Pisa 2015 : les recommandations de l’OCDE

ocde-pisa-2015Un défi pour le système éducatif français

L’enquête Pisa 2015 ne se borne pas à un classement et à quelques commentaires qui font éphémèrement la une des médias. C’est aussi une série de recommandations détaillées que les observateurs n’ont pas lues et qui pourtant ont bien les allures d’un programme électoral pour l’Éducation nationale.

Le ministère s’est en effet beaucoup fait l’écho de cette dernière enquête, reconnaissant ouvertement les conclusions – « la France est le pays du grand écart », « la France est le pays de la reproduction » –, pour mieux justifier la politique de réforme en cours, politique éducative d’ailleurs félicitée par Gabriela Ramos, conseillère à l’OCDE : « La France a déjà mis en œuvre des réformes qui vont dans la bonne direction. »

En d’autres termes, « choc Pisa » et refondation de l’école sont mis en regard, le premier justifiant le second, le premier orientant le second. C’est pourquoi il importe de lire attentivement ces recommandations, présentées comme des défis, au nombre de quatre, et assortis d’exemples de bonnes pratiques internationales.

À l’horizon, c’est l’uniformisation des modes d’enseignement qui est visée idéalement à l’échelle mondiale.

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Premier défi :
rendre le système éducatif plus équitable en France.
Soutenir les élèves et les établissements défavorisés

L’équité scolaire n’est pas le fort du système français : les élèves des milieux défavorisés ont quatre fois plus de chance que les autres d’être parmi les élèves en difficulté (contre trois fois en moyenne internationale).

L’OCDE propose de travailler dans trois directions :

• du côté des enseignants : amener des enseignants expérimentés (de quatre ans d’ancienneté) à travailler dans des établissements difficiles. Leur dispenser une formation spécialisée. Les soutenir par des programmes de tutorat. En Corée, par exemple, les enseignants les plus qualifiés sont encouragés à travailler dans ces établissements défavorisés et bénéficient, entre autres, d’incitations financières ou statutaires (moins d’heures d’enseignement) ;

• du côté des chefs d’établissement : renforcer leur formation, leurs pouvoirs, le financement de leurs établissements, leur collaboration avec les enseignants. En Angleterre, de nombreux programmes facilitent avec succès la coopération entre les autorités locales et les établissements qui eux-mêmes pratiquent entre eux des échanges d’informations, d’expériences et de personnel ;

• du côté des financements : adapter des stratégies de financement aux besoins des élèves et des établissements, améliorer les infrastructures et les conditions d’apprentissage. En Angleterre des primes sont attribuées aux établissements qui élaborent des interventions auprès des élèves en difficulté. Au Canada des financements particuliers sont également accordés selon les besoins et varient selon les établissements.

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Deuxième défi :
lutter contre l’échec scolaire dès le plus jeune âge

La France est l’un des pays où le taux de redoublement est le plus important : 22 % des élèves ont redoublé au moins une fois avant l’âge de 15 ans contre 8 % pour la moyenne OCDE.

C’est pourquoi l’OCDE préconise :

pour l’école : de continuer la politique visant à scolariser dès l’âge de deux ans les enfants issus de milieux défavorisés et d’assurer le suivi de leur développement ; d’utiliser les nouveaux rythmes scolaires pour augmenter le nombre d’heures consacrées à la pédagogie différenciée. En Norvège en primaire les enseignants sont totalement libres de retenir les méthodes pédagogiques les mieux adaptées aux enfants et doivent privilégier l’épanouissement personnel plutôt que les résultats.

• pour l’élève : de limiter les redoublements en allant vers une plus grande personnalisation de l’enseignement ; de renforcer les services de conseils et d’orientation. La Finlande, qui ne compte que 2 % de redoublement, a choisi l’enseignement par modules plutôt que par années ; l’orientation en filières y a été abandonnée et l’apprentissage individualisé érigé en méthode pédagogique systématique. En Irlande un programme d’« achèvement des études » cible les élèves en situation de décrochage et leur apporte un enseignement adapté afin d’éviter toute stigmatisation.

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Troisième défi :
améliorer la qualité de l’enseignement et la transmission du savoir
et revaloriser le métier d’enseignant

L’OCDE recommande de poursuivre la réforme du métier et d’en faire une priorité pour coller aux évolutions présentes et à venir des méthodes et techniques pédagogiques ainsi que des élèves toujours plus hétérogènes.

