Construire le savoir grammatical en manipulant la langue. Comment donner du sens à (et le goût de) la grammaire ?

Georges Braque, « Nature morte au violon », 1913

L’université Paris-Descartes (laboratoire Éducation, Discours, Apprentissages) et l’ÉSPÉ de Paris organisent le 6 juin 2018 une journée d’étude intitulée Construire le savoir grammatical en manipulant la langue. Comment donner du sens à (et le goût de) la grammaire ?

L’approche de la langue dans l’enseignement au moyen de manipulations linguistiques étant l’une des préconisations récentes des programmes officiels, cette journée d’études s’inscrira dans une dynamique qui répond à des préoccupations actuelles.

Nous proposons de mener une réflexion sur les méthodologies à privilégier dans l’enseignement de la langue pour favoriser la construction des catégories grammaticales en lien avec les compétences en lecture et en écriture. Il s’agit également de nous interroger sur les dispositifs pédagogiques permettant d’articuler étude de la langue et compréhension, tout en (re)donnant du sens à (et le goût de) la grammaire.

On se demandera comment rendre l’élève acteur de la maîtrise de la langue, orale et écrite, en développant son regard réflexif à l’égard de ses pratiques : interroger, déconstruire et (re)construire les représentations en classe, pour aller de l’épilinguistique au métalinguistique. Quelles démarches didactiques et activités pédagogiques mettre en place pour développer les compétences linguistiques des élèves, de la co-construction du sens à la production à l’oral et à l’écrit ?


Programme

MATINÉE

9 h  Ouverture.

9 h 15  Claire MARTINOT, professeure des universités, université Paris-Sorbonne, ÉSPÉ : Manipuler la langue, oui, mais comment et pour quoi faire ?

9 h 45  Danièle COGIS, chercheuse associée au laboratoire MoDyCo – UMR 7114, université Paris-Nanterre :  Le corpus dans tous ses états : de la recherche à l’apprentissage.

10 h15  Arnaud AIZIER, IA-IPR, académie de Versailles : Manipuler pour mieux comprendre le fonctionnement de la phrase simple et complexe.

11 h 05  Chantal BERTAGNA, IA-PR, académie de Versailles : Quatre verbes « magiques » pour apprendre à corriger efficacement ses écrits.

11 h 35  Denis CHAUVET, maître formateur et directeur d’école élémentaire : Peut-on faire de la grammaire dès le début du CP ? Dans quelle perspective ?

12 h 05  Sylvie PLANE, professeure des universités émérite, université Paris-Sorbonne : Déterminer des priorités pour que l’enseignement serve à la maitrise de la langue.

APRÈS-MIDI
TABLE-RONDE

14 h  Caroline LACHET et Audrey ROIG, MCF, laboratoire EDA, université Paris-Descartes : Construire le savoir grammatical : « de mon temps… »

14 h 15  Marie DEFFENSE et Fanny WILSON, professeures de lettres au collège Jean-Jaurès de Villepinte et au collège Jean-Macé de Villeneuve-le-Roi :  Approche inductive en étude de la langue : les exemples Oui – Non. De la difficulté de constituer un corpus.

14 h 55  Françoise CARRIER, professeure de lettres au collège Verhaeren de Saint-Cloud,  Élaborer des corpus et travailler l’inférence : transmettre aux élèves des stratégies d’expert(e)s en orthographe.

16 h  Xavier GÉLARD, professeur de lettres au collège Édouard-Manet de Villeneuve-la-Garenne : La dictée de classes grammaticales : un exemple d’apprentissage par la manipulation.

16 h 40  Marie COLLOMBEL et Émilie DESCHELLETTE, MCF et PRAG, Laboratoire EDA, université Paris-Descartes : Jeux et enjeux linguistiques : en quête du sens.

17h 15 Clôture de la journée

RÉSUMÉS
DES CONFÉRENCES

Manipuler la langue, oui, mais comment et pour quoi faire ?
Claire MARTINOT, université Paris-Sorbonne, ÉSPÉ, EA 4509 Sens Texte Informatique Histoire (STIH).

Pour donner du sens à la grammaire, les élèves doivent comprendre comment la langue fait sens. La manipulation de la langue par les élèves est un moyen privilégié d’atteindre cet objectif. La finalité de ces manipulations, qui doivent se faire dans un cadre strictement paraphrastique, est triple : donner aux élèves un plus grand nombre d’énoncés sémantiquement équivalents, qui leur permettront de disposer d’une langue plus souple aussi bien à l’écrit qu’à l’oral, accroître leur conscience métalinguistique (avec, entre autres, la dénomination des unités et des relations), envisager le sens de tout énoncé comme le résultat d’un choix de formes. Les élèves « partent » donc de la langue qu’ils maîtrisent (leur grammaire naturelle) pour aboutir à la dénomination des unités et des relations linguistiques.

Le corpus dans tous ses états : de la recherche à l’apprentissage
Danièle COGIS, chercheuse associée au Laboratoire MoDyCo, UMR 7114, université Paris-Nanterre.

Le recueil et l’analyse de corpus constituent le fondement du travail du linguiste qui s’efforce de rendre compte du fonctionnement des langues. Parallèlement, et en dépit des effervescences médiatiques, les programmes officiels prônent depuis des décennies une appropriation active de la langue par les élèves. Cette appropriation repose sur l’observation, la recherche de caractéristiques, la comparaison d’éléments (IO complémentaires de 1985, programmes de 2015),
ce qui implique de prendre appui sur des corpus de faits linguistiques. La toute récente note de service ministérielle du n° 2018-050 du 25-4-2018 relative à l’enseignement de la grammaire et du vocabulaire vient d’ailleurs de réaffirmer « le travail sur corpus » comme une des pratiques essentielles de l’enseignement grammatical. S’ils diffèrent par leurs finalités, corpus de recherche et corpus d’apprentissage ont en commun de permettre de dégager les régularités du système. Nous nous proposons de montrer à travers quelques exemples l’intérêt d’un travail sur corpus pour l’étude de la langue et son insertion dans une démarche didactique.

