« Ces élèves (qui) nous élèvent », une réflexion pédagogique originale et participative

Ces élèves qui nous élèventChacun de nous a connu ces témoignages reconnaissants d’élèves qui un jour ou l’autre nous ont remerciés de vive voix ou par écrit de leur avoir apporté quelque chose. Mais s’est-on jamais demandé si des élèves ne nous avaient pas aussi appris quelque chose pour notre enseignement ?

Telle est l’initiative du rectorat de Montpellier qui, avec le dispositif « Ces élèves qui nous élèvent », invite jusqu’au 31 mars tous les enseignants qui le désirent à apporter leurs témoignages de rencontres d’élèves qui ont éclairé leur façon de comprendre leur métier.

Un invitation à partager librement son expérience d’enseignant

L’invitation est plus qu’un effet de mode, qu’un écho pédagogique du grand débat du moment et autre parole libérée tout azimut à l’heure des forums et des plateformes d’échanges. C’est véritablement une manière empirique de partager son expérience d’enseignant, de se mettre à l’école du terrain, de la réalité vécue, et de voir à travers la multiplicité des témoignages comment chacun de nous a pu progresser dans son approche pédagogique, psychologique ou sociale par le simple biais d’un micro-événement, d’un hasard, d’un incident, d’un élève qui tout à coup nous a révélé autrement notre métier.

L’initiative se pense d’abord comme une formation collaborative, un portrait par induction de l’enseignant non pas idéal mais cherchant simplement à faire au mieux: rapportant telle aventure, telle mésaventure dont un élève a été l’agent déterminant, telle découverte, tel cas rencontré, telle crise surmontée, l’ensemble des contributions dessine une véritable mosaïque de l’enseignement: tensions, violences, instants de bonheur, de grâce, de surprise, de reconnaissance, tout le métier est là.

Lorsque chacun se reconnaît en l’autre

Beaucoup de contributions se rapportent aux premières années de la carrière ; c’est un peu la loi du genre : l’élève qui marque à jamais. Beaucoup sont émouvantes – c’est un peu la clé du métier : le surgissement de l’humain dans une formation trop normée. Beaucoup sont stylées : c’est un peu la signature du prof, l’exemple même de l’écriture expressive. Mais chez tous, de la sincérité, de la profondeur, de la réflexion sur le métier qui rendent dérisoires les écrits des professionnels de la pédagogie.

Parce qu’il n’y a pas de règles à suivre, parce que chacun a appris à relativiser, parce que chacun a été amené à dépasser les relations profs/élèves pour engager des relations de personne à personne, parce que chacun se reconnaît en l’autre, ces témoignages ont quelque chose de rassurant et de stimulant pour tous ceux qui dans le huis clos de leur conscience se demandent s’ils font bien, sûrs que leurs seuls juges compétents sont les élèves.

L’appel à contribution accueille les témoignages de toutes sortes : écrit, audio ou vidéo. Le nombre de ceux-ci ne cessent d’augmenter et c’est une bonne chose. Mais on attend avec intérêt et curiosité le nécessaire bilan à tirer de ces comptes rendus d’expériences. Si toutes sortes de classements sont envisageables : estime de soi, discipline, parents/enfants, types d’établissements, théâtre, apprentissage, quel que soit le sujet un savoir se fait jour, susceptible d’être transmis ; une pratique se dégage, susceptible d’être reproduite.

Nombre d’étudiants en ÉSPÉ feraient bien de s’imprégner de leur futur métier en lisant ces pages concises et fortes.

La salle des profs qui est si souvent un lieu de plaintes envers les élèves trouve ici son envers salutaire : un registre des raisons d’aimer ses élèves.

Pascal Caglar

 

• Retrouvez les contributions sur le site de l’académie de Montpellier.

• Voir également sur ce site :  « Une passion pour la littérature suffit-elle pour être professeur de français… ? »

 

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