Premier poste : dix conseils pour entrer dans le métier

De la manière d'étudier et d'enseigner les belles lettresDix conseils pour entrer dans le métier :

 Restez vous-même.

 Gardez une vie culturelle personnelle.

 Ce que vous enseignez vous passionne ? N’hésitez pas à le montrer !

 Évitez de porter des jugements définitifs.

 Vous écrivez ?  Continuez !

 Gérez votre temps de cours.

 Préparez la lecture à haute voix.

 Préparez et tenez à jour votre carnet de bord.

 Planifiez votre semaine.

 Prenez le temps d’analyser des séquences… et appuyez-vous sur les dossiers mis à votre disposition par les professeurs expérimentés qui élaborent l’École des lettres

 

1. Restez vous-même

Quelles que soient les raisons pour lesquelles vous vous lancez dans la carrière d’enseignant, vous exercez désormais un métier… fortement connoté. Il fera partie de votre identité – combien de jeunes collègues évoquent avec regret les premières années, alors même qu’ils étaient noyés sous les préparations de cours et que l’enseignement envahissait leur vie personnelle…

Le premier réflexe est, souvent, de s’identifier à ses anciens professeurs, à un imaginaire qui sera, pour nos jeunes élèves, forcément daté. Leurs représentations sont très différentes, construites sur leur vécu, une expérience beaucoup plus récente que la nôtre, même à seulement quelques années d’écart !

Aussi, le meilleur conseil que l’on puisse donner est : restez vous-même, avec votre personnalité, vos qualités et vos défauts. Ne jouez pas un rôle. Un groupe classe restera sensible à la sincérité de l’enseignant.

 

2. Gardez une vie culturelle personnelle

Comment ? Avec tous ces cours à préparer, les copies, le stress, les réunions, les rendez-vous avec les parents ! Et pourtant, c’est à ce prix que vous apporterez aux élèves ce «petit plus» qui emportera leur adhésion et fera – en partie – votre réputation. Aller au cinéma, au théâtre, au musée, voir les expos, lire, conserver une pratique artistique vous apportera autant de références à transmettre à vos élèves, à mettre en lien avec les cours, et fondera la richesse de vos échanges.

Un enseignant qui apporte dans ses bagages le goût d’une culture personnelle a toutes les chances d’être reconnu par ses élèves, et de leur donner envie d’avoir leur vie culturelle à eux. C’est aussi, il faut le dire, un espace de respiration qui aide à prendre du recul.

Une source de découverte permanente : le site de l’École des lettres, qui explore tous les domaines de la vie culturelle.

 

3. Ce que vous enseignez vous passionne ? N’hésitez pas à le montrer !

Les élèves n’aiment pas tous le français, ou l’histoire-géographie, ou les langues. Cependant, ils auront plaisir à écouter un enseignant passionné – et qui le montre.

Ce plaisir des élèves à être là, avec vous, compte parmi les plus belles satisfactions du métier d’enseignant : sentir l’écoute, provoquer l’intérêt, faire naître la curiosité, rendre vivante l’heure de cours et entendre à la sonnerie : « Ah! C’est déjà fini ! » est une précieuse motivation.

Ce côté passionné du professeur, les élèves le ressentent, c’est certain, ils le ressentent non seulement par le contenu ou le déroulement du cours, mais ils l’éprouvent aussi physiquement, par l’énergie, l’intonation de la voix, le regard.

 

4. Évitez de porter des jugements définitifs

La relation – pédagogique – avec les élèves est fragile, elle se construit et se déconstruit à chaque cours, même si les jalons sont posés dès la première heure, voire les premières minutes. L’élève va tout absorber : notre manque d’assurance, notre fatigue, notre découragement parfois, nos agacements et nos colères. Il apporte aussi avec lui ses blocages et ses clichés.

J’aimerais donner ce conseil : lors de toute situation de conflit avec un élève, une classe, lors de tout échange, même sympathique et bienveillant, la communication gagne beaucoup à s’inscrire dans un rituel « professionnel ». Il est banal de dire qu’un élève, en s’opposant à l’adulte, cherche à se construire. Entre l’enseignant et l’élève, il y a des rituels d’apprentissage que l’enseignant décide, maîtrise et gouverne.

5. Vous écrivez ? Continuez…

Des lettres, des synthèses, des romans, des poèmes, des critiques, vos mémoires. Accordez-vous toujours ce plaisir, et si vous n’avez «pas le temps»… prenez-le. Reprenez vos préparations de cours, réécrivez-les après les avoir expérimentées, réajustez, commentez. C’est votre expérience, elle vous fera gagner du temps les années suivantes. Un cours revu peut être réutilisé et communiqué.

 

6. Gérez votre temps de cours

Deux minutes pour faire entrer les élèves en classe et s’installer. Lancez le cours immédiatement, pas de flottement, donc pas de bavardages. Écrivez tout de suite au tableau, ou mieux, faites écrire par un élève volontaire la date, le titre de la séance, et faites recopier – en même temps – sur les cahiers. Puis, interrogez sur le cours précédent (cinq minutes environ).

De l'étude de la langue françoiseEn une heure, c’est-à-dire quarante cinq minutes effectives, il est réaliste de prévoir trois temps forts, pas plus. Prenez le temps de la lecture à haute voix à chaque cours (au moins dix minutes), d’une activité d’écriture (quinze minutes) à chaque heure, et variez le quart d’heure qui vous reste : analyse du texte, questionnaire, exercice, oral, etc. Gardez cinq minutes à la fin du cours pour faire récapituler par les élèves ce qu’ils ont appris, éventuellement répondre aux questions, puis cinq minutes pour noter les devoirs et souligner dans le cahier ce qui doit être retenu.

