Six étudiantes de BTS en quête d’auteurs

Six étudiantes de BTS en quête d’auteursImmersion dans une brigade de police française, plongée dans la vie de l’éditeur Claude Durand ou encore découverte des fantasmes new-yorkais…

Six étudiantes du BTS Communication du lycée Carcouët à Nantes ont tour à tour exploré les actualités littéraires pour mettre en lumière des auteurs, ouvrages et problématiques qui captivent le public français.

« Surdose », d’Alexandre Kauffmann, récit d’une immersion
au sein d’une brigade de stupéfiants parisienne

 

"Surdose", d'Alexandre KauffmannOù commence la réalité ? Où la fiction s’arrête-t-elle ? Dans Surdose, le grand reporter et écrivain Alexandre Kauffman retranscrit l’enquête qu’il a mené entre juillet 2016 et septembre 2017. Cette enquête, c’est celle construite au cours de son immersion au sein du groupe Surdose, unité spéciale et marginale de la Brigade des stupéfiants de la police de Paris qui, à partir de victimes d’overdoses, remonte les réseaux de trafiquants s’organisant sur la capitale.

Dans cette épopée entre fiction et réalité, l’auteur immerge son lecteur dans un quotidien romanesque sensiblement proche du polar. Au cœur de l’intrigue, une jeune étudiante en histoire de l’art, un formateur en informatique et un dentiste. Trois victimes d’overdoses parmi la vingtaine annuelle montrant un fléau qui, loin des stéréotypes affichés, traverse tous les milieux.

Se présenter comme romancier plutôt que journaliste, comme le souligne Emmanuel Fansten du quotidien Libération, telle est la position qu’a choisi d’adopter Kauffman. Une manière de faciliter son intégration à la brigade, d’être accepté et de justifier sa présence sur des événements où les experts tendent à vouloir protéger le secret professionnel. Car entre retranscription journalistique et rédaction romancée, la frontière est mince. Fasciné par le monde policier, l’écrivain s’adonne ainsi à un récit vibrant qui rappelle Tokyo Vice (Éditions Marchialy), le roman de Jake Adelstein dessinant en 2017 les bas-fonds de la société japonaise en usant de la littérature du réel.

Un suivi précis, vibrant et intrigant qui interpelle quant aux pratiques, méthodes et acteurs animant les réseaux de stupéfiants souterrains français.

Apolline H-M

• « Surdose », d’Alexandre Kauffman, Éditions de la Goutte d’Or, 2017, 270 p.

Six étudiantes de BTS en quête d’auteurs

 « Les Loyautés », de Delphine de Vigan

"Les Loyautés", de Delphine Le ViganÀ l’occasion de la sortie de son neuvième roman, Delphine de Vigan, avec Les Loyautés, interroge ce concept sous toutes ses formes. Dans ce livre sombre, torturé, presque tragique, on entre dans la tête de quatre personnages, qui vont exprimer chacun à leur tour leurs tourments et leurs expiations dans un discours polyphonique.

Hélène est une institutrice traumatisée, battue par son père dans sa jeunesse, elle est persuadée que le jeune Théo est confronté à ce qu’elle a vécu et croit reconnaître les même signes de détresse. L’enseignante se répète à propos de l’élève : « Je suis seule à voir ses blessures, je suis seule à voir qu’il saigne. »

Théo vit entre un père au chômage, presque sans abri, et une mère hystérique, qui se trouvent en plein divorce. Il va entraîner son copain Mathis sur des terrains dangereux où l’on consomme beaucoup d’alcool en cachette, au collège, entre deux cours. Mathis à son tour se demande s’il doit être loyal avec son ami, quitte à prendre de gros risques. Le véritable danger ne se situe plus dans les erreurs de la vie, mais dans les loyautés qu’on se porte.

Cécile, la mère de Mathis, est dépressive et névrosée, mariée à un homme détestable, qui privilégie sa double-vie sur les réseaux sociaux au mal-être de sa femme.

On se retrouve propulsé dans un univers – un peu trop réaliste – où les adultes gardent une part d’enfance, et où les enfants ont des responsabilités et des attitudes d’adultes. Les personnages se situent au bord d’une limite près de laquelle ils risquent de perdre pied, la seule chose qui perdure sont ces loyautés, entre eux, envers la société, ou encore envers eux-mêmes. La loyauté régit et empoisonne ces funambules de la vie, les détruisant un peu plus à chaque instant de l’existence.

Delphine de Vigan précise dans son préambule que les loyautés « ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres, […] des promesses que nous avons murmurées ou dont nous ignorons l’écho, des fidé­lités silencieuses ». Enfant, de parents séparés, la romancière a remarqué que la question de la loyauté se posait très tôt pour ce type d’enfants, et de façon souvent oppressante. Le lecteur en vient lui-même à s’interroger sur sa propre loyauté et s’il est bon d’être loyal en toute circonstance.

