La procédure d’Admission post-bac et la réforme du premier cycle universitaire

Le rapport Filâtre, plus qu’une réforme d’Admission Post-Bac, une réforme du premier cycle universitairePar une singulière coïncidence, ce même 19 octobre 2017, la Cour des comptes rendait son rapport sur le dispositif Admission post-bac et le recteur Daniel Filâtre remettait son rapport sur la réforme du premier cycle de l’enseignement supérieur. La sécheresse comptable de l’un valorisait d’autant plus la profonde humanité de l’autre.

En effet, dans le rapport Filâtre la faillite de la procédure AP-B est avant tout l’élément déclencheur d’une réflexion d’experts sur la question de l’accès et de la réussite à l’Université Ces analyses et propositions apparaissent aussi pertinentes les unes que les autres.

.Bien loin de la réduction du débat à ce « Pour ou contre la sélection » sur lequel se focalisent les médias, le rapport a le grand mérite de remettre le problème en perspective, d’étendre même les bornes de la question de bac – 3 à bac + 3, d’y inclure aussi bien le sujet des compétences disciplinaires que celui des conditions de vie étudiante, et de rassembler autour du problème central de l’affectation les problèmes pédagogiques, sociaux, budgétaires,voire idéologiques liés à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Cette volonté de saisie globale a donné lieu à quatre thèmes de réflexion.

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1. Mieux préparer à l’enseignement supérieur

Les limites de la plateforme Admission post-bac trouvent une partie de leur origine dans ce qui précède le moment de l’inscription.

De l’avis de beaucoup, la formation à l’orientation est trop mince et trop tardive, et c’est tout le « parcours Avenir » mis en place dès le collège dont il faut renforcer l’efficacité par un accompagnement humain accru – enseignants, conseillers, et professionnels étant plus régulièrement mis au service de l’information de l’élève – mais aussi en donnant accès à de nouveaux outils ou ressources.

Cela suppose une meilleure formation de tous, une libération de temps scolaire pour se livrer à ces rencontres ou initiations, ainsi qu’un meilleur usage des possibilités numériques.

Il n’est que trop vrai que le traditionnel forum de l’orientation en terminale, à quelques semaines des inscriptions, est un repère bien isolé et bien dérisoire pour l’élève et sa famille.

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2. Offrir un nouveau modèle d’affectation transparent,
juste et favorisant la réussite

Plus novateur, la commission propose un avis du conseil de classe pour toute orientation, avis à titre d’information pour l’élève et éventuellement destiné aussi aux établissements du Supérieur. Naguère, le conseil de classe émettait un avis pour poursuive sa scolarité dans telle ou telle série, pourquoi ne pas étendre désormais son rôle de conseil jusqu’à l’orientation dans le Supérieur ?

Certains imaginent même des tests d’auto-positionnement à travers des moocs pour mieux s’évaluer et s’assurer de son choix. Là encore les tests que font déjà passer certaines écoles d’architecture s’avèrent souvent un indicateur utile, aidant la réflexion des lycéens attirés par ces formations.

La nécessité de revoir APB, de proposer un nouveau modèle d’affectation et d’interdire tout nouveau recours au tirage au sort fait aussi consensus.

Tous les participants s’accordent sur un certain nombre de carences : le calendrier mériterait d’être revu afin de tenir compte des différents temps de l’élève en Terminale ; le manque de places d’accueil dans certaines filières ne peut rester sans réponse de l’État ; le périmètre des formations proposées par APB doit être encore étendu (aujourd’hui encore 25 % des formations échappent au dispositif), et des expérimentations de vœux par filière et non par établissement présentent des avantages certains qu’il conviendrait peut-être de généraliser.

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3. Faire de chaque filière du premier cycle de l’enseignement supérieur
une voie de réussite

Mais c’est bien la prise en compte du profil de l’élève avant son entrée dans le Supérieur qui divise et met en jeu des clivages fondamentaux. Une information prescriptive sur le niveau du bachelier est-elle une atteinte à sa liberté d’accéder à l’établissement d’enseignement supérieur de son choix ou bien faut-il considérer cette information comme une aide à la réussite à laquelle se doit l’État, garant de l’éducation et de la formation ?

Selon les convictions de chacun, quatre positions peuvent se faire jour :

– un accès libre sans avis ni recommandation,

– un accès libre avec avis et recommandation,

– un accès sous conditions,

– un accès sélectif.

Après avoir écarté les solutions extrêmes, les commissions apportent des réponses différenciées selon les problèmes propres au STAPS, aux études de médecine ainsi qu’à celles de psychologie. Pour les études de sport, pourquoi ne pas créer un BTS métier du sport, ou suivre l’avis du conseil de classe ? En médecine, pourquoi ne pas exiger la validation d’un M00C ? En psychologie, pourquoi ne pas proposer un semestre de préparation ? Seule certitude qui se dégage : la prise en compte d’une manière ou d’une autre du profil de l’élève.

Plus audacieux encore que la réflexion sur le nouveau mode d’affectation, les deux derniers volets du rapport traitent de la nécessaire réforme de l’organisation du premier cycle universitaire et de la non moins nécessaire aide aux conditions de vie étudiante.

L’échec en première année est loin d’être considéré comme inévitable, surtout pour ceux qui ont fait un choix sans conviction, ceux qui se réorientent, ceux qui rebondissent, fortifiés par leur échec ou fourvoiement initial). Il est imputé à un système trop rigide et les groupes de travail suggèrent une souplesse accrue en licence, une augmentation des passerelles entre les filières, une modularisation des cursus, une révision de la semestrialisation, une extension des formations type bi-licence, un rapprochement des filières CPGÉ, STS, IUT de l’université…

Autant dire que le chantier est vaste et ambitieux, plus encore même lorsque le rapport  reconnaît pour la première fois le caractère pédagogique de l’enseignement à l’université et met au même rang pédagogie et recherche.

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4. Améliorer les conditions de vie des étudiants au service de la réussite

Enfin le rapport ne ferme pas les yeux sur les réalités sociales et matérielles de la vie étudiante. Depuis qu’il est presque devenu impossible de faire des études supérieures loin des grandes métropoles, les problèmes de logement, d’autonomie financière, de mobilité et de loisir se posent de façon aiguë.

Repenser le système d’aide aux étudiants – bourses, allocations –, repenser l’accès au logement, l’emploi-étudiant, sa compatibilité avec les études, sa commutation avec des stages,, repenser l’aide aux soins, la prévention des risques, l’accès à une vie culturelle et sportive, tout cela est intégré par le rapport dans les facteurs qui peuvent ou non participer à la réussite du parcours universitaire.

Tel est vraiment son mérite : porter un regard lucide sur l’ensemble des problèmes liés à l’accès aux études dans le supérieur. On ignore encore quels seront les arbitrages rendus par la ministre de l’Enseignement supérieur et certains pourront les craindre, mais on ne peut que saluer le travail accompli ici et sortir de cette lecture fort d’une information plus juste et plus complète de l’état de la question.

Pascal Caglar

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• Télécharger le rapport Filâtre : Réformer le premier cycle de l’enseignement supérieur et améliorer la réussite des étudiants.

• Télécharger le rapport de la Cour des comptes : Admission post-bac et accès à l’enseignement supérieur. Un dispositif contesté à réformer.

• Le site Admission post-bac, portail national de coordination des admissions dans l’enseignement supérieur.

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