Le discours de rentrée de Najat Vallaud-Belkacem : un premier bilan ?

Le discours de rentrée de Najat Vallaud-Belkacem : un premier bilan ?

Le discours de rentrée prononcée par la ministre de l’Éducation nationale la semaine dernière avait un air de bilan : on y trouvait moins d’annonces que de justifications des actions engagées depuis quatre ans.

Si la ministre est dans son rôle en défendant son bilan et en se félicitant du travail accompli dans le cadre de la refondation de l’École, la satisfaction affichée réclame quelques bémols.

.

Le difficile recrutement de (bons) candidats à l’enseignement

Ce n’est pas sur le terrain de la réforme du collège qu’il y a lieu de formuler des critiques. Toute parole sur cette question porte son lot de mauvaise foi et d’idéologie, de parti pris et d’arrière-pensées, d’aliment aux médias et aux exploitants de sensations fortes (la « fin du latin », la fin des classes européennes, l’abandon de l’orthographe », etc.). Le mieux sur ce sujet, comme le dit la ministre elle-même, est d’attendre quelques années pour juger des effets de la réforme, des nouveaux programmes, des nouvelles pédagogies mises en œuvre (EPI, notamment).

Plus intéressants sont les commentaires portant sur le recrutement des enseignants. Le ministère se félicite d’avoir porté en plus grand nombre les postes mis aux concours. Les chiffres sont incontestables mais ne peuvent dissimuler les difficultés à trouver des candidats, et les difficultés à ne recruter que de bons candidats.

L’opinion médiatique en est toujours prompte à rappeler cette épouvantable nouvelle « le niveau baisse », en parlant du niveau des élèves, mais il y aurait peut-être plus de vérité à agiter ce slogan pour parler du niveau des candidats. Tout du moins de certains.

.

La nécessaire mise en valeur du métier d’enseignant

Il faut encore travailler sur la promotion du métier, sur la réfutation des clichés et des caricatures, sur la mise en valeur des satisfactions qu’il apporte, faire mieux entendre la voix de cette majorité de profs qui aiment leur métier, comme on peut le découvrir dans la récente enquête Opinion Way d’avril 2016 autour de la fête des profs.

Les motivations sont, pour certains, peu glorieuses, mais pour beaucoup il y a à moment ou un autre de leur parcours la reconnaissance d’une attraction inconditionnelle pour le savoir désintéressé et la transmission de ce savoir.

Je pense à ces nombreux élèves de grandes écoles de commerce ou d’ingénieur qui quittent un beau jour le monde de l’entreprise – et parfois des situations très confortables – pour se réconcilier avec eux-mêmes dans l’enseignement ou la recherche.

.

L’éducation au médias
dans le contexte de la menace terroriste

Autre point qui mérite attention, la réaction du ministre face aux attentats (« Oui, nous sommes attaqués »). Si Najat Vallaud-Belkacem rappelle la nécessité de renforcer l’éducation aux médias et à l’information ainsi que le développement de l’esprit critique, on peut s’interroger sur les moyens mis en œuvre.

Il est certainement simpliste et contreproductif de poser d’un côté de bons médias (« à l’information rigoureuse ») et de l’autre la désinformation.

L’apprentissage du décryptage critique de l’information doit également porter sur les médias de la presse écrite ou télévisuelle, comprendre les enjeux économiques et commerciaux de ces médias, remonter à la manipulation émotionnelle des images, à la dramatisation calculée de l’actualité, et d’une manière générale inviter à prendre de la distance face à l’information plutôt qu’inciter à lire toujours plus les journaux (consultation gratuite de la presse dans tous les collèges et lycées).

Les réflexions sur les médias sont aujourd’hui assez nombreuses et assez pertinentes pour préférer donner la parole à leurs auteurs, ces chercheurs ou essayistes indépendants plus aptes que tout autre à favoriser l’esprit critique.

.

Les enseignements transversaux :
une réponse aux besoins d’une majorité d’élèves

Enfin certaines initiatives véritablement innovantes sont évoquées avec une trop grande discrétion, qui s’explique peut-être par leur apparition encore timide, leur pédagogie encore précaire, leur mise en œuvre encore confuse.

Sont désignés ici les Parcours, nouveaux enseignements « transversaux » (mot qui fâche), nouvelles frontières qui quittent les horizons traditionnels, et qui pourtant répondent à de réels besoins d’une majorité d’élèves, en attente d’informations allant au-delà des préoccupations scolaires : parcours éducatif de santé, parcours citoyen, parcours avenir, ces appellations cachent des rencontres, des ouvertures de l’école vers la société, vers le monde du travail, vers les artistes comme vers les artisans, vers les fonctionnaires comme vers les chefs d’entreprise.

L’objectif général est une meilleure intégration dans la société, une meilleure orientation, une meilleure maîtrise de son corps, de son identité, de sa liberté de pensée. À titre d’exemple le Parcours Avenir, qui traite de la découverte du monde économique et professionnel, permettra aux collégiens de rencontrer des syndicats, des chambres de commerce, ou encore des agents de la Banque de France afin de s’initier à la responsabilisation financière

.

Multiplier les stages, les rencontres, les contacts est un devoir

Multiplier les stages, les rencontres, les contacts est un devoir pour venir en aide à tant d’élèves qui ne peuvent compter sur leur famille ou leur milieu pour réussir leurs études ou leurs accès au monde du travail.

Il est d’autant plus important de développer ces Parcours à l’École que ce sont les populations les plus méfiantes envers celle-ci qui ont le plus besoin d’elle.

Derrière des effets de style marqués par des intentions idéologiques, des postures politiques et des polémiques politiciennes, l’action du présent ministère s’inscrit dans une temporalité nouvelle ouverte depuis plus de dix ans, consciente des problèmes posées par l’éducation de masse et soucieuse de leur trouver des solutions.

Pascal Caglar

.

Rentrée 2016 : discours de Najat Vallaud-Belkacem lors de la conférence de presse du 29 août 2016.

Du 8 septembre au 13 octobre 2016, inscription aux concours de recrutement des enseignants.

Print Friendly

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *