L’épreuve de culture générale et expression en BTS. Une dernière séance avant l’examen ou comment rédiger un exercice d’écriture

"Place de la toile", une émission de Xavier de la Porte sur France CultureLa définition de la deuxième partie de l’épreuve de culture générale et expression au BTS le précise, l’écriture personnelle est à la croisée des ressources du corpus de l’examen et de la culture personnelle du candidat :

« Deuxième partie : écriture personnelle (notée sur 20). Le candidat répond de façon argumentée à une question relative aux documents proposés. La question posée invite à confronter les documents proposés en synthèse et les études de documents menées dans l’année en cours de “Culture générale et expression”. La note globale est ramenée à une note sur 20 points. »

Comme on le voit, les sources sont doubles mais le temps réservé par le candidat pour cette partie de l’épreuve n’est pas fixe et dépend du bon déroulement de l’exercice de synthèse. Une dernière séance (en 2 ou 3 heures) sera donc consacrée au travail d’écriture à l’épreuve de culture générale au BTS dont il s’agit de montrer qu’on peut renouveler les arguments consacrés aux échanges sur Internet. Nous la développons dans le cadre du thème Paroles, échanges, conversations et révolution numérique, en nous appuyant sur une émission de Xavier de La Porte, La Place de la toile, sur France Culture.

 

L’émission La Place de la toile sur France culture offre en effet une réelle « réserve documentaire ». Celle-ci, diffusée tous les samedis de 18 h 10 à 19 h, développe des sujets liés au numérique, à Internet et aux nouvelles technologies de l’information en général, ainsi qu’à leur impact sur la société.

Le travail d’écriture, situé en fin d’épreuve, est relativement difficile à aborder pour les étudiants qui peinent, après avoir effectué leur travail de synthèse, à construire une démarche et à trouver des arguments »frais » pour développer leur réponse au sujet.

L’émission  du 2 février 2013, Culture numérique et jeunesse inculte,  propose une réflexion sur les jeunes et Internet et, même si le sujet est mal formulé en début de d’émission (« acculturer » est utilisé trois fois à contresens), elle se révèle pleine d’intérêt pour nous :

http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-culture-numerique-et-jeunesse-inculte-2013-02-02

 

Découpage chronologique et argumentatif de l’émission

Les moments principaux de l’émission sont d’abord l’établissement d’une liste des clichés attachés à la pratique de l’ordinateur et de l’Internet chez les jeunes. Nous donnons les différentes phases avec leur minutage au cours de l’émission mais on peut tout à fait partir d’une écoute des premières 20 minutes après avoir donné pour consigne de relever systématiquement les arguments attaquant Internet puis ceux qui réfutent ces attaques.

 

De 0:00 à 6:10

Marc Le Glatin – directeur du théâtre de Chelles, qui s’attache à démontrer qu’Internet est un espace offrant des ressources culturelles variées relève la liste des critiques formulées à l’encontre de celui-ci. On pourra opérer un premier travail de classement à partir du relevé effectué par les élèves. Les clichés renvoient en effet aux dangers du net proprement dit ainsi qu’à la désocialisation ou à la déculturation, et on mettra en relief ces catégories pour dégager une hiérarchie argumentative. On peut ainsi rapidement faire le tour des lieux communs en vogue sur la question et les étudiants apprécient ce moment car il prépare la remise en question de la suite. Au-delà de l’exercice, ils se sentent concernés par le débat.

 

De 6: 10 à 27: 00 

Les invités proposent à tour de rôle des réfutations par rapports aux arguments évoqués précédemment ; ils avancent successivement témoignages, arguments ou statistiques que l’on pourra classer en deux catégories, ceux qui démontrent les limites des clichés (réfutation) et ceux qui permettent de dépasser le problème initial (approfondissement de la problématique).

Pour montrer que l’adolescent n’est pas si isolé qu’on pourrait le croire, on voit notamment que les jeunes qui se servent d’un logiciel de retouches photographique (60 % l’utilisent 85 % en possèdent un) développent un savoir technologique et, plus encore, deviennent des acteurs du système en envoyant à leur tour ses travaux sur Internet. De ce point de vue, une donnée fondamentale évolue, à savoir que la coupure émetteur/récepteur s’efface.

