L’utilisation du numérique pour penser, développer et évaluer l’impact des projets européens tout en se formant

Erasmus + FranceLe mardi 1er mars 2011, en contextualisant la révolution numérique dans l’histoire de l’humanité, Michel Serres évoquait les possibilités de libération des créatrices dans « Les nouveaux défis de l’éducation » lors d’un discours à l’Académie française :

« Oui, nous vivons une période comparable à l’aurore de la Paideia, après que les Grecs apprirent à écrire et démontrer ; comparable à la Renaissance qui vit naître l’impression et le règne du livre apparaître ; période incomparable pourtant, puisqu’en même temps que ces techniques mutent, le corps se métamorphose, changent la naissance et la mort, la souffrance et la guérison, l’être-au-monde lui-même, les métiers, l’espace et l’habitat. Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites et nos projets. Nos institutions luisent d’un éclat qui ressemble, aujourd’hui, à celui des constellations dont l’astrophysique nous apprit jadis qu’elles étaient mortes déjà depuis longtemps. »

La liste des outils numériques disponibles est importante dans une démarche de projet. Cet article a pour objet d’ouvrir des pistes pour se servir du numérique dans un projet – et tout particulièrement un projet européen.

Pour utiliser le numérique dans la construction et le portage de projets, quatre pistes concrètes sont envisageables :

  1. L’autoformation aux outils de visualisation de données.
  2. L’attestation et la reconnaissance de compétences des parties engagées.
  3. La valorisation des projets sur des plateformes européennes ou internationales.
  4. L’évaluation aux différentes étapes de développement du projet : phase initiale, intermédiaire et finale.

 

PREMIÈRE PISTE

S’auto-former pour utiliser des outils permettant de collecter
et de visualiser des données pour mesurer l’impact de vos projets

 

Pour pouvoir mesurer l’impact de vos projets, vous éprouvez parfois des difficultés à penser et mesurer leur impact. Le volume de données collectées pendant un projet est toujours important.

Deux types de données peuvent être collectés aux différentes phases du projet :

• Données agrégées

– Pourcentage des élèves / adultes ayant validé des compétences de base.

– Pourcentage d’élèves ayant validé des compétences transversales.

– Pourcentage d’élèves ayant validé des compétences numériques.

– Pourcentage d’élèves ayant reçu une attestation de compétence ou un badge ouvert.

– Pourcentage de personnes s’étant vu à la fin du projet délivré des certifications attestant de compétences spécifiques.

– Nombre de badges ouverts / attestations de compétences distribués lors de ce projet.

– Pourcentage d’enseignants / de porteurs de projet ayant obtenu une certification en fin de projet.

– Pourcentage de personnes ayant contribué sur les plateformes numériques.

– Nombre de plateformes sur lesquelles le projet a été partagé.

• Données désagrégées

– Pourcentage des filles ayant validé des compétences de base.

– Pourcentage des garçons ayant validé des compétences de base.

– Pourcentage des élèves en situation de handicap ayant validé des compétences de base.

Le projet est-il inclusif ?

– Pourcentage d’élèves exclus faisant partie du projet vs Pourcentage d’élèves exclus ne faisant par partie du projet vs. Part des élèves exclus participant au projet par rapport au nombre total d’élèves.

– Nombre de certifications obtenues par des adultes inclus dans la conduite du projet ? sur l’établissement ? sur les établissements partenaires ?

• Questions permettant l’analyse de données

– Y a-t-il une asymétrie dans les résultats garçons/filles ? Si oui, à quoi cette asymétrie est due ? Comment peut-elle être corrigée ?

– Pourquoi certains élèves n’ont pas réussi à obtenir une attestation/un badge attestant de compétences validées ?

– Quelle remédiation pour les élèves n’ayant pas obtenu les compétences visées ?

– Y a-t-il une asymétrie entre les différents membres du projet concernant le nombre de certifications attribuées reconnaissant des compétences professionnelles ? À quoi serait due cette asymétrie ?

En tant que porteurs d’un projet européen, il est important que vous puissiez visualiser rapidement l’impact de votre projet et que vous puissiez également rendre compte de cet impact aux bénéficiaires et à la communauté éducative au sens large.

Pour construire un projet tout en développant de nouvelles compétences, plusieurs ressources dématérialisées existent pour analyser et surtout visualiser des données. Vous avez alors deux possibilités :

Première possibilité

Si vous disposez de peu de temps pour comprendre pourquoi et comment visualiser des données, vous avez alors à votre disposition des tutoriels de présentation :

le Tutoriel Tableau (en français).

– la présentation de David McCandless, The beauty of data visualization (en anglais non sous-titré).

Deuxième possibilité

Tout en développant des nouvelles compétences, vous pouvez, si vous disposez de deux à trois heures à consacrer à votre formation continue formelle, suivre des cours en ligne menant à certifications. Je vous en propose trois en anglais et un en français :

Fondamentaux en Big Data (Institut Mines Telecom) sur la plateforme France Université Numérique ;

Data Visualization (University of Illinois at Urbana Champaign) Coursera ;

Analyzing and visualizing data With Excell (Microsoft) EdX ;

Data Science: Visualization (Harvard) – EdX.

 

DEUXIÈME PISTE

Attester et reconnaître des compétences,
créer des attestations et des badges ouverts

 

Autre manière de reconnaître l’impact d’un projet, c’est la reconnaissance des compétences développées à la fois par les porteurs du projet et par les participants du projet.

