L’attractivité du métier d’enseignant

L'attractivité du métier d'enseignant en question

Dans un essai publié en 2015, Sapiens. Une brève histoire de l’humanité, Yuval Noah Harari soutient que les hommes ont crée des sociétés grâce à  l’invention de réalités imaginaires, de fictions fédératrices, politiques ou religieuses, objets de rassemblements et de croyances communes, comme s’il était plus facile d’agir collectivement pour ce que l’on croit que pour ce que l’on voit.

L’éducation est sans doute l’une de nos plus puissantes fictions, objet de toutes les attentions et otage de toutes les imaginations.

Loin du mythe de l’enseignement, le rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), publié en novembre dernier, rappelle toutefois quelques réalités sur l’attractivité du métier d’enseignant qu’il ne faut peut-être pas oublier en cette période électorale si fertile en déclarations fantaisistes sur l’école.

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Un travail d’enquête structuré en trois temps

Avant le recrutement : quel regard les étudiants portent-ils sur le métier d’enseignant ?

Autour du recrutement : y a-t-il vraiment une pénurie de candidats à l’enseignement ?

Après le recrutement : quels effets induisent les conditions d’exercice ?

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L’image du métier d’enseignant

Pour établir une cartographie de l’attractivité du métier avant le recrutement, les chercheurs ont procédé à une enquête auprès de plus d’un millier d’étudiants  de L3 de  sciences dures et des sciences humaines. Il ressort de l’étude que le métier attire encore mais de façon contrastée.

D’une part le recul d’accès à bac + 5 ne décourage pas mais est plutôt vécu comme valorisant, d’autre part le métier est perçu comme porteur de sens, contrairement à beaucoup d’autres. Enfin la vocation est encore un moteur authentique : 60 % des étudiants attirés par le métier reconnaissent que leur intérêt  est venu avant les études supérieures, et quant à ceux qui se détournent du métier, c’est par choix de projets différents.

Tout cela n’ôte en rien la lucidité des jeunes, tous conscients du manque de prestige social de l’enseignant et de ses fragilités spécifiques : rémunération, affectation, conditions de travail.

Enfin, dernier élément à méditer : peu d’enfants d’enseignants choisissent à leur tour d’enseigner, même si la majorité d’entre eux ne voient aucune régression sociale dans la reprise du métier.

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Le recrutement : difficultés et inégalités

Concernant le recrutement lui-même, l’enquête refuse l’idée d’une crise mais pointe un certain nombre de difficultés : en premier lieu l’inconstance des recrutements. Les variations politiques du nombre de postes nuisent sur le long terme à l’attractivité du métier, créant des à coups et une absence de régularité des candidatures.

De même, le phénomène récent d’attirance de nouveaux publics vers le métier, de seconde carrière (16 % des candidats au Capes 2015), appelle une révision de l’encadrement.

L’inégalité de chances d’accès au métier est également à noter : aux concours 2015 il y avait 1, 6 candidats par poste au Capes de mathématiques contre 6,5 en sciences économiques. Ces viviers variables s’expliquent différemment selon les  disciplines : forte concurrence d’autres métiers scientifiques pour les mathématiques, tarissement des filières L au lycée pour les Lettres. La pénurie est donc inégale, identifiable et surtout remédiable à condition de s’en donner les moyens.

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Quel est impact des conditions d’exercice du métier ?

La encore les problèmes sont bien cernés. S’agissant des rémunérations, à diplôme égal dans le supérieur, le salaire d’enseignant est inférieur aux autres métiers, non pas tant en début de carrière qu’en fin de carrière où l’écart devient vraiment sensible, surtout pour les carrières scientifiques.

L’entrée dans le métier est également un obstacle majeur à son attractivité : l’affectation contrainte, la répartition géographique non choisie, la durée des exils subis et le recours incessant aux mutations perturbent la vie des établissements et les vies individuelles. Les pistes existent, les moyens d’agir aussi, mais rien ne peut se faire sans des réformes audacieuses.

Enfin l’absence de reconnaissance du temps de travail réel, en dehors de la classe,  reste une source de malaise et d’incompréhension avec la société : l’enseignant français passe plus de temps que ses collègues européens à préparer ses cours ou corriger ses copies (au total plus de 40 heures de travail), là où, à l’étranger, c’est le temps pris aux tâches annexes et  administratives qui gonfle le temps de présence dans l’établissement.

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Les préconisations du Cnesco

Le Cnesco livre dans ses conclusions un certain nombre de préconisations.

• L’attractivité existe mais doit être soutenue quantitativement et qualitativement : il faut travailler sur l’entrée dans le métier, inscrire plus d’homogénéité dans les politiques de recrutement, attirer des profils plus diversifiés à l’enseignement, sécuriser l’entrée dans le métier, développer des incitations financières et matérielles pour les néotitulaires.

• Il faut également travailler sur l’exercice du métier : revoir la formation continue, les dispositifs de mobilité, les offres de seconde carrière dans la fonction publique et bien sûr valoriser l’image de l’enseignant auprès du grand public.

Serait-ce trop demander à nos candidats à l’élection présidentielle de concevoir leur programme à la lumière des rapports et enquêtes d’experts indépendants ? Au demeurant, si nos responsables ne les lisent pas, à quoi bon se doter de tant d’organismes d’évaluation ?

Pascal Caglar

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Voir sur ce site la série d’analyses de Pascal Caglar :

Pisa 2015 : les recommandations de l’OCDE.

Formation des enseignants : vers une revalorisation symbolique ?

Inscriptions aux CAPES : retour aux chiffres de 2008.

Comment l’école amplifie-t-elle les inégalités sociales et migratoires ?

Quelle finalité pour quelle École ?

La toile de Pénélope : l’école face à un nouvel environnement culturel.

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et les articles d’Antony Soron :

Enseigner la littérature, c’est concret.

L’éducation, enjeu des élections : vers une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes ?

Les nouveaux programmes et les apports des chercheurs. Une journée fondatrice ?

Un exemple de séquence « zéro » adaptable à toutes les classes de collège.

Conseils pour la pré-rentrée des nouveaux professeurs de lettres.

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