L’accueil des enfants allophones à l’école : quelques exemples remarquables

Krief-bio-2Les Centres Académiques pour la Scolarisation des enfants allophones Nouvellement Arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de Voyageurs (Casnav) ont pour mission d’accompagner la scolarisation des élèves arrivés en France sans une maîtrise suffisante de la langue française ou des apprentissages scolaires, ainsi que la scolarité des enfants du voyage.

Les élèves allophones nouvellement arrivés sont scolarisés dans des Unités Pédagogiques pour Élèves Allophones Arrivants (Upe2a). Leur objectif est l’enseignement/apprentissage du français de scolarisation afin que les élèves suivent l’intégralité des enseignements dans la classe correspondant à leur âge. Cette inclusion est progressive en fonction des acquis et des progrès et se fait généralement par discipline.

Nous présentons ici quelques travaux remarquables réalisés par des élèves du premier degré dans l’académie de Paris.

 
 

I. L’IMAGIER DES DIX MOTS

Afin de favoriser un travail approfondi sur la langue française et le vocabulaire, et d’encourager l’expression et la créativité de façon ludique, des enseignants d’Upe2a participent à ce concours co-organisé par La DGLFLF et le ministère de l’Éducation nationale : Corinne Vasseur (Upe2a de la rue de Charenton, Paris XIIe), s’est associée avec sa collègue de CP/CM2 pour le proposer aux élèves.

La production collective mêle texte et illustrations en mettant en contexte des mots « venus d’ailleurs » faisant partie de la sélection.

 

Histoire de Nanouk, Inuit de Hangirsuk, qui rêvait de la grande ville

Histoire de Nanouk, Inuit de Hangirsuk, qui rêvait de la grande ville

.• Feuilleter l' »Histoire de Nanouk ».

Les élèves et leurs parents associés au projet ont pris beaucoup de plaisir à jouer avec les mots et plus encore à assister à la lecture de textes par des comédiens de la Comédie-Française au ministère de la Culture, point final du projet. Ils gardent tous un très bon souvenir de leur participation et de ce moment d’exception.

 

II. LES BIOGRAPHIES LANGAGIÈRES

Sandra Krief (Upe2a de la rue Lamoricière, XIIe), et Danièle Bergère (Upe2a de la rue Rouelle, XVe), prennent en compte les compétences langagières et linguistiques « déjà là » de leurs élèves pour enseigner le français. Les élèves allophones scolarisés dans les Upe2a sont en effet  bi ou plurilingues.

Le Cadre européen commun de référence pour les langues, en usage dans les Upe2a, met au centre de sa réflexion la notion de compétence plurilingue et pluriculturelle.Il définit le plurilinguisme comme une compétence composite et hétérogène. Les expériences linguistiques vécues constituent la biographie langagière de chacun. Quelles langues je parle ? Je comprends ? Je sais lire ? Je reconnais ? Où les ai-je apprises ? Quels contacts ai-je avec elles ?

Dès le début, les enseignants des Upe2a cherchent à faire émerger le répertoire langagier des élèves.

Par exemple, Sandra Krief a demandé à chaque élève de dessiner une fleur dont les pétales rendent compte de sa biographie langagière : langues parlées, comprises, entendues, reconnues, langues avec lesquelles il est ou a été en contact.

Biographie langagière 1

Biographie langagière 1

Biographie langagière 2

Biographie langagière 2

Biographie langagière 3

Biographie langagière 3

Cette séance permet aussi de faire apparaître les langues que l’élève voudrait apprendre, c’est également l’occasion de découvrir des langues dont il n’avait jamais entendu parler. Selon le niveau de maitrise du français de l’élève, on peut lui demander d’écrire un texte rendant compte de sa biographie langagière.

C’est l’exemple d’Harry, élève de Danièle Bergère.

Biographie langagière. Harry

 .Pour en savoir plus : Les Langues du monde au quotidien, une approche interculturelle, cycle 3, Scérén, CNDP-CRDP, 2012.

