La Princesse de Montpensier en 1662 a eu un impact révolutionnaire dans le rapport de la fiction à l’histoire : l’histoire n’est plus seulement considérée comme une toile de fond servant de décor à une narration, elle devient la matière de la fiction et ses personnages et événements sont intégrés aux mécanismes de l’intrigue. Ceci est lié à une conception particulière de l’histoire qui naît dans la seconde moitié du XVIIe siècle : l’idée est de se détacher de l’histoire officielle et générale pour valoriser l’histoire particulière. Cette histoire particulière se donne pour but de combler les blancs de l’histoire générale en mettant en lumière les secrets de cabinets, en valorisant les existences particulières et individuelles et en soulignant les relations interpersonnelles.

Lire la suite

« Lait et Miel », de Rupi Kaur, un exemple de poésie populaire au XXIe siècle

Qui aurait jamais cru qu’un recueil de poèmes puisse, aujourd’hui, se vendre à plus d’un million d’exemplaire ? C’est pourtant la performance qu’a réalisé la jeune poétesse Rupi Kaur, âgée d’à peine vingt-quatre ans. Son recueil, Milk and Honey – traduit sous le titre Lait et Miel aux éditions Charleston –, a été inscrit parmi la liste des best-sellers du New York Times, pour s’être écoulé à plus d’un million quatre cent mille exemplaires.

Il faut dire que la jeune femme est parfaitement représentative de son époque : émigrée sikhe originaire du Pendjab, elle s’est établie à Toronto avec ses parents alors qu’elle n’avait que quatre ans. Elle a subi les désillusions que peut connaître une petite fille de couleur dans un pays où le machisme n’a pas totalement disparu et où les Blancs sont majoritaires. Femme issue d’une culture qui accorde la prééminence aux mâles, son pays d’adoption l’autorise néanmoins à prendre du recul et sa poésie est d’abord le fruit d’une revendication féministe.

Lire la suite

Les ateliers d’écriture de l’école des loisirs

© Véronique Deiss, l’école des loisirs

Depuis plus de cinquante ans, l’école des loisirs est une maison d’édition indépendante, spécialisée dans une littérature de jeunesse variée et audacieuse. Animée par l’idée de transmission, l’école des loisirs met cette année en place ses premiers ateliers pour adultes.

Marie-Aude Murail, marraine de l’édition 2018, mènera les ateliers avec Sophie Chérer, Thomas Lavachery, Susie Morgenstern, Carl Norac, Éric Pessan, Brigitte Smadja et les équipes de l’école des loisirs.

Envoyez votre manuscrit et soyez retenus pour participer à des ateliers avec les auteurs de la maison et mieux connaître le monde de l’édition jeunesse !

Lire la suite

Retour sur le 13 novembre 2015 avec une classe de collège

Place de la République, novembre 2015 © CR

Place de la République, novembre 2015 © CR

Deux ans après, les plaies des attentats du 13 novembre restent vives. Cette effroyable vague de mitrailles en plein Paris a d’évidence pour longtemps touché le cœur de la République française. Or, pour un professeur, à chaque date « anniversaire », comme celle aussi du 7 janvier 2015, jour de l’attentat contre Charlie Hebdo, une interrogation resurgit. Faut-il embrayer sur ces sujets douloureux avec les élèves ou les laisser appréhender seuls et/ou avec leurs parents la rétrospection de faits ?

Les compétences du programme de français invitent à développer la conscience personnelle des élèves « citoyens ». Des compétences liées au domaine 1 du socle comme « Exprimer ses sentiments, ses sensations » ou encore « Formuler un avis personnel » doivent être approfondies en cours. Passer par le biais d’une chanson constitue sans doute un angle d’attaque pédagogique pertinent si l’enseignant fait le choix « d’en parler ». Celle d’Alain Souchon, « Et si en plus, y’a personne », créée en 2005, sera ici le support d’une évocation indirecte de cette soirée funeste.

Lire la suite