Comment s’appuyer sur le manuel de français pour aborder sa première semaine de classe

Professeur stagiaire : première séanceLes nouveaux professeurs de lettres sont d’emblée animés par une indéniable ambition pédagogique. Ils ont notamment à cœur, en dépit de leur inexpérience, de concevoir pour leurs classes des séquences personnalisées en se fondant sur leur créativité propre.

Ils seront d’autant plus enclins à souscrire à cet impératif d’inventivité qu’ils s’entendront répéter, dès les premiers contacts avec leurs nouveaux collègues, que leur travail de conception didactique ne doit en aucun cas s’apparenter à un simple exercice de collage de séquences préexistantes.

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Profit immédiat du manuel

Quand ils entrent pour la première fois dans la salle de français, les élèves ont le plus souvent leur manuel en leur possession. Il est en effet naturel pour eux d’associer un livre scolaire à une matière d’étude. Or ils seraient très surpris d’apprendre que « cette année on n’utilisera pas (ou très peu) le manuel ». Cette affirmation sinon dominante au moins commune de la part d’un professeur de lettres de collège ou de lycée justifie d’être nuancée, notamment à destination des débutants.

En effet, avec tous ses possibles défauts, le manuel de français reste un outil efficace, ad minima, en tant qu’anthologie de textes littéraires et d’œuvres d’art (en couleurs) ou comme batterie d’exercices. Au tout début de l’année au moins, alors que tout est neuf pour le professeur-stagiaire, y compris l’usage du photocopieur et du projecteur numérique, le manuel rend facilement opérationnelles les premières lectures et activités coïncidant avec les premiers pas dans la classe.

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Séquence zéro : autour du manuel

Avant d’entamer sa séquence I, fruit d’une plus mûre réflexion, le professeur stagiaire doit assumer une première période de tâtonnement où il est contraint de travailler sans filet, du fait de sa prise de connaissance toute récente de ses classes en responsabilité. Dans ce contexte d’absence de temps de réflexion, il aura tout à gagner à entendre un conseil de bon sens.

Pour aborder du mieux possible ses premières heures de cours correspondant aux deux premières semaines de classe, la simplicité doit être de mise. Il n’est pas honteux d’être modeste au démarrage de sa première année scolaire. Aussi peut-il apparaître pertinent de construire les trois ou quatre premières heures de cours autour du manuel de français.

L’idée sera d’abord d’inviter à son feuilletage. Activité simple permettant déjà d’observer le comportement des élèves et d’éprouver très vite les nécessités impérieuses d’une reformulation des consignes et d’une régulation des attitudes. Puis de poser un certain nombre de questions simples comme : « Vous venez de feuilleter votre manuel de français, qu’y avez-vous trouvé ? » (textes littéraires, images, exercices, etc.). Au tableau, le professeur pourra enfin répertorier les propositions des élèves et peut-être envisager une discrimination des éléments observables dans un manuel voire de ce qui est dominant (textes, images, activités à réaliser).

On mesure bien ici l’intérêt pédagogique de la démarche. En la récapitulant, il s’agit de commencer par une activité de recherche (feuilletage silencieux du manuel), de poursuivre par une phase d’oralisation, avec transcription au tableau des réponses des élèves, et de finir, le cas échéant, par une mise en perspective des fonctions d’un manuel de français.

Une autre vertu de la démarche adoptée tient à la présence concrète d’un objet de questionnement. Au cours de cette première séance réputée si difficile à appréhender et à mettre en œuvre, le groupe-classe ne se contente pas d’échanger à bâtons rompus avec le professeur. Toute la discussion est ancrée sur l’observation attentive du premier livre de l’année : le manuel.

L’usage du manuel offre par conséquent aussi un outil de gestion de classe : le professeur stagiaire pouvant rappeler que chaque prise de parole se doit d’être induite par la manipulation et l’observation du livre scolaire.

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Un manuel qui fait parler

Le professeur stagiaire s’apercevra rapidement que l’usage d’un manuel scolaire n’est pas si évident pour un élève, a fortiori en cycle 3. Beaucoup d’entre eux sont en effet habitués à ce que l’adulte prescrive un usage spécifique à partir d’une injonction du type classique, « Prends ton manuel (livre), page... ».

Au cours d’une deuxième séance, il pourra être intéressant de leur demander d’aller rechercher des informations précises à l’intérieur du manuel : dates d’un auteur, sujet de rédaction donné en fin de séquence. En posant des questions ciblées de repérage à l’intérieur du manuel, on poursuit une activité d’ordre méthodologique, qui plus est à valeur transversale. En effet, apprendre à se situer dans le manuel de français en sachant utiliser, à titre exemplaire, la table des matières ou le sommaire, ne sera évidemment pas sans intérêt dans le cadre d’un feuilletage ultérieur du livre de mathématiques ou de sciences. Par, ailleurs, on gagnera à prolonger le fil de l’activité en demandant, par binôme, aux élèves eux-mêmes de poser à leurs camarades des questions de repérage. Exemple : « Dans quelle séquence, trouve-t-on des extraits du Cid de Corneille ? ».

Du point de vue de la gestion de classe, on favorisera ici, de fait, l’échange entre pairs.

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Un manuel qui fait lire et voir

Une dernière activité relèvera cette fois d’un travail d’écriture à réaliser individuellement. En partant d’une lecture du sommaire du manuel, l’élève devra choisir un titre d’extrait auquel il a été sensible au point de lui donner envie de lire le texte proposé. Il lui sera demandé ensuite de décrire ce qu’il a découvert sur la double page correspondant à l’extrait lu en s’efforçant de donner des intitulés aux différentes parties de la double page et de les situer : texte au centre de la page, image(s) sur la deuxième page, questions après le texte, vocabulaire dans la marge, etc.

Une fois ce travail réalisé par écrit, on repassera par une démarche collective afin de synthétiser les éléments d’observation des élèves. Le travail sera d’autant plus probant qu’on partira de l’exemple retenu par certains. Ainsi, un tel pourra dire : « J’ai choisi la page x, parce que... », en ajoutant ce qu’il a concrètement trouvé sur cette double-page et quelle organisation elle lui semblait avoir.

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La réflexion didactique doit s’appuyer sur des bases solides. En voulant trop vite se lancer dans une course à l’indépendance créative, le professeur débutant risque fort de perdre beaucoup de temps et de multiplier les choix risqués. Une séquence zéro construite à partir du manuel a par conséquent le double avantage d’offrir un support simple d’utilisation et de mettre in medias res un livre entre les mains des élèves.

Incidemment, elle apparaît aussi comme un moyen d’observer des façons de questionner les textes, de les mettre en relation avec des images ou de donner des informations paratextuelles. En clair, en début d’année, il s’agit finalement d’un outil précieux pour une formation simultanée de l’élève et du professeur débutant.

Antony Soron, ÉSPÉ Paris

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• Voir également sur ce site :

Conseils pratiques de rentrée pour les nouveaux professeurs de lettres, par Antony Soron.

Conseils pour une première prise en charge de sa classe par le professeur de lettres, par Antony Soron.

• Pour recevoir par mail une séquence « zéro » adaptable à toutes les classes de collège, exclusivement réservée aux enseignants, écrire à courrier@ecoledeslettres.fr en précisant votre établissement.

Concevoir une séquence de lecture « raisonnable » en collège. Conseils aux professeurs stagiaires, par Antony Soron.

Premier poste : dix conseils pour entrer dans le métier, par Thérèse de Paulis.

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