On voit ici un argument de pure réfutation et son complément fondamental qui dépasse donc l’opposition première. Par ailleurs, l’animateur Xavier Delaporte intervient  régulièrement pour relancer le débat et proposer quelques arguments contradictoires dans le sens d’une critique d’Internet ce qui souligne la dimension dialectique de cette séance.

 

De 27: 00 à 45: 00

L’essentiel des arguments se trouve sur la tranche précédente mais on écoutera avec profit la suite de l’émission dans la mesure où sont évoqués et le rôle de l’école et le concept (de plus en plus à la mode) d’humanités numériques.

Pour approfondir ce débat, on pourra se référer à trois sites essentiels ; d’abord celui du CELSA pour lequel apparaissent les objets de recherche des personnes qui en composent les équipes. Puis celui de Pierre Mercklé, sociologue de la communication qui présente l’avantage de mettre à jour régulièrement son blog, ainsi que Antonio A. Casili (présent dans le corpus, sujet de juin 2013) qui développe pour sa part sur son site et sur Bodyspace society des sujets de réflexion liés aux socialisations du net . Ce dernier est particulièrement intéressant dans la mesure où il prend le contrepied des idées reçues sur Internet, par exemple sur les communautés anorexiques qu’il ne condamne pas et sur les liens sociaux qu’il estime développés par Internet.

 

En guise de conclusion

Boucler la boucle ou le retour aux maximes de La Rochefoucauld…
à partir des théories de la communication


Pour terminer l’année on pourra également revenir rapidement sur l’histoire de la communication et montrer en quoi elle revient finalement à l’un des fondamentaux de la conversation que l’on trouve dans la plupart des recueils consacrés à cette question au XVII siècle ; autrement dit comment les théories scientifiques américaines de la seconde partie du XXe siècle rejoignent les conseils de La Rochefoucauld par exemple. De Saussure à Grice et ses maximes conversationnelles, l’histoire de la communication semble s’être vraiment orientée, du langage aux échanges, vers une redécouverte des règles du salon.

 

Le langage et le début de la réflexion

On commencera par dégager le fait qu’il existe plusieurs écoles en matière de communication, de langage et de rapports interpersonnels. On peut ouvrir cette réflexion avec Ferdinand de Saussure (1857-1913) et son Cours de linguistique générale, édité en 1913, qui correspond à une interrogation nouvelle sur le langage. D’une manière générale les écoles européennes et les philosophes, philologues et sémiologues européens s’intéressent davantage au langage qu’à la communication interpersonnelle dans un premier temps.

C’est donc dans le cadre du langage que Ferdinand de Saussure explore les mystères du signe. Par ses recherches, il avance que les signes se comportent en systèmes, ils possèdent une histoire, leur diachronie, mais ils possèdent surtout une synchronie, c’est-à-dire qu’ils existent dans un ensemble d’autres signes avec lesquels ils font système.

Cette découverte s’apparentera peu ou prou à celles qui se feront jour dans le domaine de la pensée anglo-saxonne, pragmatique notamment. D’une certaine manière, Ferdinand de Saussure s’est intéressé avant tout au mot et à son interaction avec les autres termes. D’où cette science encore jeune, qui prend pour objet des énoncés assez simples, éloignés de la littérature et encore plus des complexités de la conversation tels que peut les résumer La Rochefoucauld. On est encore dans la jeunesse de la réflexion sur la communication. Néanmoins, l’idée qu’il existe, au-delà du langage, un code de communication pourra apparaître comme un premier pas dans le domaine des interactions ; il existe des codes conscientisés et établis comme celui des panneaux du code de la route, mais aussi des codes sémiologiques qui renvoient aux habits par exemple et qui repose sur la connaissance que chacun possède du milieu dans lequel il évolue, et ce, d’un point de vue culturel.

Roman Jakobson (1896-1982), avec les fonctions du langage (dont la version définitive ne date que de 1960 mais qui repose sur un travail qui trouve ses racines dans les réflexions théoriques des années 1930) va un peu plus loin en distinguant les rapports entre l’émetteur et le récepteur. Il s’intéresse donc à l’échange et met au point une théorie qui tient compte de l’environnement, avec l’idée de contexte de référence et l’idée de rétroaction, mais il offre un instantané figé de ce qui se passe dans un échange de communication. Avec les fonctions du langage, il propose de distinguer différents rôles – l’émetteur, le récepteur, le message – et de s’interroger sur les différentes utilisations du langage dans l’échange, s’exprimer, influencer l’autre, donner une information, etc.