Manipuler pour mieux comprendre le fonctionnement de la phrase simple et complexe
Arnaud AIZIE, Inspecteur d’académie-inspecteur pédagogique régional (IA-IPR) de lettres, académie de Versailles.

Au collège comme à l’école, il est attendu que les élèves comprennent le fonctionnement de la langue. Au cycle 4, adoptant progressivement envers elle une posture réflexive, qui leur permet de la manipuler et de la décrire, ils apprennent à connaître les principaux aspects du fonctionnement syntaxique : il s’agit là de comprendre le fonctionnement de la phrase simple et celui de la phrase complexe, d’identifier les constituants de la phrase complexe (par analogie avec les constituants de la phrase simple), de maîtriser les notions de juxtaposition, de coordination et de subordination.
La manipulation – notamment les opérations de remplacement, d’amplification et de réduction – se révèle particulièrement éclairante pour faire percevoir aux élèves les analogies entre la phrase simple et la phrase complexe. Mais la question se pose de savoir si, parmi les notions de juxtaposition, de coordination et de subordination, toutes constitutives de la phrase complexe, il convient d’en privilégier une pour faciliter l’identification de ces analogies.
Quatre verbes « magiques » pour apprendre à corriger efficacement ses écrits
Chantal BERTAGNA, IA-IPR de lettres, académie de Versailles

Contrairement au travail sur le brouillon, le retour réflexif individuel de l’élève sur sa production écrite lors des séances de correction tient une place très mineure dans les pratiques de classe. Le premier temps de l’exposé s’appuie sur une séance observée en inspection. Le professeur propose une méthode structurant l’analyse collective des points de langue défaillants en vue de former les élèves à une démarche de correction individuelle, méthodique et réfléchie, à l’aide de quatre verbes « magiques » : déplacer, remplacer, supprimer, ajouter, appelés à être mobilisés toute l’année.

Dans un second temps, à partir de quelques exemples de ces quatre manipulations pour une amélioration de l’écriture en syntaxe, orthographe et/ou lexique, on se demandera comment cette démarche pourrait contribuer à ce que l’autocorrection ne relève pas de simples intuitions, plus ou moins approximatives, mais d’une réelle conscience linguistique.

Peut-on faire de la grammaire dès le début du CP ? Dans quelle perspective ?
Denis CHAUVET, maître formateur (PEMF), directeur d’école élémentaire.

En 2003, à l’issue de la première conférence du consensus dédiée à la lecture, le jury écrivait la recommandation suivante: « Les recherches montrent l’importance de l’anaphore et de l’inférence dans la compréhension, […] un travail spécifique et explicite sur les relations anaphoriques et inférentielles est de nature à favoriser considérablement la compréhension ».
L’expérimentation mise en œuvre dans des classes de CP et de CE1 en zone d’éducation prioritaire, a cherché à mettre en œuvre cette recommandation. Une fois le texte lu, oralisé collectivement, comment conduire, dans cette perspective, un apprentissage de la compréhension ? La mise en œuvre de cet enseignement-apprentissage met en exergue plusieurs problématiques :
– Pourquoi faut-il travailler l’anaphore ?
– Quelles catégories d’inférence est-il possible de mobiliser à partir de l’anaphore ?
– Quelles anaphores posent une difficulté de compréhension ?
– Quelles manipulations est-il possible de proposer à un élève au cycle 2 ? Quelle continuité au cycle 3 ?
– Quelles habiletés l’élève développe-t-il ?
– Quels sont les avantages de ces choix pédagogiques ?

Déterminer des priorités pour que l’enseignement serve à la maîtrise de la langue
Sylvie PLANE, professeure émérite de sciences du langage, université Paris-Sorbonne, ancienne vice-présidente du Conseil supérieur des programmes.

Cette communication s’appuiera sur l’expérience qu’a été l’élaboration des programmes 2015 et leur réception dans différentes sphères. L’enseignement de l’écrit est un sujet sensible. Des enjeux considérables lui sont affectés, et il est déterminé par les conceptions de la langue et des apprentissages qui le sous-tendent et par les modèles qui ont été choisis. Il est également tributaire des traditions qui se sont accumulées et qui constituent un arrière-plan dont il faut tenir compte non seulement quand il s’agit d’enseigner mais plus encore quand il s’agit de formuler des prescriptions.

On présentera le contexte et des éléments de la réflexion qui a présidé au choix des notions et des démarches retenues par les programmes 2015 en matière d’enseignement de la langue. On dégagera les principes et les priorités qui s’en dégagent et qui peuvent guider les enseignants pour opérer des choix adaptés aux classes et aux élèves dont ils ont la responsabilité.

Organisatrices : Marie Collombel, Émilie Deschellette, Caroline Lachet, Blandine Longhi, Olivia Lewi, Audrey Roig, groupe de recherche-action Manipuler la langue pour comprendre, apprendre et écrire. Avec le soutien du Laboratoire Éducation, Discours, Apprentissages (EDA – EA 4071, université Paris-Descartes).

Contact : emilie.deschellette@parisdescartes.fr

Accès : Université Paris-Descartes, 45, rue des Saints-Pères, 75006 PARIS
Amphithéâtre Lavoisier A. Traverser le hall central, prendre à droite hall 2, vers les
escaliers/ascenseurs, 3e étage.

Télécharger le programme détaillé. de la rencontre du 6 juin 2018.

 

Entrée libre,

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