Plaidoyer pour l’écriture d’invention

Flaubert, manuscrit de "Salammbô" © BnFAvec la réforme du baccalauréat, le moment est venu de réfléchir sur les épreuves anticipées de français.

Question sur corpus, commentaire, dissertation, nous savons quels sont leurs objectifs, nous connaissons leur capacité à promouvoir l’élaboration d’une pensée argumentée qui s’appuie sur une lecture attentive et fine des textes.

Mais l’écriture d’invention ? Quels sont ses enjeux dans la pratique de classe ?

Ses résultats sont mitigés, peut-être. Et pourtant, lorsque nous demandons aux élèves de s’inspirer d’un texte, est-elle l’occasion de réfléchir sur des particularités de style ? Permet-elle de reconnaître et d’exploiter des particularités de langue ? Constitue-t-elle une manière de s’approprier des émotions et des pensées ? Est-elle un moyen d’essayer l’autre, quelques instants, pour sortir de soi ?

Et plus simplement encore. Lorsque nous demandons aux élèves d’écrire, à partir d’un sujet construit avec eux, dans une progression annuelle des compétences, la classe est-elle plus active, plus vivante ? Les élèves partagent-ils des idées ? Échangent-ils des mots et des phrases qui sauront mieux dire leurs impressions ? Comment tu dis ça, toi ? Comment ça s’appelle ? Et comment je fais pour le décrire ?

Dans le travail collectif qui suit le travail individuel, à l’intérieur de la classe où les textes sont lus à voix haute, institue-t-elle une écoute critique et sensible ? Réunit-elle les élèves autour d’un même projet d’écriture où chacun se compare à l’autre, identifie des ressemblances et des différences, des familiarités d’imagination, des nuances qui disent toutes les aventures de la vie ? Construit-elle, finalement, le vivre ensemble où tout le monde peut s’entendre et s’accepter, autour du même projet de dire et de se dire, de se déclarer, de se créer, de s’inventer ?

Si nous répondons par l’affirmative à toutes ces questions, si nous savons par l’expérience qu’elle est au cœur de notre enseignement, à l’articulation la plus fructueuse de la lecture et de l’écriture, alors nous devons souhaiter que l’écriture d’invention garde toute sa place dans les épreuves anticipées de français.

Julien de Kerviler

 

 

ENQUÊTE

Quelle place accordez-vous dans vos pratiques de classe
à l’écriture d’invention ?
Quels sont, selon vous, les avantages
et les inconvénients de cet exercice ?
Pensez-vous qu’il faille le maintenir
dans les épreuves du baccalauréat ?

Nous vous remercions par avance
de vos réflexions qui seront réunies sur ce site.

courrier@ecoledeslettres.fr

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2 réflexions au sujet de « Plaidoyer pour l’écriture d’invention »

  1. L’écriture d’invention est un bon exercice en seconde, moins impressionnant et moins technique que la dissertation ou le commentaire. Il permet à tous les élèves d’écrire. Par contre pour moi la coécriture est un échec. Est ce à cause du public plutôt privilégié auquel je m’adresse ? Les élèves s’intéressent peu au travail des autres et personne n’accepte vraiment de réécrire et de travailler son brouillon. C’est aussi un travail qui n’est pas reconnu par les parents qui s’en prennent parfois violemment à nous parce qu’ils préféreraient que leurs enfants « fassent » des dissertations. Mais je fais participer mes élèves de seconde à un travail collectif d’écriture entre plusieurs classes de l’agglomération qui débouche sur un spectacle et cela fonctionne bien. Même s’ils le prennent plus comme un délassement que comme un travail sérieux.

    Par contre je trouve que c’est un très mauvais exercice d’EAF car c’est le plus inégalitaire et les élèves les plus faibles le prennent en croyant que c’est le plus facile et échouent, les moyennes y sont toujours très basses. Ils ne se sont pas préparés pendant 2 ans et croient ainsi s’en sortir sans effort. De plus, nous avons eu une série de sujets de bac où les présupposés et les implicites culturels étaient si élevés que peu d’élèves s’en sortaient. Ou au contraire le sujet est si facile que ne surnagent que quelques bons textes, ceux des élèves qui ont « une plume » et ça, cela ne s’enseigne pas. Je pense que c’est un exercice à faire en classe mais pas à évaluer au bac

    D’autre part, les élèves ne sont plus formés en français à l’argumentation alors même qu’ils font des exercices argumentés dans toutes les autres matières et se retrouvent démunis. Utiliser des connecteurs logiques leur est devenu étranger et je pense qu’on devrait revaloriser la dissertation ou la réinventer sous forme d’essai, de synthèse ou je ne sais quelle autre forme pour préparer nos élèves aux formes d’écriture qu’ils rencontreront dans leur avenir étudiant ou professionnel.

  2. Je suis libraire et, en tant que tel, je ne m’estime absolument pas légitime pour dire ce que l’enseignement des lettres doit ou ne doit pas proposer au titre des évaluations du baccalauréat. Cependant, j’occupe une place assez privilégiée pour témoigner de ce que les adolescents lisent. Ils lisent ce qui est prescrit par les enseignants. Et quelques-uns aiment ces lectures. Beaucoup plus nombreux sont ceux qui aiment d’autres lectures que celles qui leur sont prescrites. Des lectures que le temps n’a pas encore labellisées comme légitimes pour certaines d’entre elles, des lectures qui ne seront sans doute jamais légitimées pour beaucoup d’autres.
    Reste que ces lectures sont toutes placées sous le signe du plaisir, bien souvent parce qu’elles répondent à des goûts, des identifications, des interrogations qui sont celles de l’adolescent contemporain. Il serait curieux de prétendre que l’enseignement doit s’exercer dans les bornes strictes du plaisir que peut y trouver celui qui apprend bien entendu, mais je crois qu’il serait dommage de priver ce dernier du levier d’un plaisir possible dans sa rencontre avec la lecture et l’écriture.
    Cette rencontre qui peut se faire, un peu et selon les moyens de chacun, avec la création, en en approchant l’exercice, comme pour d’autres formes artistiques qui font aussi l’objet d’un enseignement. Le commentaire et la dissertation sont certainement indispensables, dans ce qu’elles permettent de maîtrise académique des catégories littéraires, mais elles ne se placent pas sur ce registre de la création, du plaisir possible ou de la mesure possible de ce qu’écrire, et donc lire, veut dire. Ce qui peut aussi être un objet de transmission.

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