Cette définition permet aussi de mettre en relief une mécanique des échanges qu’on va retrouver à l’œuvre chez les cybernéticiens et ensuite dans le croisement entre cybernéticiens et pragmatisme américain.

Il dégage également la notion de performativité qui, pour aller vite, correspond à l’emploi de la bonne forme, du bon usage dans le bon cadre de référence et qui rappelle évidemment le contrat de conversation dans un salon tel que l’énonce LaRochefoucauld. Si l’on satisfait aux exigences de l’échange dans ce cadre c’est qu’on est digne d’y figurer en bonne place.

 

La filière anglo-saxonne

Après la seconde guerre mondiale, une nouvelle étape se dessine. Il y a d’abord, et on a tendance à l’oublier souvent en matière de communication, toute une école qui se fonde sur la cybernétique. À l’origine avec Alan Turing (1912-1954) et sa théorie des grands calculateurs qui donnera naissance à l’ordinateur, certains de ses concepteurs pensent que les problèmes de communication pourraient être gérés par des machines. Le test de Turing capable de différencier (pour un moment) la communication entre ordinateurs et humains souligne, en dehors de son aspect séduisant pour la science-fiction, que l’on commence à envisager sérieusement de mettre en équation l’échange verbal entre humains. Les cybernéticiens qui le suivent s’attachent donc à modéliser les échanges entre machines, entre machines et humains ainsi que tout ce qui est prédictible en matière de communication.

La plupart des chercheurs dans ce domaine raisonnent alors entre utopie et découvertes technologiques. Ils ne peuvent cependant pas anticiper le changement qui va venir de l’invention de l’ordinateur et surtout du PC c’est-à-dire de l’ordinateur individuel, changement qui intervient dans la Californie des années 1980.

Cependant, l’école de Palo Alto qui regroupe des chercheurs aussi divers que Gregory Bateson (1904-1980), cybernéticien, et Paul Watzlawick (1921-2007), psychologue aussi à l’aise pour ce qui est de la communication schizophrénique que pour les expériences de désinformation, va permettre de fusionner les différentes approches de ces théories concomitantes. Ainsi initient-ils une théorie générale de la communication qui hérite de la théorie des systèmes. Bateson, le premier, analyse les échanges communicationnels en s’inspirant des lois de la thermodynamique. La communication est désormais considérée comme un système ouvert. L’idée qu’il faut, pour qu’un système survive, adopter et intégrer le changement venant de l’extérieur, devient une dimension essentielle de la communication. La systémique fait son apparition et elle s’étend rapidement à la psychologie elle-même. Elle va permettre de mettre en relief certains énoncés appelés paradoxaux qui correspondent à des échanges entre individus, échanges qui produisent un sens qui leur échappe.

Ainsi, dans le traitement par exemple de la schizophrénie on va mettre en évidence qu’un individu schizophrène peut être encore plus en difficulté s’il doit faire face à des énoncés – souvent produits par son entourage proche – développant des injonctions qui se révèlent paradoxales pour lui et notamment ce qu’on appelle la double contrainte. Pour donner un exemple rapide et assez simple, on peut dire que la double contrainte s’apparente à un panneau sur lequel il serait écrit « Ne lisez pas ce panneau ». Définissant ainsi des points aveugles dans la communication, la double contrainte rend compte de ce qu’il est difficile et parfois impossible pour un individu de communiquer dans une situation alors qu’il devrait le faire. Il ne peut se résoudre à suivre un sens plutôt qu’un autre.

La communication n’apparaît alors plus seulement comme un échange construit autour d’un process mécanique et humain mais comme un système qu’il s’agit d’améliorer sans cesse.  Et l’on commence à se poser la question des dysfonctionnements qui sera complétée par l’étude scientifique de la désinformation. (Cf. La réalité de la réalité. Confusion, désinformation, communication, « Points », Seuil).

