L’éducation et le « grand débat national »

Éducation et grand débat nationalSur la page d’accueil du ministère de l’Éducation nationale un bel encart annonce l’ouverture du « grand débat » du 15 janvier au15 mars. Or, ironie tragique, l’École en est absente !

Qu’à cela ne tienne : tout le monde s’en fiche. Le ministère ne prend pas la peine de faire entrer l’Éducation ou la Culture dans les thématiques retenues (pas même dans les rubriques « Démocratie et citoyenneté » ou « État et services publics »). Aucune des questions proposées ne touche de près ou de loin l’École ou la formation, et les commentateurs qui s’appliquent pourtant à pointer les sujets évités, les sujets encadrés, les sujets dévoyés, n’ont pas jugé bon de relever l’absence de questionnement sur notre système éducatif…

Tout le monde s’en fiche. Les gilets jaunes réclament de l’argent, de la justice, mais ce n’est pas plus d’argent pour l’École, plus de justice pour l’éducation, plus d’égalité devant l’instruction. Ils entrent comme malgré eux dans l’histoire, et tout comme ils renouent malgré eux avec la culture insurrectionnelle française, ils dédaignent comme malgré eux leur besoin de culture. Être moins pauvres oui, être moins exclus de l’instruction, non. On comprend que l’État n’ait nulle raison de soulever ce point.

Tout le monde s’en fiche. On peut parler de tout mais personne ne veut parler de l’École ou de l’Université. Comme si sur cette question le peuple et l’État étaient en paix. Comme si en matière d’éducation il n’y avait rien à dire. Le ministère peut avancer ses réformes : personne ne s’intéresse vraiment à ce qui se passe derrière les murs.

Au quatrième chapitre « L’État et les services publics », l’École n’avait-elle pas sa place ? Un bureau de poste que l’on supprime compte-t-il plus qu’une école qui ferme ? Le gouvernement suggère qu’une administration peut être avantageusement remplacée : est-ce le cas pour l’École?

En matière d’avenir il semblerait que l’avenir de la planète concentre toute l’attention. Soit. Mais l’avenir de la jeunesse ? L’avenir de la formation ? 60 % des métiers de 2030 sont encore inconnus à ce jour… L’École est-elle prête à relever le défi quand le futur Capes d’informatique cherche encore sa place et sa formule ? Quand le métier d’enseignant peine toujours à recruter ?

Le grand débat est en première page de tous les sites académiques: mais s’il s’invite à l’école ce n’est pas pour parler d’École ; c’est juste pour apprendre à tous comment est organisé le grand débat… Triste éducation au grand débat national plutôt que grand débat sur l’État et l’Éducation nationale.

S’il est vrai que l’occasion est unique, historique, pour que tous puissent parler de tout, ne faudrait-il pas, suivant la lointaine mémoire de 1789, retrouver la force visionnaire qui anima les précurseurs de l’école républicaine ?

« Ne sait-on pas que même sous la Constitution la plus libre, l’homme ignorant est à la merci du charlatan, et beaucoup trop dépendant de l’homme instruit ? »,

écrivait Talleyrand dans le préambule de son rapport sur l’instruction publique présenté à l’Assemblée nationale les 10, 11 et 12 septembre 1791. Espérons que ce grand débat, ignorant l’Éducation, ne tourne pas au grand débat des ignorants… à la merci des hommes instruits et au pouvoir.

« Une instruction générale bien distribuée peut seule empêcher non la supériorité des esprits qui est nécessaire et même concourt au bien de tous mais le trop grand empire que cette supériorité donnerait, si l’on condamnait à l’ignorance une classe quelconque de la société. »

Terminons par une anecdote et une correction : dans mon village, lorsqu’il y a encore quelques années une troupe de comédiens amateurs venait jouer dans la salle des fêtes, tout le monde accourait voir le spectacle. Face à la scène, sur les chaises municipales, riant et applaudissant, c’était les mêmes personnes qui l’automne dernier allaient se retrouver sur les ronds-points de notre département. Ces gens, interviewés, diront bien qu’ils aimeraient se payer un resto de temps en temps. Ils n’oseront jamais dire qu’ils aimeraient bien se payer aussi de temps en temps un théâtre, un concert..i. Ils aimeraient mais n’osent pas le dire.

La culture, tout le monde s’en fout ? Non, beaucoup trop se l’interdisent. Cette auto-censure en matière de culture est aussi du débat.

Pascal Caglar

3 réflexions sur « L’éducation et le « grand débat national » »

  1. Pour le moment, je n’ai rien vu sur le site du grand débat. La participation par internet n’est ouverte qu’au 21 janvier. Mais il n’y a rien ! Pas une entrée, pas un tutoriel pour savoir comment procéder. Si il s’agit d’un QCM à questions orientées : aucun intérêt ! Sinon, peut-être qu’on pourra ajouter nos propositions pour l’école? …

  2. Et bien, il suffit de lancer une réunion irl ou virtuelle ! Le sujet peut s’insérer dans toutes les thématiques.

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