Le baccalauréat en question à l’heure des résultats

Quand vient le temps des examens et celui des corrections, le baccalauréat amuse beaucoup les réseaux sociaux en alimentant allègrement le registre des faits divers. Copies perdues, pétition d’élèves contre les conditions de passation, bacheliers contraints de recomposer du fait de la divulgation préalable du sujet : la liste serait longue, chaque année plus encore que la précédente, de tous les grippements des rouages de la grosse machine à valider les compétences scolaires de fin d’études secondaires de 80 % d’une classe d’âge : pourcentage confirmé après la session de rattrapage 2017 à quelques décimales près.

Pour autant, ironiser sur les dysfonctionnements du baccalauréat ne suffit pas à remettre en perspective le sens d’un examen à haute valeur symbolique qu’il convient certes de réformer mais pas d’abolir au profit du seul contrôle continu.

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La perversion du bachotage

Comme on le sait, la première année universitaire se caractérise par un taux d’échec très élevé. L’obtention du baccalauréat se révèle par conséquent un sésame en trompe-l’œil pour la faculté. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les élèves de terminale qui passent le bac sont paradoxalement très tôt la même année dans une situation de déscolarisation relative.

En effet, dans la plupart des établissements, les cours s’arrêtent précocement pour des raisons pratiques – préparation des salles d’examen – et pragmatique – révision des élèves. Sauf qu’il est facilement démontrable qu’un élève qui n’a pas de cours pendant plusieurs mois correspondant à la période de révision + la période d’examen + la période de vacances + le début des cours tardifs à l’université, se trouve fort dépourvu quand il s’assoit pour la première fois dans un amphithéâtre bondé.

La première question à se poser quand on cherche à redéfinir les enjeux et les contraintes du baccalauréat est bien celle de cette acceptation institutionnelle tacite d’une période longue, pouvant atteindre jusqu’à quatre mois, où les élèves demeurent hors les murs scolaires. On ne s’étonnera pas alors que certains parents inquiets aient déjà recours aux cours particuliers pour répondre tant bien que mal à la solitude méthodologique de leurs enfants durant la période de révision.

En tout état de cause, la manière de réviser est conditionnée par l’encadrement des révisions. Dans le meilleur des cas, en fonction d’expériences innovantes menées dans certains établissements, on observe des élèves qui découvrent début janvier qu’ils ne savent pas apprendre et pas mémoriser. Apprendre en réseaux, penser ses propres interrogations non comme des aveux de faiblesse mais comme le déclenchement de réponses possibles : la révélation d’une autre relation au savoir n’a pas de prix. En effet, la question du  » savoir apprendre  » a la vertu, une fois posée, d’être envisageable dans le court terme, à l’échelle des révisions du bac mais aussi et surtout à plus long terme, à l’échelle des études qui permettront de donner forme au projet professionnel.

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L’angoisse de l’orientation

Diplôme de fin d’études secondaires, le baccalauréat ne saurait apparaître pour autant comme une fin en soi. En effet, cette fameuse année d’examen aurait en principe tout lieu d’être aussi une phase de réflexion approfondie concernant l’orientation. Or, dans le parcours scolaire d’un élève moyen, le temps de l’orientation apparaît inéluctablement repoussé d’année en année jusqu’au seuil fatidique de l’année de terminale.

Pour le dire autrement, l’année du baccalauréat reste psychologiquement problématique car elle concentre une énergie folle sur l’obtention d’un examen sans incidence directe sur la poursuite d’études, au détriment d’une prise de conscience progressive et accompagnée d’un avenir universitaire adossé à un projet personnel. La charge symbolique de l’obtention du baccalauréat oblige encore trop d’élèves à regarder le plus tard possible au-delà de la stricte échéance des examens.

En ce sens, il serait sans doute profitable aux élèves, afin qu’ils ne perdent pas de vue cet objectif premier, d’être évalué aussi à l’écrit et/ou à l’oral sur la formulation claire de leur projet. En attendant, ici encore, la vocation égalitaire du baccalauréat se révèle largement dévoyée en fonction des situations scolaires spécifiques. Aussi doit-on distinguer le cas des élèves informés et accompagnés dans la structuration de leur projet, pour qui le bac n’est qu’un objectif parmi d’autres durant l’année de terminale, et ceux qui naviguent à vue en escomptant une révélation de leur avenir improbable à mesure que les jours d’été approchent.

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En finir avec le bac ?

Le mauvais procès que l’on fait au baccalauréat en y ajoutant l’argument économique rappelé par la Cour des comptes tend à conforter une tendance abolitionniste contre une fierté française. Ce qui n’est sans doute pas très heureux.

Ne faut-il pas simplement repenser autrement le baccalauréat en cessant d’isoler la question de l’examen de la question de la poursuite d’études ? Soit en partant de l’idée de bon sens, par ailleurs empiriquement validée en écoutant les bacheliers eux-mêmes, que si un élève vit son année de terminale en éludant l’après, il y a de fortes chances qu’il soit la proie, malgré lui, d’une vision terriblement anxiogène : celle d’un beau jour sans lendemain.

Antony Soron, ÉSPÉ Paris

 

 

 

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