Vers un bac allégé et « à la carte »? Sondages et stratégies

l y a plus de quarante ans déjà Pierre Bourdieu expliquait que l’opinion publique n’existait pas, qu’elle était une création de toutes pièces des instituts de sondage, qu’elle lissait les véritables différences et qu’elle profitait avant tout au pouvoir politique qui était en fait derrière la commande.

Avec le sondage réalisé en novembre par BVA pour l’Association des parents de l’enseignement libre (APEL), intitulé, La réforme du bac : une attente forte des parents, on est typiquement dans cet engrenage d’opinions fabriquées pour la circonstance et destinées à mettre en marche la réforme du bac sur les bases mêmes voulues par le Ministère.

Vive le bac allégé et « à la carte » ?

Vu les questions et les propositions de réponses, les résultats sont sans surprises, et imposent, après le rappel de l’union sacrée pour le maintien d’un bac symbole de la fin des études secondaires (80% des sondés), l’idée d’un rejet massif du bac actuel (il faudrait cependant, nous dire en quoi les épreuves actuelles sont mauvaises).

Cette démarche fait à rebours émerger l’aspiration à un bac avec contrôle continu et options en fonction des études supérieures envisagées (trop lourd le bac actuel), et enfin, par anticipation, écartent l’hypothèse d’un bac sans filières, pour mieux rappeler l’importance des résultats scolaires dans l’orientation.

Bref, vive le bac allégé et « à la carte », nous dit l’enquête. Du reste ce public sondé est bien un bon public car par la voix de l’APEL il manifeste son souci de l’équité (les mêmes options sur tout le territoire), son souci de l’humanité (le droit à l’erreur et à la passerelle), et bien sûr son souci de l’exigence (plus de transparence).

Le souci d’une culture générale de qualité
doit rester l’enjeu numéro un

Donc la réforme du bac est lancée, du moins son conditionnement. Mais à quand des informations sur les vraies raisons d’un nouveau bac? À quand des éclaircissements sur les enjeux économiques, organisationnels, pédagogiques ? Les lourdeurs honnies semblent plus relever du coût du bac actuel, de son impact sur le calendrier scolaire, sur le personnel enseignant mobilisé, voire  sur les programmes, les connaissances et leur évaluation. C’est la voix véritable du Ministère qu’il importe d’entendre après le porte-voix de l’opinion.

Il ne s’agit pas de faire de la résistance et d’organiser une défense du bac actuel. Il s’agit simplement de rappeler qu’au delà des avantages politiques évidents de cette réforme, c’est bien le souci d’une culture générale de qualité qui doit rester l’enjeu numéro un. Quelle forme, quel contenu voulons-nous donner à cette culture du bachelier de demain, telle est peut-être l’attente d’une opinion moins écoutée.

Pascal Caglar

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• Télécharger le rapport détaillé BVA : La réforme du BAC : une attente forte des parents.

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