 

Le salon ; une pragmatique de la communication

 C’est là qu’apparaît, un troisième mouvement, un troisième moment, qui est celui de la communication pragmatique : elle est d’obédience américaine comme la précédente et ne s’intéresse plus seulement au langage mais à un tout qui est fait, à la fois, d’échanges liés aux mots et à ce qu’ils produisent sur l’individu dans un même système, dans la mesure où chacun manifeste une intention.

La notion de système que l’on trouvait déjà chez Saussure se transforme donc en réflexion philosophique pragmatique, puisque tout se tient à l’intérieur de cet ensemble défini par la communication : si l’on communique, c’est pour agir à l’intérieur d’un système donné.

C’est pourquoi cette école commence par se poser la question de l’usage du langage. On va considérer en règle générale que quand des individus échangent, ils essaient de construire quelque chose ensemble. Et donc qu’ils possèdent, lorsqu’ils sont en situation d’échanger, un certain nombre de connaissances extralinguistiques qui sortent du domaine du langage pour renvoyer, par exemple, au monde physique ou social dans lequel ils évoluent et à des habitudes qu’ils partagent. Mais aussi, évidemment, des connaissances sur les gens qui échangent entre eux, sur le ou les interlocuteurs qui deviennent dès lors des partenaires.

À l’issue de cette réflexion, on aperçoit un certain nombre de stratégies pragmatiques : c’est-à-dire que pour comprendre une phrase, un individu ne se contente pas de l’écouter et de placer en face de chacun des mots qui la composent un sens, il est aussi capable de normalisation pragmatique , il met en relation des éléments absents ou proposés dans le désordre. On connaît les célèbres messages qui mélangent l’orthographe des mots et qu’on lit en recomposant mentalement et quasi instantanément la structure du mot et que l’on est capable de comprendre.

De la même manière, en entendant un énoncé comme « taper un clou », certaines personnes sont persuadées qu’elles ont entendu le mot « marteau ». Il existe des mécanismes de normalisation et de stratégie pragmatique chez les individus et ceux-ci accomplissent une partie du travail de compréhension des énoncés en dehors de la simple formulation. En approfondissant ce secteur de la pensée du langage, on en est venu à définir des principes qui le gèrent, par exemple le principe relativement récent de  pertinence qui dit qu’un certain nombre d’informations doivent être données à l’individu en fonction de ce qu’il est ou de ce que l’on suppose connaître de lui et de ses besoins.

Donc, lorsqu’il y a normalisation pragmatique, cela veut dire que l’esprit humain travaille à partir d’informations qu’il possède mais qui n’ont pas été dites explicitement dans l’échange. C’est ainsi que l’on peut dégager le concept complémentaire d’inférences dans ce domaine. Par inférences pragmatiques, on entend des significations, des informations qui ne sont pas transmises mais qui sont construites dans l’esprit de l’interlocuteur (récepteur) à partir des informations premières transmises. On rapproche les éléments échangés d’éléments connus préalablement et l’on construit le sens à partir des informations que l’on peut mettre en relation.

Dans le cadre des échanges communicationnels, deux personnes qui échangent n’effectuent pas n’importe quelles inférences, elles vont limiter leur compréhension à celles qui sont déterminées par le contexte et c’est ce qu’on appelle le principe de pertinence. Il s’agit d’aller au sens par une économie mentale tout à fait normale (mais qui disparaît par exemple lors des aphasies) c’est ce qui permet de déterminer le sens exact d’un énoncé dans un contexte donné.

Partant de là, on en vient à une deuxième règle de fonctionnement, le contrat tacite entre les interlocuteurs et qui suppose qu’un interlocuteur ne fournit à un autre que les informations qu’il est censé comprendre dans l’échange qu’ils ont. Lorsqu’on me demande « T’as pas un euro ? » il ne me vient pas à l’idée de répondre « Oui je dispose de cette somme, au revoir. »

On commence à se rapprocher ici du monde de La Rochefoucauld, c’est-à-dire du monde du salon dans lequel un certain nombre d’individus partagent un certain type de connaissances. Cette codification des échanges au sein du salon réside dans la mise en œuvre d’une pragmatique spécifique, il ne s’agit pas seulement ici de comprendre un énoncé, il s’agit de comprendre de quoi parle l’interlocuteur sur le plan de l’échange à travers une communauté et ses codes. C’est même en fonction de l’habileté dans l’échange qu’on pourra dire que l’interlocuteur est en situation de performativité. La conversation de salon est un art dont les règles ne sont pas dictées par l’étiquette comme à la cour, mais dépendent de ce que l’on est en train de construire. On peut dire qu’ici la performativité rejoint la pertinence.

