L’enquête PIRLS ou comment gouverner avec l’opinion

Ne nous a-t-on pas assez rabâché depuis une semaine les piètres résultats des nos élèves de CM1 aux évaluations de l’enquête PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study) ?  Ne s’est-on pas assez mortifié avec ces chiffres en « littéracie » inférieurs à la moyenne européenne ? N’a-t-on pas assez soupiré devant les résultats merveilleux de Singapour ou de la Russie ?
Mais à quoi bon ces aveux d’échec, de dégradation constante, ces lamentations, cette auto-flagellation spontanée, sinon pour mieux justifier les réformes en cours et ce beau mot d’ordre  d’aujourd’hui : La lecture d’abord !
Quelle occasion pour afficher sa nouvelle orientation, sa nouvelles pédagogie ! Mais l’enseignement de l’enquête est-il bien là ?

Une enquête sur le rapport des enfants au livre

Il faudrait en effet commencer par lire intégralement l’enquête, regarder l’ensemble des questionnaires, l’ensemble des conclusions, et pour cela se rendre sur le site http://pirls2016.org/.
Mais qui s’est vraiment penché sur les textes proposés (un récit de littérature de jeunesse de Derek Munson, un rapport sur des  découvertes de fossiles de dinosaure),  sur le type de questionnaire (à choix multiples) ou mieux, sur le questionnaire complémentaire dit contextuel ? Qui a lu ces derniers commentaires sur le volet social et culturel de l’enquête ?
Le ministère annonce des mesures pédagogiques – dédoublement des classes, rétablissement de la dictée, formation des enseignants, réforme des programmes et du brevet – mais que lisons-nous aussi dans cette enquête qui porte, rappelons-le, sur les enfants de 9-10 ans et sur leur rapport au livre ?

Mais qui sont les bons lecteurs ?

Nous découvrons des informations sur les conditions de vie et de travail des enfants. Un certain nombre de ces caractéristiques sociales, familiales, ou scolaires sont ainsi soulignées qu’il n’est pas mauvais de rappeler.
Ainsi les bons lecteurs ont un environnement familial qui porte à lire : des livres à la maison, des parents éduqués qui travaillent et lisent eux-mêmes lors de leur temps libre. Des parents également qui, très tôt, se sont occupés de leurs enfants, leur ont raconté des histoires, lu des livres (bien avant l’entrée à l’école). Ce sont aussi des enfants qui fréquentent une école connue pour son bon fonctionnement, par un public scolaire volontaire, porté à la réussite et se sentant bien dans l’établissement.
Deux chiffres significatifs à cet égard : seuls 43 % des parents français se disent très satisfaits de l’école de leurs enfants contre plus de 90 % de parents maltais (1er rang) et une moyenne internationale de 66 %. De même, seulement 43 % des enfants français ont le sentiment d’aimer leur école contre 87 % de petits Égyptiens et une moyenne internationale de 59 % : sur ces deux points la France est aux dernières places du classement.
Autre indication, les bons lecteurs se retrouvent davantage dans des classes tranquilles, sans désordre, sans violence ou  problèmes de discipline particuliers. Enfin, les résultats sont également corrélés à la présence régulière à l’école (pas d’absences), à une hygiène de vie saine (nourriture, sommeil), au goût libre pour la lecture et à l’attitude générale positive face au livre (confiance, intérêt).
Dernier point pour finir : ces bons lecteurs sont aussi des enfants qui savent utiliser Internet et y faire des recherches.

Un problème global : social, culturel, éthique

Dès lors il est un peu illusoire de proposer des remèdes aux carences en lecture de nos enfants en se focalisant uniquement sur la pédagogie et en ranimant par exemple  le débat sur la dictée-miracle ou la place de la grammaire au brevet. À l’évidence le problème est plus global. Il est social, culturel, éthique. Il engage un style de vie, un rapport à l’instruction, à l’autorité, aux loisirs.
Un état d’esprit et un contexte d’étude ne se changent pas avec quelques mesures allant dans le sens de l’opinion. Il y va de la qualité de vie en général envisagée pour commencer sou l’angle économique et social.
Les résultats de l’enquête PIRLS ne portent pas seulement sur l’état de la lecture chez les jeunes enfants. Ils sont un révélateur de l’état de notre société, et sur ce point il y a de quoi être inquiet, et pour de bon.
Pascal Caglar
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