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III. L’ABÉCÉDAIRE

Pour retenir les lettres de l’alphabet en français sous trois graphies différentes (majuscule, script, cursive), rien de mieux que de les découvrir et les apprendre en créant un abécédaire à partir d’éléments dessinés ou photographiés. C’est ce que préconise Corinne Vasseur (Upe2a de la rue de Charenton, XIIe).

L'abécédaire

Voir le film « Abécédaire ».

Les mots repérés par leur première lettre sont recherchés collectivement dans le vocabulaire de la vie de la classe, de l’école, du quartier, de la ville, des pays.

 

IV. LA POÉSIE

Pour se familiariser avec le patrimoine littéraire français quand on est allophone, commencer par découvrir, apprendre et dire des poèmes est un bon début. On peut mettre ce patrimoine en contact avec d’autres langues, on peut le détourner, grâce à l’usage des TUIC, notamment.

Ainsi les élèves de Sandra Krief (Upe2a de la rue Lamoricière XIIe), proposent une version multilingue du poème « Liberté » :

"Liberté" multilingue 1

"Liberté" multilingue 2

Tandis que les élèves de Joël Bidoux (Upe2a de la rue de Chabrol, Xe) ont adapté en film d’animation un poème de Charles Cros :

Le hareng saur

Voir le film « Le hareng saur ».

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Quant aux élèves de Corinne Vasseur (Upe2a de la rue de Charenton, XIIe), ils ont préféré réaliser un film autour de la version chantée de « En sortant de l’école ».

En sortant de l'école

• Voir le film « En sortant de l’école » :


 

V. « LE PETIT CHAPERON ROUGE »

La démarche générale adoptée par Danièle Bergère (Upe2a de la rue Rouelle, XVe) pour les élèves allophones arrivants consiste, comme pour les autres élèves, à découvrir un conte, sa morphologie, ses mots-clés, pour faire reconnaître les régularités de la langue. La particularité de cette séquence en Upe2a est l’emploi d’un conte traditionnel traduit en plusieurs langues.

Tout d’abord, les élèves observent les éléments de paratexte dans les couvertures en plusieurs langues. Ils découvrent ensuite la structure du conte et le nom des personnages principaux, qu’ils reconnaissent dans les différentes versions. Dans la partie centrale du conte, ils repèrent les mots-clés.

Ces supports en différentes langues contribuent à faire reconnaître les régularités qui permettent de lier forme et sens. C’est aussi l’occasion d’une véritable découverte culturelle.

Le petit Chaperon rouge

• Voir le film « Le Petit Chaperon rouge« .

Pour en savoir plus : « Les Langues du monde au quotidien, une approche interculturelle », cycle 2, Scérén, CNDP-CRDP, 2012. « Les Langues du monde au quotidien, une approche interculturelle », cycle 3, Scérén, CNDP-CRDP, 2012.

 

VI. « LE PETIT PRINCE »

Le projet de Danièle Bergère (Upe2a de la rue Rouelle, XVe) est une lecture multiple d’une œuvre universelle. Cette lecture plurilingue vise des apprentissages en langue française (lire, dire, écrire) à partir de compétences en langues vivantes étrangères.

Ce projet qui a duré environ trois mois, se situe dans le cadre de la démarche actionnelle : la découverte du texte et la compréhension de l’histoire du Petit Prince ont donné lieu à la création individuelle d’un livret en français reprenant les apprentissages réalisés au cours des séances.

Un "petit Prince" plurilingue Feuilleter le document présentant la démarche pédagogique
et les réalisations des élèves.

• Feuilleter et écouter « Un Petit Prince plurilingue »

À partir de la connaissance préalable qu’ils avaient de cette œuvre très connue dans le monde, en utilisant aussi des Petit Prince en français facile, en s’aidant d’illustrations et d’écoutes de l’histoire ainsi que de la projection d’un DVD et d’un film d’animation, les élèves ont pu avancer dans la compréhension du texte.

