L’avenir du recrutement des enseignants

L'avenir du recutement des enseignantsLors de la séance du 16 janvier à l’Assemblée nationale, les questions au gouvernement ont donné l’occasion à Jean-Michel Blanquer de préciser sa pensée sur l’avenir de l’éducation. Interpellé notamment sur les questions du recrutement, le ministre a livré une réflexion qui laisse présager une prochaine réforme de l’accès à l’enseignement.

Crise du recrutement : comment attirer de nouveaux candidats ?

Jean-Michel Blanquer reconnaît volontiers qu’il y a une crise du recrutement : malgré ses efforts, le gouvernement précédent n’est jamais parvenu à faire revenir en nombre les candidats à l’enseignement. Les augmentations massives de postes ont surtout mis au jour la crise de vocation, lorsque les jurys de certains CAPES (maths, lettres, langues) se sont retrouvés dans l’incapacité de pourvoir tous les postes mis aux concours.

On comptait 36 607 candidats inscrits en 2018 pour l’ensemble des Capes externes, 40 028 inscrits il y a dix ans, en 2008 : jamais les augmentations de postes de ces dernières années n’ont agi comme un véritable levier pour réveiller les vocations. Ainsi pour le seul Capes de Lettres modernes en 2017, on comptait 3 685 inscrits pour 1 288 postes ; en 2018, malgré une réduction à 1 040 postes ils sont sensiblement le même nombre à candidater : 3 590 inscrits (sources : devenirenseignant.gouv.fr, rubrique statistiques).

Selon le ministre, il faut rechercher d’autres moyens pour attirer les candidats, et le pré-recrutement est une alternative sérieuse à explorer : travailler en amont, proposer des bourses à des élèves de Terminale exprimant le souhait de devenir professeur, faire évoluer le statut des assistants d’éducation afin de leur faciliter l’accès au métier d’enseignant, revoir la situation et la formation des vacataires, favoriser le recrutement local, sont autant de pistes à étudier.

Plus encore, au-delà de ces alternatives, le concours même appelle une réflexion : passé en fin de M1, le CAPES ne vient-il pas trop tard dans la formation ? Ne complique-t-il pas d’une certaine manière le travail entrepris dans les ÉSPÉS? Jean-Michel Blanquer ne s’interdit aucune réforme et affirme : « Nous étudions la possibilité de passer le concours à la fin de la troisième année de licence. »

Pour un accompagnement continu des futurs enseignants

Ces réflexions sans tabous, sans idéologie, mais fondées sur la seule observation de difficultés objectives à recruter, ont ceci d’intéressant qu’elles laissent entrevoir un accès plus varié et plus large à l’enseignement : élargissement dans le temps, si l’on peut s’engager dans l’accès au métier à plusieurs moments de son parcours universitaire; élargissement social, si toutes les participations à la vie éducative peuvent conduire finalement à enseigner.

La plupart des formations supérieures – école de commerce, d’ingénieurs, de journalisme ou autres – multiplient depuis longtemps les niveaux d’accès à leurs écoles (bac + 0,+ 2, + 3) et les modalités de recrutement importent finalement moins que la motivation des candidats et la qualité de la formation reçue. L’Éducation nationale a peut-être survalorisée ses concours, réduisant trop longtemps la préparation au métier aux seules compétences universitaires.

N’est-il pas terrible de devoir dire à quelqu’un après trois, quatre voire cinq années d’études supérieures : « Vous n’avez pas le niveau, vous ne pouvez pas enseigner » ? Il faut peut-être libérer la formation, l’attrait du métier, d’une sanction tardive et sans appel, et préférer l’accompagnement continu, le perfectionnement sur la durée de celles et ceux qui décident de s’engager dans l’enseignement. N’est-ce pas une fois encore le contenu des épreuves de recrutement qui mérite de retenir l’attention ?

La question-clé de la reconstitution du corps professoral

Répondre à des députés est sans doute plus aisé que répondre aux objections pouvant provenir du monde de l’éducation, universitaires ou étudiants, mais cela reste le mérite de ce ministre que de regarder pour l’heure les choses en face, de n’en écarter aucune, et de privilégier une approche pragmatique des problèmes, ce qu’il appelle une approche humaine de l’enseignement.

Durant ces questions à l’Assemblée, il aura été débattu, outre du recrutement (question récurrente de tous côtés de l’hémicycle), des problèmes spécifiques à l’enseignement en zones rurales, de la rénovation pédagogique, du climat scolaire, de la place des agrégés dans le secondaire, de l’enseignement privé, des affectations, des rémunérations, ou encore de la maîtrise de la langue et de l’orthographe française par les enseignants eux-mêmes.

Les propos tenus ce mardi 16 janvier font écho à d’autres déclarations de Jean-Michel Blanquer confiées à la revue Acteurs publics en septembre dernier et mettant l’accent sur la restauration de l’attractivité du métier d’enseignant et la nécessité de « remettre de l’humain dans la gestion des ressources humaines ».

Le recrutement des enseignants est certainement aujourd’hui une question-clé de la reconstitution du corps professoral. Il mérite que l’on se donne le temps d’y réfléchir, que l’on ne le réduise pas au débat polémique et idéologique sur la question de nombre de places aux concours, mais que l’on se tourne vers toutes les formes d’accès au métier selon les âges, les parcours et les profils.

Pascal Caglar

L’attractivité du métier d’enseignant, par Pascal Caglar.

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