Cette reconnaissance peut se faire de deux façons :

• La création et délivrance d’attestations de compétences, certifiant de compétences développées, voire maîtrisées. Ces attestations de compétences peuvent être rédigées avec des partenaires institutionnels (organismes de formation, universitaires) ou par les porteurs. Elles listent les compétences travaillées et validées dans un domaine.

• La création et obtention de badges ouverts : ses badges ouverts sont des compétences virtuelles délivrées par des organismes (porteurs et émetteurs). L’idée est une valorisation et reconnaissance immédiate des compétences dans un contexte de mobilité, la dématérialisation des attestations garantissant une reconnaissance des compétences. Les problèmes avec les diplômes : ils n’attestent pas des compétences, mais des connaissances, et ne prennent pas en compte les compétences acquises en dehors du cadre universitaire. Conserver, cumuler, évoluer : les apprenants choisissent leur formation, dont ils sont acteurs et sujets. Les diplômes ne rendent pas compte de l’expérience professionnelle et des acquis.

 

Ressources

– Présentation de Serge Ravet des Open Badges : Réinventer le Portfolio avec les Open Badges.

Exemple de badge ouvert, celui du département Normandie : quatre catégories de badges (expérience, savoir, savoir faire et savoir être), degré de participation (découverte, contribution, co-construction, co-gouvernance), phase du projet (prototypisation, conception, développement, déploiement), échelle de compétence (découverte, initié, amateur, expert).

Tutoriel pour créer des badges ouverts, créé par l’Idaho Digital Learning Professional Development.

– Plus d’informations sur le site de Mozilla Firefox.

– Cours en ligne ouvert massif certifiant : Open Badge Network .

 

 

TROISIÈME PISTE

Valoriser des projets européens sur des plateformes numériques

Il est possible de présenter vos projets européens sur une plateforme internationale valorisant les partenariats  sur différentes plateformes ou lors de conférences européennes ou internationales :

Global Education Conference ;

Global Online Academy Catalyst Conference ;

Open Education Europa.

 

QUATRIÈME PISTE

Évaluer un projet à différentes phases (initiale, intermédiaire, et finale)

 

Outils d’évaluation

Le tableau d’auto-positionnement d’une action, développé par l’Innovation et Education Lab, François Muller, Romuald Normand, Thierry Foulkes. Initiative française portée par le laboratoire Innovation et éducation. Ce tableau est décliné en cinq domaines :

  1. Considération positive de l’élève et de sa dimension éthique.
  2. Amélioration significative des connaissances et des compétences des élèves.
  3. Développement professionnel des enseignants.
  4. Changement dans l’organisation du travail.
  5. Leadership scolaire et compétence collective.

À chaque dimension, il y a cinq affirmations à évaluer de 1 à 5.

 

Selfie, outil développé par la Commission européenne.

Selfie est un outil créé par la Commission européenne et par des experts des États membres. La plateforme est un moyen pour les écoles et instituts de formation de photographier l’état de leur utilisation du numérique. C’est en quelque sorte une sorte d’évaluation diagnostique de l’état de santé numérique des établissements. Les utilisateurs peuvent ainsi évaluer plusieurs volets du numérique : stratégies éducatives, infrastructures, expérience des élèves, pratiques pédagogiques, pratiques d’évaluation, formation, gouvernance, et programmes scolaires.

Ces questionnaires sont mis en ligne pour les chefs de structures, les enseignants et les élèves. Un rapport est ensuite produit et utilisé pour ouvrir un espace d’échange entre les membres de la communauté éducative et développer des stratégies d’utilisation du numérique. Les données collectées sont anonymes. L’utilisation de cet outil peut être faite lors de la phase initiale, intermédiaire et finale du projet. Le projet européen peut être un moyen de faire connaitre les outils européens existants à l’ensemble de l’équipe éducative et de l’engager dans une réflexion globale sur l’utilisation du numérique, un moyen pour de demander des formations à l’utilisation de l’outil, et de collecter des données au long du projet pour mesurer l’impact du projet sur la transformation numérique des établissements.

Ces deux outils peuvent être bien sur adaptés, mais leur utilisation en l’état, donne aussi au projet une autre dimension qui permet d’évaluer le projet avec des critères d’évaluation qui ne sont pas construits en interne (doute de la subjectivité) mais par des structures externes (dimension scientifique du tableau d’auto positionnement et dimension institutionnelle de Selfie).

Fabrice Fresse, expert Evalue,
Association des experts évaluateurs de l’Union européenne

 

 

• Contacts utiles pour construire et développer un projet européen. – Les développeurs Erasmus + peuvent vous conseiller et vous accompagner dans votre projet européen : http://www.agence-erasmus.fr/page/developpeurs– Les DAREIC sont vos points de contact académiques : Liste des DAREIC par académie.

Voir également sur ce site :

Numérique et éducation : illusions, régressions, inégalités, enfermement algorithmique et extrémisme violent,  par Fabrice Fresse.

Numérique et éducation : promesses, espoirs et textes cadres, par Fabrice Fresse.

De l’éducation nationale à l’ouverture européenne et internationale,  par Annie Lhérété.

Le multilinguisme en Europe hier et aujourd’hui : un idéal devenu un défi, par Annie Lhérété.

Les échanges scolaires Erasmus +, une porte ouverte sur l’Europe !

Monter un projet européen dans un établissement scolaire : de l’idée à la candidature, par Jean-Luc Moreau.

Un projet européen : quel intérêt pour l’enseignement ? par Viviane Devriésère.

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