Le thème de la violence est très présent, tout comme la loyauté, elle est insidieuse et invisible. Le roman frappe en allant droit au but sur un sujet très fragile et intimiste.

Emma D.

• Delphine Le Vigan, « Les Loyautés », Jean-Claude Lattès, 2018, 208 p.

Six étudiantes de BTS en quête d’auteurs

La lutte contre une logique de « spécificité humaine »

"La Révolution antispéciste", d’Yves Bonnardel, Thomas Lepeltier et Pïerre SiglerUn terme qui a longtemps fait débat en France, l’antispécisme, est en une de Livres et idées le supplément livres de La Croix, cette semaine. Pour le comprendre il faut d’abord évoquer son contraire, le spécisme. Une idéologie qui soutient le fait qu’une hiérarchie existe entre les espèces.

Ce terme est apparu il y a plus de quarante ans, créé par le psychologue et auteur Britannique Richard D.Ryder. Défenseur de la cause animale, il critique l’absurdité de la position morale des humains à l’égard des animaux : il crée alors le terme de spécisme. Il publie en 1971 Animals, Men and Morals, ou il précise sa façon de penser :

« La discrimination sur la base de la race, bien que tolérée presque universellement il y a deux siècles, est maintenant largement condamnée. De la même façon, il se pourrait qu’un jour les esprits éclairés rejettent le spécisme comme ils rejettent aujourd’hui le racisme. L’illogisme dans ces deux formes de préjugés est du même type. Si nous acceptons comme moralement inacceptable de faire souffrir délibérément des êtres humains innocents, alors il est logique de trouver inacceptable de faire souffrir délibérément des êtres innocents d’autres espèces. Le temps est venu d’agir selon cette logique. »

Mais la notion de spécisme se concrétise et se popularise avec La Libération animale, écrit par le jeune prodige Peter Singer. Il expose dans ce livre certaines difficultés et analyse les solutions alternatives au problème du statut éthique de l’animal. Le spécisme peut alors se comparer aux termes de racisme et sexisme, considérer que la vie, la sensibilité et les émotions des animaux comptent tout simplement moins du fait de leur différence avec les êtres humains. Peter Singer fait alors apparaître dans son livre l’idéologie de l’antispécisme. C’est-à-dire l’opposition à l’injustice, l’exploitation, la maltraitance et la consommation des espèces animales.

David Oliver explique : « Dès lors qu’un animal peut jouir de la vie, y éprouver du plaisir ou au contraire de la souffrance, son intérêt à vivre heureux, à souffrir le moins possible, a autant d’importance que celui d’un membre de l’espèce humaine », comme le souligne Élodie Maurot.

Ce faisant, les écrits ont précédés les lois. La société a évolué et ces combats menés par ces militants de la cause animale ont provoqué un tournant historique. La fin de la suprématie humaine sur les animaux grâce à cette nouvelle loi du 28 février 2015, qui désigne la reconnaissance des animaux comme un être vivant doué de sensibilité.

Sarah

• L’article de « La Croix » du 22 février 2018 évoque les livres « La Révolution antispéciste », d’Yves Bonnardel, Thomas Lepeltier et Pïerre Sigler (PUF, 2018, 360 p.) et « Le Complexe des trois singes, Essai sur l’animalité humaine », d’Étienne Bimbenet (Seuil, 2018, 344 p.).

 

Six étudiantes de BTS en quête d’auteurs

Jérôme Fehrenbach,
un parcours vers la littérature !

Jérôme Fehrenbach, "Von Galen, un évêque contre Hitler"Jérôme Fehrenbach inspecteur général des Finances, a été directeur de la clientèle bancaires de la Caisse des Dépôts. Il a fait des études à l’École nationale d’administration, HEC et l’Institut d’études politiques de Paris. Il a eu un parcours entre le monde professionnel et le monde littéraire qui lui a permis de développer ses capacités en littérature. Très vite il choisit d’être auteur sur le parcours des histoires vécues, des biographies historiques.

En 2016 il sort son livre La Princesse Palatine dont il décrit l’histoire en s’appuyant sur les révélations d’archives inédites, dont une correspondance secrète. Il éclaire comme jamais le parcours de cette femme exceptionnelle et inscrit sa vie dans l’histoire du pays.

Paru en janvier 2018, le second livre de Jérôme Fehrenbach s’intitule Von Galen, un évêque contre Hitler. L’auteur développe dans cet ouvrage très documenté la vie et le passé de Clemens August von Galen dont le nom a été longtemps associé à l’histoire de l’Allemagne. Né le 16 mars 1878, « Von Galen est un prince de l’Église sûr de ses origines, pénétré de ses responsabilités, à la lucidité souvent cruelle, à la limite de la provocation« , comme le souligne Jean–Marc Bastière journalistes de La Croix. Il se distingue en menant l’opposition catholique allemande contre le régime nazi et est béatifié en 2005.