Plus particulièrement il s’agit de :

• développer la formation continue pour les enseignants déjà en exercice et la centrer sur leurs besoins pédagogiques. Ainsi, au Canada par exemple (mais les pays sont nombreux dans cette voie), il existe de la formation autodirigée par les enseignants qui partagent leurs expériences avec d’autres collègues lors de rencontres ou de conférences virtuelles ;

• approfondir la réflexion sur le statut des enseignants (salaire, temps de travail, incitations diverses). Aux États-Unis (Caroline du Nord) ont été mises en place des augmentations subordonnées à la réalisation d’objectifs de performance. De même des primes de fidélisation encouragent les enseignants à rester dans les établissements défavorisés : ce programme a diminué de 17 % le taux de rotation des enseignants.

• mettre en place un système d’évaluation de qualité qui soit reconnu par les enseignants et les chefs d’établissement. À Singapour les enseignants sont évalués chaque année par un groupe de personnes qualifiées selon une grille comportant 16 compétences dont le développement personnel et académique des élèves, la collaboration avec les parents, la contribution au travail de leurs collègues. Les plus talentueux reçoivent une prime et peuvent devenir « leaders » avec accès au « national Institute of Education ».

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Quatrième défi :
rehausser la qualité et la valorisation des filières professionnelles au lycée

Ce sont trop souvent les élèves aux résultats médiocres au collège qui sont dirigés vers la voie professionnelle et l’enseignement général dispensant les connaissances de base est trop négligé. Les élèves des milieux les plus défavorisés sont surreprésentés dans ces filières qui jouissent globalement d’une mauvaise image.

L’OCDE recommande :

• d’impliquer davantage les employeurs et les syndicats dans l’élaboration des programmes professionnels. La Suisse ou le Luxembourg impliquent les professionnels dans l’élaboration de la politique de formation professionnelle, jusque dans les examens. L’Allemagne est citée en exemple de coopération efficace entre établissements et employeurs pour les stages et l’insertion mais d’autres pays comme le Portugal cherchent à accompagner les élèves jusqu’au marché du travail ;

• de réformer l’orientation professionnelle afin que tous les élèves puissent en bénéficier et en retirer une vision du monde du travail adaptée aux évolutions. De nombreux pays proposent des stages ou des passerelles afin d’améliorer les connaissances du monde de l’entreprise, comme l’Autriche qui propose une « nouvelle école secondaire » mêlant enseignement général et enseignement professionnel ;

• de consolider la formation des enseignants en s’appuyant sur leur expérience professionnelle ou sur la possibilité pour eux de poursuivre à temps partiel le travail en entreprise.

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Les services du ministère ont abondamment communiqué sur les actions conduites depuis 2012 pour aller dans le sens des recommandations de l’OCDE, mais il ne faudrait pas qu’à l’inverse ces recommandations deviennent l’alibi pour décider d’évolutions unilatérales dans le métier.

C’est bien d’être approuvé par l’OCDE, c’est encore mieux de l’être par les enseignants. Le rapport parle de défis, mais il est un défi oublié et néanmoins primordial : l’assentiment des intéressés.

C’est pourquoi ces directions, aussi pertinentes soient-elles, réclament de la pédagogie, de la communication et finalement de l’audace pour envisager les réformes de statut, de carrière et de conditions de travail des enseignants.

Pascal Caglar

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Formation des enseignants : vers une revalorisation symbolique ? par Pascal Caglar.

 

 

 

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Une réflexion au sujet de « Pisa 2015 : les recommandations de l’OCDE »

  1. « L’universalisation des modes d’enseignement » ? Ça fait peur. Travaux groupes pour tout le monde ? EPI généralisés ? Contenus disciplinaires vidés de leurs traditions et substances ? Novlangue pédagogique pour masquer les renoncements en tous genres ? Alors effectivement : « C’est bien d’être approuvé par l’OCDE, c’est encore mieux de l’être par les enseignants. » Mais qui les écoute, les enseignants ? L’OCDE ? C’est quoi son but déjà, à l’OCDE ? Eviter la ruine de l’âme ou celles des marchés ?

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