« Michel Tournier : l’écriture du temps », de Mathilde Bataillé

« Michel Tournier : l’écriture du temps », de Mathilde BatailléUne invitation à relire Tournier

Alors que Michel Tournier a fait, un peu plus d’un an après sa disparition, son entrée dans la « Bibliothèque de la Pléiade » avec un volume consacré aux romans, paraît un passionnant essai de Mathilde Bataillé sur la question du temps dans son œuvre.

L’auteur, qui enseigne la littérature à l’université d’Angers, a soutenu sur le sujet une thèse que le présent ouvrage, intitulé Michel Tournier : l’écriture du temps, reprend en l’allégeant pour la rendre accessible au plus grand nombre.

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« Made in China », de Jean Philippe Toussaint

"Made in China", de Jean-Philippe ToussaintL’œuvre de Jean-Philippe Toussaint est constituée de romans et d’essais. On croit avoir tout résumé, à ceci près que les essais sont souvent enrichis d’une dimension romanesque, et que les romans contiennent une part réflexive.

Ainsi, dans les dernières pages de Made in China, Jean-Philippe Toussaint annonce-t-il Le Fatal et le Fortuit, un essai qu’il écrit alors qu’il est en train de tourner The Honey Dress, extrait qui ouvre Nue. C’est l’un des trois films réalisés dans ce pays, où il retrouve son ami et éditeur chinois, Chen Tong.

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Gaël Faye : « Petit Pays » – et grands soucis

"Petit Pays", de Gaël FayePetit Pays, de Gaël Faye, prix Goncourt des lycéens 2016, c’est avant tout l’histoire de deux pays déchirés ; l’un par la guerre, l’autre par le génocide.

Gabriel vit au Burundi avec son père français, sa mère, originaire du Rwanda et sa petite sœur Ana. La vie suit son cours pour le jeune garçon, avec ses bons et ses mauvais moments entre les cigarettes fumées sur le terrain vague avec ses copains, les petits vols commis chez les voisins et les longues discussions passées à refaire le monde. La vie d’alors revient aussi à accepter la douleur du divorce de ses parents survenu brutalement.

Mais comment continuer à garder son insouciance d’enfant lorsque la guerre frappe son pays et que sa famille rwandaise est décimée ? Comment parvenir à oublier le traumatisme des coups de feu, des morts et de l’horreur ?

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« Une Odyssée. Un père, un fils, une épopée », de Daniel Mendelsohn

"Une Odyssée. Un père, un fils, une épopée", de Daniel MendelsohnPère et fils

Qui a lu Les Disparus, sait quelle place les récits mythiques occupent dans la réflexion de Daniel Mendelsohn. Partant en quête de membres de sa famille exterminés en Galicie par les nazis, l’auteur faisait le lien, établissait des parallèles entre ces êtres proches de lui et les personnages légendaires que sont Caïn et Abel, Abraham ou Énée.

Ce dernier, survivant de la destruction de Troie et du massacre de tous ses habitants n’était pas son héros favori. Il n’était pas capable d’exprimer ses sentiments. Du moins c’est ainsi que Mendelsohn le percevait jusqu’à ce qu’il relise un épisode montrant le Troyen dans le palais de la reine Didon. Il découvre une fresque sur sa ville d’origine et se met à pleurer. L’auteur le découvre alors, tel qu’il aime les héros : capables de pleurer.

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L’enseignement de la littérature française est-il incontournable ?

De la manière d'enseigner et d'étudier les Belles-lettres par rapport à l'esprit et au cœur, par M. Rollin, ancien Recteur de l'Université de Paris (1765)

« De la manière d’enseigner et d’étudier les Belles-lettres par rapport à l’esprit et au cœur », par M. Rollin, ancien Recteur de l’Université de Paris. À  Paris, chez les Frères Estienne, rue S. Jacques, à la Vertu, 1765.

À l’heure où une réflexion s’engage sur la pertinence et les modalités d’un enseignement de la littérature européenne, il est peut-être bon de désamorcer une critique spontanée et compréhensible qui s’indignerait d’un risque de mise à l’écart des auteurs français dans les programmes révisés du secondaire.

Sans prendre parti et par seul souci d’information, on rappellera que l’enseignement de la littérature française n’est jamais qu’un moment de l’histoire des écoles et collèges français, un moment récent ayant connu son apogée dans la première moitié du XXe siècle, et que la littérature enseignée en classe, la littérature de fait classique, a toujours traduit les relations que l’État entretenait avec les notions de culture et d’éducation.

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Évoquer le massacre des innocents avec une classe de collège et de lycée

Andrée Chédid

Andrée Chédid

Les voix du silence

Mikhail Bakhtine caractérisait le genre poétique comme un art littéraire susceptible de « protéger » ses contemporains « contre l’automatisation du langage ». Privilégiant l’évocation ou la suggestion sur la divulgation explicite d’un message, l’expression poétique touche le lecteur ou l’auditeur d’une façon autrement plus profonde et durable que la communication ordinaire.

Au lendemain des coups de couteaux de Marseille et des rafales mortelles de La Vegas, la poésie a tout lieu d’être remise au premier plan dans le cadre de l’enseignement du français. En effet, elle demeure sans doute, parmi les différentes formes littéraires, celle qui est la plus propice à la réflexion car elle laisse au lecteur une grande liberté d’interprétation.

Mais à quel poète se vouer en tant que professeur de lettres désireux d’évoquer ces jours sanglants ? Beaucoup, en toute légitimité, iront vers Victor Hugo et son poème « L’enfant » extrait des Orientales, croisant leur objectif mémoriel avec des références picturales comme Le Massacre des innocents de Rubens. Pour notre part, nous recommanderons la lecture de l’œuvre d’Andrée Chédid.

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