Cette habileté définie par les tenants de la pragmatique renvoie à un terrain commun selon lequel un certain nombre de connaissances et de croyances et de suppositions mutuelles entre interlocuteurs, au moment de l’énonciation, permettent de définir celle-ci. Bien entendu, on retrouve ici quelques aspects présents chez La Rochefoucauld, notamment la co-présence physique car il est toujours fait allusion à l’interlocuteur dans les maximes. C’est lui qui prime, et dès lors on se déplace dans l’espace du salon pour échanger au sein d’une communauté, cette fois c’est le langage qui est au centre de l’échange, parfois plus encore que le fond lui-même. À plusieurs reprises, La Rochefoucauld revient sur le fait que le sujet ne prime pas, c’est la manière de le traiter qui se détache.

Lorsque La Rochefoucauld donne des conseils, il anticipe finalement ce qu’on appelle les règles de conversation, les règles conversationnelles qui supposent que nous sommes maintenant dans la communication comme dans une activité commune et finalisée et qui vise à coopérer, ou du moins à obéir, à certaines règles suivant par exemple un axiome de pertinence. C’est-à-dire que le locuteur fait de son mieux pour proposer l’énoncé le plus pertinent possible.

On voit donc par là qu’après avoir redécouvert la communication et l’avoir théorisée scientifiquement dans les échanges comme système on en vient à ce sur quoi La Rochefoucauld s’interrogeait, ou du moins ce qu’il pouvait définir comme étant important dans la communication. Les aspects locutoires, ce qu’on dit, les informations que l’on donne, sont certes importantes mais ils ne servent que de supports aux échanges.

Au-delà il y a d’abord l’intention, ce que l’on veut faire passer, directement d’abord à travers les effets perlocutoires, pour lesquels le langage est considéré comme le véhicule de l’intention et, d’une manière plus subtile, plus culturelle et donc plus difficile à déceler, les aspects illocutoires, tout ce qui passe dans l’acte même de l’échange et qui entraîne réputation, honneur ou déshonneur en société.

Nous formerons une hypothèse pour terminer : c’est parce qu’elle est considérée dans son appropriation et dans son exécution même à travers l’échange comme la base de la culture et, au-delà, de la civilisation, que la langue française n’a pas fait l’objet d’une étude communicationnelle en particulier. Elle constitue ou constituait le préalable requis à toute communication littéraire mais aussi bien philosophique ou de sciences humaines et aux relations en société. Les écoles américaines, au contraire, ont cherché à partir des transmissions et des questions techniques d’amélioration de l’échange, voire de l’échange sur de grandes distances, à développer une école pratique du langage qui les amène à redécouvrir certains aspects de l’échange des salons formulés dans les réflexions et maximes.

 

Trois exemples de maximes qui renvoient spécifiquement à des aspects pragmatiques de la communication

« On ne parle pas de toutes choses sur un même ton et avec les mêmes manières ; on ne marche pas à la tête d’un régiment comme on marche en se promenant. Mais il faut qu’un même air nous fasse dire naturellement des choses différentes, et qu’il nous fasse marcher différemment, mais toujours naturellement, et comme il convient de marcher à la tête d’un régiment et à une promenade. » De la société.

« On doit dire des choses naturelles, faciles et plus ou moins sérieuses, selon l’humeur et l’inclinaison des personnes que l’on entretient, ne les presser pas d’approuver ce qu’on dit, ni même d’y répondre. Quand on a satisfait de cette sorte aux devoirs de la politesse, on peut dire ses sentiments, sans prévention et sans opiniâtreté, en faisant paraître qu’on cherche à les appuyer de l’avis de ceux qui écoutent. » De la conversation.

« Il est nécessaire d’observer que toute sorte de conversation, quelque honnête et quelque spirituelle qu’elle soit, n’est pas également propre à toute sorte d’honnêtes gens : il faut choisir ce qui convient à chacun, et choisir même le temps de le dire ; mais s’il y a beaucoup d’art à parler, il n’y en a pas moins à se taire. » De la conversation.

Frédéric Palierne

 

 

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