Jérôme Fehrenbach dans cet ouvrage s’intéresse plus particulièrement aux Allemands qui s’opposent aux régime nazi. Von Galen est la figure centrale de cette opposition.

Melissa K..

• Jérôme Fehrenbach, « Von Galen, un évêque contre Hitler », Le Cerf, 2018, 418 p.

 Six étudiantes de BTS en quête d’auteurs

New-York,
ville de tous les fantasmes littéraire

"Une vie comme les autres", de Hanya YanagiharaLa démesure new-yorkaise a toujours été au centre des fascinations romanesque. Alliant rêves et fantasmes, New-York est une source d’inspiration inépuisable. Célèbre pour sa diversité culturelle, elle permet à de nombreux artistes et particulièrement aux écrivains d’exprimer librement leur art.

Hanya Yanagihara, auteur américaine, fait évoluer dans son livre Une vie comme les autres, quatre personnages souhaitant conquérir « la grande ville ». Certains se voient dans le cinéma, d’autres dans le droit ou encore l’architecture avec comme point commun un lourd passé. Comment arriver a accomplir son rêve américain face aux tourments et traumastismes de la vie ? À travers le roman, tous les tracas des personnages sont énumérés, comme le dit Sophie Joubert,  » l’écriture d’Hanya Yanagihara fascine par sa capacité à explorer les profondeurs psychologisques en passant d’un personnage à l’autre, comme on change d’axe de caméra« .

New-York a par ailleurs fait éclore de nombreuse célébrités. Janet Groth, dans son roman autobiographique, La Réceptionniste du « New Yorker », nous fait part de son expérience en tant que réceptionniste dans un des magazine les plus emblématique de New York et de son ambition d’y écrire un jour. Au cœur de l’action, elle nous raconte ses rencontres avec des grandes personnalités américaines comme Muriel Spark, Joseph Mitchell ou encore Woody Allen. Elle nous fait aussi part de ses interrogations sur le monde qui l’entoure, notamment celle sur la place des femmes dans la société. New York est la ville où les espoirs naissent sans aucune limite, sont-ils toujours réalisables ?

Mélissa J.

Hanya Yanagihara, « Une vie comme les autres », Buchet-Chastel, 2018, 816 p.

• Janet Groth, La Réceptionniste du « New Yorker », Éditions du Sous-sol, 2018, 272 p.

L’ancrage éditorial de Claude Durand

"Claude Durand", de François ChaubetAprès sa disparition en 2015, le grand éditeur Claude Durand est mis en lumière à travers le livre de l’historien François Chaubet. Une biographie avec un portrait total et complet retraçant trente années de publication d’œuvres au Seuil, chez Grasset ou chez Fayard et plus encore car Claude Durand n’a jamais réellement quitté l’édition après sa retraite. Ce dernier a conservé ses bureaux et a maintenu ses relations amicales avec de nombreux auteurs tel que Jacques Attali ou Gilles Perrault.

Son histoire se caractérise par son exigence, sa sensibilité aux injustices, sa vision éditoriale d’ensemble. Il a su modeler un catalogue de référence en sciences humaines et en littérature mais aussi en politique (Hélène Carrère d’Encausse, Régis Debray, Max Gallo, Nelson Mandela, Hillary Clinton ou encore François Mitterrand.

Le métier d’éditeur est complexe : devancer et anticiper l’air du temps, soutenir des livres uniques, prendre position, prendre des risques et subir dans certains cas des procès. Dans l’entretien qu’il accorde à Mohammed Aissaoui dans le journal Le Figaro, François Chaubet évoque sa confrontation au « quotidien de référence » le Monde dont il a exposé les coulisses.

François Chaubet a tout de même rencontré de nombreuse difficultés à élaborer cette biographie passionnante, car les portes des archives de Fayard sont restés fermées et inaccessibles.

Voilà comment Claude Durand a façonné le paysage littéraire et intellectuel français et c’est pour cette carrière exemplaire que François Chaubet lui rend hommage.

Pourquoi n’a-t-il jamais écrit ses Mémoires? « Je préfère distiller au coup par coup quelques souvenirs quand on m’interroge où écrire des romans, mais rédiger des Mémoires, non, merci. Je préfère la création au ressassement. Et l’exercice est toujours un peu vaniteux... », confiait-il au Figaro.

Sophia B.

« Claude Durand », de François Chaubet, Éditions du Cerf, 2018, 468 p.

 

Grâce aux articles qu’elles ont publiés dans « l’École des lettres », ces étudiantes recevront des pass culture valables un an dans le principal musée nantais et pour la septième édition du Voyage à Nantes (exposition d’œuvres d’art contemporain et manifestations culturelles),
du 30 juin au 26 août 2018.

 

 

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