Des traductions en dix-huit langues ont été utilisées pour que chacun observe les différences et similitudes entre sa langue et le français.

Le texte de « son » Petit Prince a été accompagné par des illustrations directement inspirées de celles de Saint-Exupéry et réalisées par chaque élève.

 

Un Petit Prince Plurilingue

La mise en œuvre de cette démarche comparative en littérature permet de reconnaître les répertoires linguistiques et culturels des élèves allophones.

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VII. « LA REVANCHE DES CHATS »

Danièle Bergère (Upe2a de la rue Rouelle, XVe) a proposé de fabriquer un livre multilingue.

L’histoire a été inventée collectivement par les élèves en s’inspirant d’albums de jeunesse lus et entendus en classe. Le choix de ces lectures s’est fait en fonction de la présence de nombreuses structures itératives dans les textes. En effet, pour des débutants en français, cela facilite l’écoute, la compréhension et la mémorisation.

"La revanche des chats"Feuilleter « La revanche des chats ».

L’histoire a été traduite dans les sept langues de la classe, avec l’aide des familles à la maison, quand les élèves n’étaient pas scripteurs dans leur langue.

Les élèves ont réalisé les illustrations ainsi que les fichiers sonores adjoints au texte en enregistrant des mots ou des phrases dans leur langue et en français.

 

VIII. « VOYAGE EN OURCQUIE »

 

Le projet d’écriture d’Ermeline Rich (Upe2a de la rue Goubet, XIXe) avait pour objectif principal de faire produire des carnets individuels de voyage relatant le parcours « ethno-touristique » des élèves dans le quartier de l’école.

Les élèves se sont promenés dans les rues, les parcs, sont entrés dans les théâtres, les cinémas, ont visité tous les lieux culturels, artistiques et scientifiques du quartier. Ils y ont observé le patrimoine historique, l’architecture des ponts, du Canal, de la Grande Halle située dans le parc de la Villette.

Ils ont ouvert grands leurs yeux et leurs oreilles…

Carnet de voyage en Ourcquie

Carnet de voyage en Ourcquie

Feuilleter le carnet élaboré en 2014-2015 par Druvkumar (Inde),
grand débutant en français dans la classe d’Émeline Castello.

 

Dans leur carnet, les élèves ont écrit tout ce qu’ils ont fait, tout ce qu’ils ont vu, ils y ont conservé des objets, comme les tickets de métro, les billets de spectacle, les photos, pour pouvoir se souvenir de ce voyage.

À la fin de l’année scolaire, ils ont exposé à l’école tous leurs travaux réalisés dans le cadre de ce projet : planisphère, plans, puzzles, carnets, vidéos, etc.

Cette exposition a beaucoup plu à tout le monde : enfants, parents et enseignants !

Claudine Nicolas, formatrice, Casnav de Paris

 

• Pour en savoir plus : https://www.ac-paris.fr/portail/jcms/piapp1_64061/eleves-nouvellement-arrives-de-l-etranger-et-enfants-du-voyage-casnav

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3 réflexions au sujet de « L’accueil des enfants allophones à l’école : quelques exemples remarquables »

  1. Bonjour,

    Bravo pour cet excellent travail des élèves des UPE2A de Paris. C’est remarquable. Merci à l’école des lettres et Claudine Nicolas (que je salue 😉 ) de mettre en valeur les productions de ces enfants et jeunes venus d’ailleurs. Cela permettra à un plus grand nombre de personnes de se rendre compte des compétences de ce public.

    Les enseignants des UPE2A et formateurs CASNAV, nous en sommes déjà convaincus.
    Je me permets à ce propos de signaler le blog des UPE2A de l’Académie de Toulouse qui recense également des productions d’élèves allophones.
    http://pedagogie.ac-toulouse.fr/upe2a/
    José SEGURA. Formateur CASNAV Toulouse

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