Ces dix minutes sont fondamentales pour aider les élèves à retenir et à assimiler, elles favorisent leur concentration à la fin du cours et évitent la dispersion. Il est préférable que votre rythme de cours devienne une habitude, un rituel, qui donnera un repère solide aux élèves.

S’ils savent que vous démarrez le cours immédiatement, ils seront prêts psychologiquement à se mettre au travail, si vous laissez un flottement, ils prendront l’habitude de bavarder en attendant que le cours démarre réellement.

 

7. Préparez la lecture à haute voix

La lecture d’un texte gagne à être préparée pour être plus vivante, enthousiaste et stimulante. Transmettre l’amour des auteurs et de la langue est la promesse de beaux moments avec la classe.

La lecture gagne à être théâtralisée : exigez le silence avant de lire, prenez le temps de regarder les élèves, de poser votre voix, de marquer les pauses. Lisez le texte plusieurs fois chez vous, de façon à pouvoir lire en levant les yeux régulièrement vers la classe.

Faites relire le texte par les élèves volontaires, à plusieurs voix, n’hésitez pas à faire reprendre un paragraphe, à faire travailler la voix, la respiration, le volume, l’élocution. Autant de compétences utiles pour lire, présenter un exposé, passer un oral d’examen, un entretien d’embauche…

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8. Préparez et tenez à jour les documents suivants :

En faisant tous les jours dans la classe une lecture de cette sorte...• Le CARNET DE BORD avec :

– le RELEVÉ DES ABSENCES, retards, passages à l’infirmerie, exclusions ;

– le RELEVÉ DES NOTES (entrez les notes régulièrement dans le logiciel prévu pour les bulletins, cela évite des heures fastidieuses de saisie en urgence juste avant le conseil de classe) ;

– le CAHIER DE TEXTE de la classe (gardez systématiquement un double) indiquant ce que vous avez fait à chaque heure de cours ;

– vos PROGRESSIONS à l’année pour chaque classe (consultez celles proposées par l’École des lettres, vous pouvez vous en inspirer en toute confiance) ;

– vos PROJETS DE SÉQUENCES (voyez sur le site de l’École des lettres comment les présenter) ;

– votre FICHE DE PROJET si vous avez un projet culturel et artistique ;

Cela vous permettra de les montrer éventuellement aux parents, à l’inspection, à la direction…

 

9. Planifiez votre semaine

Travaillez toujours en temps limité afin d’éviter d’être débordé :

– réservez une demi-journée à la correction des copies ;

– réservez deux demi-journées pour vous mettre à jour : cahier de texte, rapports, bulletins, etc. ;

– réservez une demi-journée à la mise à jour de vos séquences pédagogiques ;

– corrigez les cahiers en classe au fur et à mesure, durant un devoir sur table, par exemple, ou un exercice (une note par trimestre) ;

– préparez vos polycopiés une semaine à l’avance (pour anticiper les pannes de photocopieuse) ;

– inscrivez dans votre emploi du temps un créneau pour recevoir les parents.

10. Prenez le temps d’analyser des séquences

Lisez régulièrement les séquences proposées par l’École des lettres : elles sont rédigées par des enseignants expérimentés qui les ont mises en pratique avec leurs élèves. Elles vous tiendront lieu de formation, de conseil pédagogique. Lisez-les, annotez-les : en bleu ce que vous auriez pu rédiger vous-même, en rouge ce que vous auriez modifié, en vert une idée originale que vous avez envie de tester en classe.

Composition françoiseVisualisez cette séquence devant une classe : comment prend-elle corps ? Quelles sont les questions que vous vous posez? Soyez critique, posez-vous sans cesse ces questions : quels sont les objectifs de cette séance ? Qu’auront appris les élèves à la fin de la séance ? Quelle est la logique pédagogique de l’enchaînement des séances proposées ?

Après avoir ainsi décortiqué plusieurs séquences, choisissez-en une dont le thème ou l’oeuvre vous passionne. Remettez-la en forme pour vous l’approprier. Testez-la en classe. Après chaque heure de cours, notez sur votre support de préparation toutes vos remarques. Grâce au traitement de texte, réécrivez la séquence au fur et à mesure en y apportant votre touche personnelle (remarques, commentaires, modifications). À la fin de la séquence, photocopiez un cahier d’élève et notez ce que vous conserveriez tel quel ou ce qui vous semble devoir être modifié : quel est l’écart entre ce qui apparaît sur le cahier et vos objectifs de départ ? Si vous en avez la possibilité, testez la séquence avec un collègue pour confronter vos déroulements respectifs et en discuter. Prenez cette séquence comme un objet d’expérimentation.

Après plusieurs tests, essayez peu à peu de rédiger une séquence, voire juste une séance d’une heure selon les exemples proposés par l’École des lettres. Cette démarche prend du temps, c’est vrai, mais ce temps est un investissement qui vous donnera vraiment une expérience et vous permettra d’évoluer, de vous renouveler : c’est un temps de maturation qui rendra vos préparations de cours « créatives ». Et – pourquoi pas ? – envoyez vos séquences à la rédaction de l’École des lettres qui les accueillera toujours avec intérêt et vous soutiendra: courrier@ecoledeslettres.fr

Thérèse De Paulis

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