Réforme du bac 2021, tour d’horizon des changements

Depuis que le gouvernement a annoncé une vaste réforme du bac général d’ici à 2021, les contours du projet se dessinent peu à peu…

À quoi vont ressembler le lycée et cet examen bicentenaire ? Décryptage.

Au niveau du baccalauréat

Dès sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron l’a affirmé : le baccalauréat doit être « modernisé » et « simplifié ». Depuis, les annonces faites par le ministère de l’Éducation semblent aller dans ce sens.

Finies les 12 à 16 épreuves jusqu’à présent passées par les bacheliers ! À partir de 2021, ils devront se présenter dans quatre disciplines (sans compter le bac anticipé de français en première). Deux examens sur des matières dites de « spécialité » (arts, physique chimie, etc.) se tiendront après les vacances de printemps. Ils seront suivis fin juin par une épreuve de philosophie et un grand oral de 20 minutes, durant lequel les élèves présenteront un travail préparé pendant deux ans, dans l’une de leurs disciplines de spécialité.  Une manière de renouer avec l’origine du baccalauréat : à sa création, en 1808, cet examen était exclusivement composé d’épreuves orales ! Le tout comptera pour 60 % de la note finale. Plus précisément, voici les coefficients imaginés : bac de français (10 %), de philosophie (8 %), « grand oral » (10 %) et les deux « enseignements de spécialités » de terminale (16 % chacun).

Le contrôle continu représentera quant à lui 40 % de la note finale. Dans le détail, l’examen du livret scolaire du lycéen (soit les notes de première et de terminale) équivaudra à 10 %. Les 30 % restants dépendront de contrôles, anonymes et communs à tous, organisés ponctuellement en première et en terminale. Ils devraient porter sur six matières : histoire-géographie, LV1, LV2, humanités scientifiques et numériques, éducation physique et sportive, et l’un des enseignements de spécialité choisi en première. Le chef d’établissement fera une proposition de note globale de contrôle continu, pour chaque élève et matière concernée.

Des rattrapages continueront d’être proposés aux élèves qui ont entre 8 et 10/20 au bac. Ils pourront passer « une épreuve de contrôle portant sur une des disciplines ayant fait l’objet d’épreuves terminales », comme c’était le cas jusqu’à présent, ou demander l’examen de leur livret scolaire.

Au niveau du lycée

Dès la rentrée 2019 pour la classe de première et la rentrée 2020 pour celle de terminale, les séries L, ES et S seront supprimées. Les lycéens devront choisir trois matières de spécialité en première, et deux en terminale, parmi 11 propositions comme « histoire-géographie-géopolitique-sciences politiques », « écologie agronomie et territoires », « humanité-littérature-philosophie »… Ils pourront changer d’options d’une année à l’autre.

L’idée défendue par le gouvernement est de leur proposer une spécialisation progressive et davantage liée à leurs orientations professionnelles. Les matières scientifiques (mathématiques, SVT, physique-chimie…) disparaîtront en revanche du tronc commun.

En-dehors de ces spécialités, il y aura des matières communes, aussi bien pour les élèves de première que de terminale : français, philosophie, histoire-géographie, LV1, LV2, EPS et « humanités scientifiques et numériques ». Cette nouvelle discipline a pour but de développer le raisonnement scientifique et les compétences numériques (codage, etc), pour mieux comprendre les grandes transformations scientifiques et technologiques de notre société. Enfin, un temps hebdomadaire de 1h30 sera consacré à l’orientation.

Tout ne va pas changer pour autant. Les cours seront ainsi toujours organisés en trimestres. L’année de seconde ne va non plus beaucoup évoluer, mis à part un accompagnement renforcé proposé en français (écrit et oral).

Dès la rentrée 2018, les élèves devront également passer un test numérique de positionnement, afin d’évaluer leurs compétences en français et en mathématiques.

Et pour les enseignants ?

De nombreuses zones d’ombre existent encore. Tout d’abord sur la nouvelle discipline « humanités scientifiques et numériques » : Jean-Michel Blanquer a précisé qu’elle sera enseignée par des professeurs provenant « de plusieurs horizons disciplinaires ». De qui s’agit-il exactement ? Comment seront-ils formés au codage ? À quel moment de l’année ? Rien n’a été précisé.

De leur côté, les enseignants en mathématiques, sciences de la vie et de la terre et physique-chimie, s’inquiètent de la suppression de leurs disciplines du tronc commun. Dès la fin de la seconde, une partie des élèves ne sera plus formée à ces thématiques. Les professeurs doutent que les deux heures hebdomadaires d’« humanités scientifiques et numériques » suffisent à remplacer les lacunes engendrées.

La mise en place de nombreux examens en continu ne semble pas non plus aller vers la simplification voulue du baccalauréat. Trois séries d’épreuves anticipées vont être organisées : deux au cours des deuxième et troisième trimestres de la classe de première, et une autre au début du troisième trimestre de terminale. « Un tunnel de partiels », déplorent les enseignants, qui craignent deux années de « bachotage ». Quel temps leur sera alloué pour corriger toutes ces épreuves ? Comment feront-ils pour assurer l’anonymat des copies, promis par le gouvernement ? Les sujets de ces épreuves communes seront par ailleurs centralisés dans une banque nationale numérique de sujets. Qui sera chargé de l’alimenter ? Autant de questions pour l’instant sans réponses.

Enfin, certains syndicats comme le Syndicat des enseignants-Unsa pointent le manque à gagner de cette nouvelle organisation pour les enseignants. Ceux-ci auront moins de copies à corriger pour le baccalauréat en tant que tel, puisque les lycéens passeront seulement les matières qu’ils ont choisies comme spécialité (en dehors de la philosophie, épreuve commune). La perte annuelle représenterait entre 150 et 250 euros pour les enseignants (rémunérés cinq euros par copie de bac corrigée). En revanche, les épreuves communes en contrôle continu nécessiteront une charge de travail supplémentaire… Sans contreparties financières, pour l’instant. Le SE-Unsa demande donc la mise en place d’une nouvelle indemnité d’examen pour les « épreuves en cours d’année ».

Pour toutes ces raisons, le Conseil supérieur de l’éducation (instance regroupant les organisations représentant les enseignants, les élèves et les parents) a rejeté le projet du gouvernement, le 21 mars. Mais son avis est seulement consultatif.

Lauriane Clément

 

Voir sur ce site :

Le « grand oral », nouvelle épreuve reine du baccalauréat ?, par Antony Soron.

Le baccalauréat en question à l’heure des résultats, par Antony Soron.

Plaidoyer pour l’écriture d’invention, par Julien de Kerviler.

Faut-il brûler l’écriture d’invention ? par Violaine Houdart-Mérot et AMarie Petitjean.

 

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