Les programmes éducatifs européens face aux défis du terrorisme

Europe

 

Une fois encore, la France a été frappée en son cœur… La barbarie est inouïe : des innocents sont tués, abattus de sang froid. Les cibles sont multiples, choisies pour leur impact médiatique.

Les terroristes, des kamikazes, se sont donné la mort en répandant autour d’eux la désolation. Ils étaient jeunes et ont tué aveuglément jeunes et moins jeunes. L’incompréhension domine…

Cette barbarie et la monstruosité de ces actes soulignent, s’il en était besoin, l’importance de l’éducation et, principalement, de l’éducation à l’Autre. Le programme européen Erasmus + cherche à répondre à ces défis.

 

Prise de conscience de la fragilité et de la force des démocraties
et rôle du programme « Erasmus + »

Il est important que les élèves prennent conscience que la démocratie n’est jamais définitivement acquise, qu’elle se construit, et que chacun y a un rôle à jouer. L’Europe et le monde de demain seront ce que les citoyens en feront. Il est capital de faire sortir les élèves d’une attitude passive, parfois résignée, et de les faire entrer dans une attitude vraiment citoyenne.

Les valeurs de respect des autres, d’engagement actif sont au cœur des politiques européennes et du nouveau programme.

Le guide Erasmus + rappelle que « l’Europe a besoin des sociétés plus solidaires et inclusives qui permettent aux citoyens de jouer un rôle actif dans la vie démocratique. L’éducation et le travail des jeunes sont la clé pour prévenir la radicalisation violente en faisant la promotion des valeurs européennes communes, en favorisant l’intégration sociale, l’amélioration de la compréhension interculturelle et un sentiment d’appartenance à une communauté ».

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Dépassement des stéréotypes et connaissance de l’autre

Il est capital que les élèves comprennent que le terrorisme ne cherche pas seulement à dresser les musulmans contre les non-musulmans, mais aussi les musulmans entre eux. L’école doit lutter contre les amalgames et les stéréotypes. Or, on sait combien ils sont difficiles à dépasser.

Dans tous les dispositifs qui ont été expérimentés, un seul a donné des résultats : il s’agissait de faire coopérer des personnes de peuples différents. Le programme Erasmus + offre cette possibilité au monde de l’enseignement : les jeunes vont vivre ensemble des situations diverses. L’objectif est de donner l’opportunité de connaître l’autre, Européen ou habitant du vaste monde, de prendre le temps de le découvrir, d’entrer dans sa façon de penser.

Certains projets comparent les histoires des pays, d’autres travaillent sur les littératures… Des mobilités peuvent être proposées, soit virtuelles, grâce à eTwinning, soit réelles. Dans les deux cas, l’on a du temps pour entrer en relation avec l’autre. Les amalgames tombent, au travers des expériences de vie partagées.

La durabilité des projets à laquelle sont invités les porteurs permet également cette connaissance en profondeur de l’autre. Et les élèves qui vivent ces expériences, qui sont reçus dans un pays et partagent un temps la vie de leurs jeunes amis, ont tout loisir de découvrir leur façon de penser. Partant, ils se rendent compte qu’ils ne peuvent plus s’en tenir à une vision restreinte et stéréotypée.

Il est important, par conséquent, que les projets européens soient proposés à des personnes de toutes les religions, de toutes les communautés, afin qu’ils soient le creuset de rencontres fortes et favorisent une vraie tolérance.

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Ouverture d’esprit

Plus que jamais donc, les programmes européens sont nécessaires : leur objectif est l’ouverture à d’autres réalités, à d’autres façons de vivre et de penser. Les témoignages des premières générations d’étudiants Erasmus ont souligné la force du sentiment que le monde était leur village.

Le nouveau programme continue à tisser des liens en Europe, mais s’ouvre également aux autres continents, dans tous les secteurs, dont le scolaire. L’on peut travailler avec des pays tiers qui ne sont pas européens, dans une volonté d’ouverture, et avec l’objectif de faire percevoir par les élèves les liens qui nous unissent tous.

Ils doivent comprendre que leur stabilité, leur sécurité dépendent de celles des autres. L’élève de demain doit se penser dans le monde. Il est capital qu’il prenne conscience de ces défis et ne restreigne pas sa réflexion sur la liberté ou l’économie à son seul pays.

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Mixité sociale et projets européens

Les projets européens doivent être ouverts aux plus démunis. La radicalisation se fait sur fond de misère sociale et de repli. Les études menées sur les populations déshéritées ont révélé qu’elles bougeaient peu, faute de moyens, et se vivaient comme victimes de la mondialisation. Elles sont convaincues de n’avoir aucune place dans le monde de demain. Repliées sur elles-mêmes, elles quittent peu leur quartier, dans lequel elles créent leurs repères et leurs codes.

