Les nouveaux programmes de français au lycée

Les nouveaux programmes de français au lycée sont désormais connus et accessibles. Ils participent de cette volonté affichée de la part du Ministère pour restaurer une « école de la confiance ».

En l’occurrence confiance en une littérature et une langue appropriées aux besoins en formation culturelle des jeunes d’aujourd’hui, en des enseignants dont la liberté pédagogique pourrait être valorisée par des programmes tout à la fois vastes et souples, d’un pragmatisme apaisé.

Étude de la langue

Il y avait bien longtemps que la présentation même des programmes n’avait pas eu cette clarté, cette absence de jargon si pénible naguère encore dans sa prétention techniciste.

On est presque surpris à tout comprendre du contenu du chapitre « étude de la langue » dont la réintroduction dans les classes de lycée ne craint pas de se désigner comme « leçon de grammaire », autonome ou intégrée : étude de syntaxe, de vocabulaire, répétition régulière d’exercices d’analyse de mots ou de propositions, meilleure prise en compte de la correction de la langue dans l’évaluation, progressivité non artificiellement exagérée entre la seconde et la première: voilà de quoi effaroucher ni les enseignants ni les élèves, et assurer enfin une véritable continuité d’enseignement grammatical de la 6e à la 1re.

Littérature

Même souci d’équilibre sans excès ni omission dans les programmes de littérature qui respectent en Seconde les quatre genres majeurs : poésie, littérature d’idées, roman/récit, théâtre, appelant néanmoins quelques observations intéressantes :

La lecture d’œuvres n’est obligatoire que pour le roman/récit (deux œuvres), et le théâtre (deux pièces), rien n’interdisant toutefois la lecture d’un recueil ou d’une section de recueil poétique. Même en ajoutant deux ou trois lectures cursives, le « travail » de lecture est à la fois raisonnable, réaliste, et fondateur d’une mémoire littéraire dans continuité du collège.

La littérature contemporaine est discrètement introduite dans les programmes, trois objets d’études sur quatre s’étendant jusqu’au XXIe siècle (littérature d’idées, roman, théâtre). C’est bien la meilleure façon de justifier le regard sur le passé que de le conduire à une confrontation avec le présent. Depuis l’enseignement au niveau primaire les professeurs savent tirer le meilleur de la production contemporaine, et travailler avec des auteurs ou artistes vivants peut être l’occasion de belles rencontres dans les classes ou dans des théâtres.

La presse est invitée à entrer dans les débats de la littérature d’idées (XIXe-XXIe siècle). Aller au delà des commentaires sur les médias souvent envisagés dans leurs seuls rapports à l’actualité présente l’intérêt d’entrer véritablement dans l’histoire des relations entre littérature et journalisme, si étroits au XIXe siècle et encore si présents aujourd’hui.

Le « carnet de l’élève de lecture et de formation » disparaît, du moins en tant qu’objet pédagogique : l’élève est désormais invité à garder des traces de son travail et de ses activités, d’une manière plus flottante et apparemment moins soumise à une évaluation. S’il y a recul sur ce point par rapport au mois d’octobre, il est plus de forme que de fond. L’appropriation de l’enseignement reste un objectif

La classe de Première

Chronologie

La classe de Première ressemble beaucoup à celle de Seconde : les objets d’étude sont les mêmes qu’en Seconde, seules changent les bornes, et encore : le théâtre voit son libellé et ses contours chronologiques identiques, la poésie change de siècles et glisse au XIXe-XXe siècle, la littérature d’idées se recentre sur la période XVIe-XVIIIe siècles et perd de fait son lien à la presse, et le roman/récit s’étend désormais du Moyen Âge à nos jours.

Les œuvres obligatoires

La classe de première est donc plus un approfondissement qu’une superposition de nouveautés inconnues. L’introduction d’œuvres obligatoires issues d’un programme national est confirmée mais avec une précision de taille : les quatre œuvres appartiennent désormais à un programme national de douze œuvres renouvelées par moitié tous les ans.

Ce choix d’étude imposée se voit ainsi compensé par une meilleure visibilité d’un corpus de textes au programme, permettant au professeur de mieux prévoir et planifier son travail au-delà même d’une seule année scolaire. C’est un gage de stabilité.

Notons enfin que les exercices recommandés varient selon les objets d’étude et mentionnent outre les habituelles explications, rédactions ou discussions, la contraction (au moins pour les textes d’idées) et les écrits d’appropriation.

« Humanités, littérature et philosophie »

L’enseignement de spécialité dit « Humanités, littérature et philosophie » est certes original mais guère audacieux. Ses objets d’étude sont une timide approche des programmes de culture générale de prépa HEC dont on retrouve quelques thèmes sous quatre groupements aux intitulés à peine reformulés :

– la parole ;

– les représentations du monde et de la société ;

– la question du moi et les relations aux autres ;

– les interrogations sur l’histoire de l’humanité.

Là encore les prudentes premières indications bibliographiques présentent plus l’option comme un complément d’étude littéraire que comme l’invention d’une nouvelle discipline dite « culture générale ».

Liberté pédagogique

La liberté pédagogique est constamment mise en avant dans ces programmes : qu’il s’agisse de l’ordre des objets d’étude travaillés en classe, des œuvres ou textes appelés à compléter les lectures obligatoires, la manière de faire de la grammaire ou encore de la manière de conduire une explication de texte, toutes les méthodes sont laissées au jugement du professeur.

Ainsi nul ne se voit contraint de ne faire que du linéaire ou que du méthodique, nul ne se voit imposé une périodicité définie pour l’étude de la grammaire, la culture littéraire personnelle de l’enseignant reste toujours le fonds où puiser la source d’une progression annuelle, et sa connaissance des élèves et son expérience de ses classes demeurent sa boussole dans son orientation pédagogique.

*

De nouveaux programmes méritent sans doute plus qu’une lecture impressive et ces premières observations appellent certainement d’être croisées et complétées par d’autres regards. Une première impression nous engage toutefois à parler de modération, d’apaisement, d’équilibre entre la culture, les compétences personnelles des enseignants et le regard de l’institution sur la littérature, son histoire et son apport à la formation des jeunes.

Les valeurs les plus consensuelles sont plébiscitées : approches chronologique et générique, continuum de l’enseignement grammatical, passerelles entre passé et présent. Assisterait-on finalement à un essai de refondation de l’humanisme ?

Pascal Caglar

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