« Écoutons ce que les enfants ont à nous dire ! », une enquête de l’Unicef

unicef_consultation-2013_mal-etre-social

Le rapport 2016 Écoutons ce que les enfants ont à nous dire, commandé par l’Unicef et dirigé par le sociologue  Serge  Paugam est disponible ci-dessous : il est en effet important que chacun puisse prendre connaissance de ces réactions de jeunes de 6 à 18 ans  sur des grands domaines comme « Mes droits », « Ma vie de tous les jours », « Mon éducation » , « Mes loisirs », ou encore « Ma santé ».

Il s’agira donc moins ici de répéter les résultats de la consultation que de commenter certaines interprétations apportées à ces résultats, notamment sur les questions d’éducation.

.

22 000 jeunes consultés

Les mérites de ce type d’enquête sont évidents : en premier lieu ce rapport qui fait suite à deux précédentes études publiées depuis les années 2000 est révélateur de tendance dont on peut mesurer les variations. Il est en outre un véritable succès auprès des publics consultés puisque c’est près de 22 000 jeunes  de 6 à 18 ans qui ont répondu aux questionnaires entre 2015 et 2016, reflétant un équilibre pertinent des proportions par sexe, par âge et par répartition géographique, selon cet angle significatif de distribution : enfants des centres-villes, des quartiers périphériques, des quartiers populaires, des quartiers prioritaires (tout cela selon les catégories du ministère de la Ville).

Les informations sont donc à la fois rares  et précieuses, puisque elles rendent compte des perceptions, du ressenti de ces jeunes sur leur environnement de vie, de travail ou de loisirs. Le bilan de cette expression collective a donc une fois encore le mérite d’obliger à regarder en face la réalité des inégalités et leur mécanisme d’accumulation.

.

Les quartiers défavorisés accélérateurs de disqualification sociale

Le rapport aboutit à une conclusion déjà connue de tous : le quartier défavorisé est un accélérateur de disqualification sociale. Le président de l’Unicef France pousse un cri d’alarme et loue la solidarité et le « faire face ensemble » porteur d’espoirs.

Certes, une vérité ne perd rien à être répétée mais remarquons qu’ici l’originalité n’a pas été recherchée : certaines présentations ne sont pas sans inciter à la dramatisation, notamment sur la stigmatisation du quartier,  et l’amalgame de réponses de jeunes de 6 à 18 ans. Les résultats de l’enquête aurait pu parfois être affinés en distinguant les 6-11ans et les 12-18 ans, le primaire et le secondaire constituant deux univers différents.

Cette enquête choisit de donner un énième coup de projecteur sur les enfants des villes et des banlieues, mais n’interroge pas ou peu les enfants et les jeunes des milieux ruraux, victimes eux aussi d’inégalités et de difficultés de vie tout aussi préoccupantes pour les pouvoirs publics mais bien moins médiatisés.

.

Les privations préjudiciables à l’accès aux savoirs

Cela dit, en matière d’éducation, l’infographie commentée par le sociologue Serge Paugam peut suggérer quelques  observations : en ce qui concerne les  » privations préjudiciables à l’accès aux savoirs« .

Cinq conditions doivent être réunies pour échapper à ce critère : la présence de livres, de journaux, d’Internet, de médiathèques et de lieux calmes pour faire ses devoirs.

Il nous semble cependant qu’une privation bien plus préjudiciable est laissée de côté, à savoir la présence d’un adulte susceptible d’aider, d’écouter ou de transmettre son propre savoir. En effet à quoi sert d’avoir un manuel ou un accès à Internet si on ne sait pas l’exploiter seul ?

Sur la question de la « privation de loisirs » dont le rapport signale le lien avec la réussite scolaire, on peut certes distinguer les accès aux clubs de sports, aux sorties culturelles et autres loisirs mais plus encore que la nature de l’activité extérieure, il faudrait prendre en compte l’identité sociale des enfants côtoyés à cette occasion : à quoi bon retrouver les mêmes ? N’est ce pas là aussi dans ces sorties que doit se manifester la mixité sociale

.

Angoisse scolaire et valorisation de soi

Au chapitre de l’angoisse scolaire, rubrique éminemment importante, il faudrait expliquer davantage cet étonnant renversement : les 6-11 ans des quartiers prioritaires sont plus anxieux que la moyenne des enfants, mais le chiffre s’inverse pour les 12-18 ans : ceux-ci dans les quartiers prioritaires sont moins nombreux que la moyenne des jeunes toutes catégories confondues. C’est dire que le choc d’univers (milieu, langue, code) est plus traumatisant chez les petits que chez les « grands »,  eux-mêmes peut-être beaucoup moins inquiets de leur intégration à ce milieu du savoir et de la norme.

Enfin le pôle relationnel de l’enquête propose le point « Je me sens valorisé » : le commentaire s’étonne mais se réjouit de constater que les jeunes des quartiers prioritaires se sentent plus valorisés que les jeunes des centres villes : faut-il pour autant en déduire que cette valorisation par ses proches est une aide pour la réussite scolaire ? Il semblerait au contraire que non, puisque les enfants des centres villes, bien que moins valorisés selon l’enquête, réussissent pourtant mieux. Il faudrait alors savoir ce qu’on entend par « valorisé », surtout dans le cadre des rapports famille-école, parents-enseignants.

.

Recommandations et questions aux candidats à l’élection présidentielle

Le rapport se termine par des recommandations aux candidats à la prochaine élection présidentielle. Les cinq propositions sont bien évidemment utiles et fondées, mais on peut s’étonner de leur caractère général et d’une certaine manière déjà entendu  (lutter contre le délabrement des bâtiments, associer les jeunes aux politiques publiques, inciter les enseignants à travailler dans les zones prioritaires…).

Le rapport met l’accent sur le formidable soutien des enfants des quartiers défavorisés par leur voisinage, famille et connaissances : pourquoi ne pas travailler sur l’implication de ces hommes et de ces femmes auprès des missions de l’école ? Pourquoi ne pas inciter  à l’action plus institutionnalisée des associations comme soutien au travail scolaire ? Pourquoi ne pas demander le renforcement des aides aux loisirs, aux sorties culturelles ?

Ces questions sont autant de pistes modestes mais précises qui répondent aux problèmes spécifiques de ces quartiers qui méritent l’attention de nos gouvernants, tout comme la jeunesse en situation de misère intellectuelle et culturelle qui végète dans les campagnes françaises.

 Pascal Caglar

• Télécharger le Rapport de l’Unicef.

• Le site de l’Unicef.

Print Friendly

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *