La presse, le Cnesco et la communication de l’Éducation nationale

Cnesco - Panorama des inégalités scolaires d'origine territoriale dans les collèges d'Île-de-France.La presse nationale s’est emparée depuis quelques jours du dernier rapport du Cnesco sur le Panorama des inégalités scolaires d’origine territoriale dans les collèges d’Île-de-France, croyant ainsi soulever des vérités embarrassantes pour le ministère, et affermir le soupçon lancinant d’une politique éducative injuste envers les plus défavorisés.

Cette alerte de bon ton lancée par les médias est en fait à côté de l’enjeu réel du rapport publié avec éclat.

La réforme du statut des enseignants

Il faudrait rappeler d’une part que ce rapport ne révèle pas des inégalités plus ou moins cachées mais au contraire les présuppose, c’est-à-dire les suppose connues et les prend pour sujet d’étude : il analyse leur fonctionnement, et pour cela passe en revue le statut des enseignants. D’autre part les analyses faites sur l’exercice du métier dans les académies limitrophes de Paris ne sont pas nouvelles et bien des rapports antérieurs, notamment ceux établis par la Cour des comptes ont pointé ces dernières années l’inefficacité de nos politiques éducatives.

Derrière la question de l’égalité si chère à la presse, et véritable poncif de la classe médiatique, le ministère prépare en fait sa réforme du statut des enseignants : recrutement, carrière, mutation, rémunération, service : tous ces aspects incriminés par le rapport (surnombre de contractuels, instabilité des équipes enseignantes, jeunesse des titulaires, déficit d’agrégés, insuffisance de formation) sont justement ce à quoi entend répondre la réforme prochaine des concours, celle des ÉSPÉ, et celle des conditions de travail (ORS, bivalence, travail en équipe, évaluation collective).

Un motif supplémentaire pour transformer le système

Le rapport du Cnesco n’est donc pas gênant pour le ministère mais au contraire se donne comme un motif supplémentaire pour transformer le système. D’ailleurs comment ne pas mieux souligner des inégalités qu’en confrontant Paris et ses départements environnants ? Qu’en aurait-il été d’une étude qui aurait comparé académies d’Île-de-France et académies de province ? De telles inégalités d’encadrement auraient-elles sauté aux yeux ?

En fait, comparer l’ordinaire (la banlieue, la province) avec l’extraordinaire (Paris) n’a pas de sens, sauf à vouloir persuader d’un changement nécessaire et urgent. En outre quelle curieuse et réductrice enquête sur les inégalités que celle qui ne s’arrête qu’aux ressources humaines déployées par le ministère, comme si l’inégalité tenait vraiment à l’âge des enseignants, ou à leur diplôme ! Il suffit de connaître les collègues qui travaillent en Île-de-France pour savoir que leur motivation ou leur compétence n’est en rien diminuée par leur statut. Une différence de rang au Capes ne fait pas une différence d’efficacité pédagogique en classe.

Vers une mutation profonde des structures enseignantes

De même qu’il y avait eu de la complaisance et de l’intérêt à dénoncer les tirages au sort de la procédure APB pour mieux imposer le système Parcours Sup, ce n’est pas sans arrière-pensées que cette étude du Cnesco est largement communiquée à la presse. Ce n’est pas le sort des enfants de banlieue qui intéresse, c’est le sort des enseignants et de leur métier qui est en train de se jouer. Selon le mot de François Jullien, c’est à une « transformation silencieuse » que le monde de l’éducation se prépare, mutation des structures enseignantes aussi profonde qu’invisible.

Pascal Caglar

• Télécharger le rapport du Cnesco :  Panorama des inégalités scolaires d’origine territoriale dans les collèges d’Île-de-France.

• François Jullien, « Les Transformations silencieuses », Grasset, 2010.

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