Conseils pour une première prise en charge de sa classe par le professeur de lettres

Premier poste - séquence zéroQuels conseils donner au professeur de lettres qui doit prendre en charge sa classe pour la première fois ?

Le présent document, synthétique, ne met l’accent que sur des points pédagogiques essentiels et immédiats.

Il ne se veut ni subtil ni ambitieux. Il s’agit modestement de répondre aux inquiétudes concrètes et légitimes d’un professeur de lettres sur le point d’accueillir ses élèves…

Pour en faciliter la lecture, il se structure en dix points.

 

1. Priorité à l’observation concrète

D’abord et avant tout, avoir localisé sa salle (à l’avance). Ne pas oublier non plus d’en tester l’ouverture (imaginons le « drame » d’un professeur n’arrivant pas à ouvrir sa salle devant ses élèves…). Au cours de cette visite prioritaire de la salle vide, repérez la nature du tableau, (« velleda » / ardoise). Avoir simplement des craies pour écrire sur un tableau « blanc » (ou inversement) pourrait être gênant « en situation » !

 

2. Priorité aux choses concrètes

Pensez à un moyen (réveil) de lire facilement l’heure pour vous repérer dans le temps. Car tout « va passer vite » et il convient d’y prêter attention.

Dans le même ordre d’idée, prévoir un pense-bête (feuille A3 ou double feuille A4 scotchée). Ça n’a l’air de rien, mais le fixer sur votre bureau vous aidera à vous situer dans ce que vous avez prévu de faire. Comme un « cahier des charges », mais écrit en grands caractères parce que, le stress aidant, on n’est pas toujours capable de lire des notes sur un petit carnet.

Exemple : Se présenter / Écrire nom au tableau, etc.

Pensez aussi aux bonbons « au miel »… La voix, c’est le cœur du métier : tout part de là… et il pourra lui arriver précocement de dérailler, surtout quand elle n’est pas habituée à « porter ».

 

3. Accueillir : le maître mot

Accueillez (dans la mesure du possible) votre classe à l’entrée de la salle. Cela vous permettra de saluer « individuellement » les élèves et peut-être déjà d’en « recadrer » quelques-uns qui s’agitent dans le couloir. Une façon aussi de leur exprimer implicitement : « Je suis là et je ne vous crains pas. »

Renouvelez votre « bonjour » une fois les élèves entrés dans la salle. Présentez-vous ensuite en précisant vos nom et prénom (écrits au tableau).

Passez immédiatement à l’appel (démarche administrative obligatoire). Beaucoup d’établissements recourent à un « appel électronique » transmis au moyen d’un ordinateur. Un premier jour de classe, si vous n’êtes pas au point, privilégiez un appel « papier » ; ce qui implique de vous être assuré préalablement d’avoir une liste… Mais, surtout, pensez à l’appel ! C’est le point fondamental des premières minutes de classe !

Pensez également à vérifier l’emploi du temps de vos élèves afin de voir s’il correspond parfaitement au vôtre.

 

4. Du plus simple au plus compliqué

Vous vous devez de présenter votre « domaine ». Mais, pour cela, inutile d’en « faire trop » ou d’aller trop dans les détails. Au collège, il faudrait axer le « discours de rentrée » autour du triptyque « lire, dire, écrire », avec l’embrayage suivant : « En français, nous allons apprendre à mieux lire (à expliciter…), à mieux dire (à expliciter…) et à mieux écrire (à expliciter…).

Cette étape passée (sans encombre), il s’agira de répondre aux questions des élèves. Bien entendu, elles pourront être spontanées et, de fait, non différées par rapport à ce que vous avez à dire. Dans ce cas, autorisez-vous à vous arrêter et indiquez à l’élève la façon dont il doit prendre la parole (en levant le doigt). Dans le pire des cas, s’il y a déjà des interruptions intempestives, « recadrez » fermement les prises de paroles en indiquant que vous ne pourrez répondre que si on vous écoute et que vous ne pourrez écouter que si vous n’êtes pas déjà en train de parler.

 

5. La loi du « report »

Fameuse loi pédagogique non écrite : ne cherchez pas à répondre à toutes les questions tout de suite, surtout quand vous n’avez pas (sur le plan méthodologique et/ou organisationnel) une idée très précise de la réponse. C’est le cas, par exemple, en ce qui concerne le choix du classeur ou du cahier. Donnez-vous un peu de temps pour statuer là-dessus. Même chose pour la première œuvre littéraire que vous proposerez à la lecture… Répétons-le, le professeur a le droit de dire qu’il n’a pas encore pris de décision sur tel ou tel point. Ce n’est pas une faute, cela relève tout juste du bon sens.

 

6. Le vice de l’oral exclusif

Il faudra le dire et le redire : l’oral est « risqué ». Et ne faire que de l’oral plus que périlleux… et ce, même le premier jour de classe : surtout si « on a » la classe deux heures consécutives. En clair, il faut que les élèves écrivent. C’est indispensable. Et dans ce cas, il faut leur laisser le temps de le faire.

Mais attention, prévoyez une « fiche » d’activités pré-écrite puisqu’ils n’ont pas encore de cahier ou de classeur. Dans le cadre de la « séquence zéro » proposée par l’École des lettres (voir ci-dessous), vous avez à votre disposition un « questionnaire de Proust » remanié (pour des élèves) qui peut constituer un support (certes amendable mais utile).

En nous permettant d’élargir nos conseils aux deux premières, voire aux trois premières, heures de cours, il apparaît important, en outre, quel que soit le niveau de la classe, de bien choisir son premier texte littéraire support. Pour cela, préférez un récit complet (nouvelle, conte…) qui pourra être lu et analysé indépendamment des enjeux de la séquence I. La séquence zéro propose la lecture de deux livres différents, Le Prince tigre et Le Veston ensorcelé, en fonction des classes de collège.

 

7. Assumer son rôle d’opposant

L’affirmation peut sembler abrupte. Elle est pourtant déterminante. Dès le départ, il ne faut pas feindre de ne pas voir ou de ne pas entendre. Ce qui implique, le cas échéant, non pas comme on le dit trop souvent d’être « autoritaire », mais au moins d’être ferme. Et, surtout, regardez l’élève quand vous vous adressez à lui ; allez vers lui, dans sa direction : ne demeurez pas statique dans la « surface de réparation » constituée par les abords du tableau.

On a ainsi le droit d’indiquer à un élève à la fin d’un cours qu’il peut ramasser le papier qu’il a laissé par terre, etc.

 

8. Limiter l’écriture au tableau

N’écrivez pas trop au tableau le premier jour. Pour au moins deux raisons : d’abord parce qu’il n’est pas souhaitable de trop vite tourner le dos aux élèves (ce qui place le professeur en position de faiblesse); ensuite, parce qu’un jour de tel « stress », on écrira mal et de façon désordonnée. Donc, quelques mots au tableau en plus de ses nom et prénom et ce sera suffisant pour une première fois.

 

9. Se souvenir des trois actes

Une séance implique trois actes : l’entrée en « matière » ; le cœur de l’action pédagogique et le dénouement. Si nous reprenons l’organisation développée, cela donne « pour une première fois ».

a)     Appel, présentation de soi, de la matière, etc.

b)    Travail écrit sur un support.

c)     Organisation de la sortie de classe.

Revenons donc sur ce point c : il s’agit de n’autoriser les élèves à sortir que quand vous l’avez décidé. Car ce n’est pas la sonnerie qui décide, mais vous ! Par conséquent, ne pas autoriser les « fuites » de la classe. Une bonne idée consisterait à se placer à l’entrée une fois le calme établi et les papiers mis à la poubelle. C’est vous qui donnerez le « top » départ. Cela permet encore une fois d’individualiser les remarques éventuelles et, surtout, de favoriser un salut réciproque en fin de cours.

 

10. À ce stade, il n’y a pas de fautes, il n’y a que des erreurs

Donc, il ne s’agit pas de culpabiliser à l’excès. Cela dit, il importe de garder en tête qu’il vaut mieux en général un élève « dedans » qu’un élève « dehors ». Aussi, évitons au maximum toute exclusion de classe, surtout d’une façon aussi précoce (et si tel est le cas malgré tout, avec un petit mot à l’attention du CPÉ et accompagné d’un autre élève).

Dans le cas d’une séance de deux heures, toujours pour éviter les problèmes fâcheux, évitez de faire sortir les élèves à l’intercours. En rappelant qu’il ne s’agit que d’un usage et non d’une règle !

 

En conclusion, posez-vous des questions concrètes, pratiques pragmatiques : vous aurez bien le temps d’être fin, subtil, ambitieux. Il importe de se laisser le temps pour tout cela car, outre le « diagnostic » de la classe ou si l’on préfère sa prise de « pouls », la première heure a valeur, avant toute chose, de « test » pour soi.

Antony Soron,

ÉSPÉ Paris Sorbonne

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• Voir également sur ce site : Premier poste, dix conseils pour entrer dans le métier, par Thérèse De Paulis.

Conseils pratiques pour les nouveaux professeurs de lettres, par Antony Soron.

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