Collège 2017, le retour du bon sens ?

La réforme des collèges a-t-elle vécu ? Il semblerait que ce soit le cas et les collègues qui s’en plaignent ne devraient pas être pléthore. La réduction des EPI est une bonne nouvelle, elle a engendré des heures de concertations stériles, des projets qui n’ont enthousiasmé que leurs initiateurs et se sont achevés dans une indifférence générale révélatrice.

Quand je cherche en fin d’année les appréciations dévolues aux élèves qui ont travaillé les dits EPI, je constate qu’elles ont été omises sur la majorité des livrets. Le collègue de mathématiques compte sans doute sur le collègue de physique pour les reporter et réciproquement.

Quand les élèves de troisième de mon établissement (plus de deux cents élèves) ont dû présenter leur oral de fin d’année, ils n’étaient en moyenne que deux à trois par classe à choisir les EPI comme support de leur présentation. La plupart ont préféré se concentrer sur leur expérience en entreprise et réaliser un exposé portant sur leur « parcours d’orientation ».

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Laisser l’initiative aux enseignants

Les EPI sont une très bonne idée mais il faut laisser aux équipes enseignantes l’initiative de les mettre en place. Nous travaillions en interdisciplinarité avant qu’on ne nous l’impose et nous continuerons de le faire, avec d’autant plus de plaisir que nous le ferons par passion et non par devoir.

Lorsque je prépare l’étude d’un roman d’Agatha Christie avec ma collègue d’anglais et que nous organisons une excursion à Greenway sur les traces de la romancière nous portons le projet avec bonheur. L’amendement apporté par le CSE (pour mémoire si nous maintenons un EPI dans notre établissement, ce sont tous les élèves du même niveau qui devrons le suivre) va sans doute faire que je ne pourrai pas dénommer ce projet EPI car si je m’intéresse à la reine du crime, ce n’est pas nécessairement le cas de ma collègue de lettres qui exerce sur le même pallier.

Il est curieux de voir à quel point les décideurs oublient une loi simple : l’initiative est féconde, la contrainte (je ne suis pas oulipien) engendre résistances et démotivation.

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Un point clé : approfondir la maîtrise de la langue

Quant aux programmes, il est bien dommage que leur manque d’ambition n’ait pas été rectifié. Quand je constate aujourd’hui qu’une grande majorité de lycéens de seconde ne sont pas à même de lire une pièce de Racine, je ne peux m’empêcher de penser que l’école et le collège ont failli quelque part.

Quelles compétences faut-il pour lire Racine ? Du vocabulaire certes, mais nous admettrons que la plupart des éditions scolaire font l’effort de fournir d’abondantes notes. De la grammaire surtout. Lire un texte à la syntaxe complexe, qu’il s’agisse de vers de Racine – où le complément de détermination peut être antéposé – ou de périodes qui multiplient les propositions dans les discours de Rousseau, demande une maîtrise suffisante de la grammaire et des conjugaisons qui pourra seule donner aux futurs lycéens l’autonomie dont ils ont besoin.

Une terminologie approximative, un abaissement des exigences en matière de connaissance – il n’est qu’à comparer les actuels programmes aux précédents qui avaient le mérite de la clarté et encourageaient la lecture des classiques – vont conduire à des inégalités renforcées et la lecture de Racine risque fort de devenir de façon accrue le privilège d’une minorité.

Stéphane Labbe

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