Le langage participe de cet isolement : les jeunes de ces milieux ont souvent un langage qu’ils partagent avec leurs pairs, mais une connaissance insuffisante de la langue pour s’adapter à d’autres situations ou à d’autres milieux.

Rappelons que le programme Erasmus + fait des compétences de base, dont les compétences langagières, une priorité. Il permet de développer chez les élèves des clés pour s’adapter aux sociétés.

Pour permettre aux plus démunis de s’ouvrir au monde, pour éviter que se développent des sentiments de rejet et d’exclusion, il est capital de favoriser une vraie mixité sociale, en invitant les établissements à proposer les mobilités à tous les élèves, surtout à ceux qui sont exclus ou s’excluent et en ont, par conséquent, le plus besoin. « Erasmus + est un instrument important pour promouvoir l’inclusion des personnes de milieux défavorisés, notamment les migrants nouvellement arrivés, en réponse à des événements critiques qui affectent les pays européens », peut-on lire dans le guide Erasmus + 2016.

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Face aux défis de nos sociétés, face à la haine aveugle qui frappe au hasard, souvenons-nous que c’est sur une barbarie semblable que l’Europe s’est bâtie.

Sortant de la Seconde Guerre mondiale issue du nazisme, deux pays ennemis, la France et l’Allemagne, ont décidé de s’unir et c’est sur cette union qu’est né le beau projet européen. De la guerre, de la nuit, de la monstruosité la plus totale a surgi l’espoir, cet incroyable espoir de paix et d’amitié qui fonde l’Europe.

Puisse une pareille promesse naître de ces moments si éprouvants que nous vivons actuellement. Le programme Erasmus + a vocation à en être l’un des moyens privilégiés.

Viviane Devriésère, vice-présidente d’Éval-UE,
associations des experts de l’Agence Erasmus + France

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• Un projet européen : quel intérêt pour l’enseignement ? par Viviane Devriésère.

Voir également : 

• L’école au front : accompagner les élèves et leur rencontre avec la guerre…, par Alexandre Lafon.

• Matin tragique. Les Lettres au cœur de l’enseignement moral et civique aux côtés de l’Histoire et des Sciences humaines, par Françoise Gomez.

• Reprendre le fil des apprentissages après le vendredi noir…, par Antony Soron.

On pourra se rapporter aux très nombreux articles consacrés sur ce site aux attentats contre « Charlie hebdo » : 

• L’éducation aux médias et à l’information à l’ordre du jour, par Daniel Salles.

• La morale républicaine à l’école : des principes à la réalité, par Antony Soron.

• L’humour, valeur nationale : mallette théorique pour interventions pédagogiques, par Anne-Marie Petitjean.

• Lire en hommage ? – Lire les images, par Frédéric Palierne.

• Cogito « Charlie » ergo sum, par Antony Soron.

Le temps des paradoxes, par Pascal Caglar.

Le bruit du silence, par Yves Stalloni.

• Trois remarques sur ce que peut faire le professeur de français, par Jean-Michel Zakhartchouk.

• Paris, dimanche 11 janvier 2015, 15 h 25, boulevard Voltaire, par Geoffroy Morel.

• « Fanatisme  » , article du  » Dictionnaire philosophique portatif » de Voltaire, 1764.

• Pouvoir politique et liberté d’expression : Spinoza à la rescousse, par Florian Villain.

Racisme et terrorisme. Points de repère et données historiques, par Tramor Quemeneur.

 La représentation figurée du prophète Muhammad, par Vanessa Van Renterghem .

En parler, par Yves Stalloni.

« Je suis Charlie » : mobilisation collégienne et citoyenne, par Antony Soron.

• Liberté d’expression, j’écris ton nom. Témoignages de professeurs stagiaires.

• Quel est l’impact de l’École dans l’éducation à la citoyenneté ? Témoignage.

L’éducation aux médias et à l’information plus que jamais nécessaire, par Daniel Salles.

Où est Charlie ? Au collège et au lycée, comment interroger l’actualité avec distance et raisonnement, par Alexandre Lafon.

• « Nous, notre Histoire », d’Yvan Pommaux & Christophe Ylla-Somers, par Anne-Marie-Petitjean.

Liberté de conscience, liberté d’expression : des outils pédagogiques pour réfléchir avec les élèves sur Éduscol.

 

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