L’« École de la confiance », concrètement, quoi de neuf ?

Jean-Michel Blanquer a-t-il lu Pascal ?

« Qu’on ne dise pas que je n’ai rien dit de nouveau : la disposition des matières est nouvelle. Quand on joue à la paume c’est une même balle dont joue l’un et l’autre, mais l’un la place mieux. »

À la lecture de son projet, présenté lors de la conférence de presse du 29 août 2017, Pour l’école de la confiance, on pourrait bien penser, en effet, que la nouveauté est dans la manière plus que dans les matières. Car à quoi ressemblent ses objets d’attention sinon aux thèmes longuement déclinés pas le passé ?

.

Des chantiers déjà en œuvre

Certes il y a des objectifs forts – la lecture en primaire, les enseignements de langue rétablis au collège, la réforme du baccalauréat –, mais l’ensemble des orientations reprend les chantiers déjà en œuvre :

– les valeurs de la République à l’école (enseigner le respect d’autrui), le soutien des élèves (accompagnement périscolaire),

– la promotion de l’enseignement professionnel (travail sur son attractivité, rénovation du CAP),

– la lutte contre le décrochage,

– le développement du numérique, l’éducation culturelle et artistique,

– le sport et la santé,

– la formation des professeurs,

– le dialogue avec les parents (la « mallette » pour tous),

– l’ouverture sur l’Europe et le monde…

Bref, les matières sont les mêmes mais la disposition est nouvelle. Cela dit, si c’est une chose positive de n’abandonner aucun chantier, on aimerait voir les ouvriers à l’œuvre.

.

Quel programme ?

Ainsi, vanter les internats c’est très bien, mais parle-t-on d’une augmentation du nombre de places, d’un meilleur quadrillage ?

Renforcer le recrutement des professeurs, bien sûr, mais le pré-recrutement (« repérer les étudiants dont le talent et les aspirations peuvent les conduire vers le métier de professeur ») est-il la pièce maitresse d’une pareille ambition ?

Développer l’éducation artistique, parfait, mais la pratique musicale collective est-elle, là encore, la première pierre à poser pour une reconstruction de la culture ?

Souligner les bienfaits du sport, très bien, mais est-ce se caler sur Paris 2024 et célébrer l’olympisme à l’école ?

S’alarmer du climat scolaire difficile, oui, mais transmettre les valeurs de la République via le règlement intérieur, est-ce suffisant ?

.

Quels moyens ?

Les orientations sont incontestables, mais on attend d’autres moyens, à la hauteur des enjeux. On se met en marche, mais doucement. Un mot revient fréquemment dans le projet : le mot  « souplesse ». Souplesse du temps scolaire, souplesse des enseignements, lutte contre ce qui « rigidifie » le baccalauréat, « Stages de réussite » et « Devoirs faits » sur la base du volontariat et d’un encadrement aussi vaste que souple.

Il y a dans tous les chapitres une invitation à la confiance, confiance dans les capacités du système à se fluidifier, confiance dans le dialogue, les échanges.

Ces thèmes et ce ton se retrouvent dans l’interview accordé par Jean-Michel Blanquer au magazine Valeurs actuelles du 31 août où le nouveau ministre ménage à la fois les partisans d’un retour à une tradition passée (lecture, autorité, élitisme) et les engagés dans les défis d’aujourd’hui (égalité des chances, construction d’un avenir, ouverture culturelle, innovation pédagogique).

Pascal parlait de savoir placer la balle. La même balle, mais frappée différemment. Le nouveau ministre ne semble pas avoir choisi de monter au filet. En ce début de partie son jeu reste de fond de cour.

Pascal Caglar

.

• Télécharger le dossier Pour l’école de la confiance.

Print Friendly

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *