Épreuves orales des écoles de commerce, l’innovation en marche

© Skema

L’entretien de personnalité, longtemps sensiblement le même dans toutes les écoles a pris un coup de vieux. Le changement que Skema avait introduit dès 2014 avec comme support un CV projectif à proposer et justifier est en passe de se généraliser.

Toulouse a déjà suivi dans la rénovation avec l’initiative laissée au candidat  de commenter la presse du jour de son choix, l’EDHEC inaugure une prise de position à partir d’un cas présenté par vidéo, l’Essec accompagne son entretien classique d’une mise en situation de décision à prendre dans le cadre de valeurs à respecter, l’Emlyon teste une nouvelle formule de questionnaire thématique: autant de signaux que les modes d’évaluation changent, que le regard sur les candidats évolue, que les jugements s’appuient sur d’autres critères.

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De l’entretien de personnalité à l’entretien de capacités

Il ne s’agit plus seulement d’entendre les candidats parler d’eux mêmes, il s’agit de les voir en action, les juger dans des conditions plus proches de ce qu’ils connaîtront prochainement. En un mot, le candidat ne peut plus s’en tenir à : je suis ce que je dis, mais : je suis ce que je fais. L’entretien de personnalité a laissé place à l’entretien de capacités.

Cette évolution qui tend à accorder une place plus grande à la situation, à l’agir, au savoir-être, dans un souci de rééquilibrage avec le savoir pur et sa restitution abstraite rejoint aussi ce que les écoles d’ingénieur ont introduit depuis bien longtemps à l’oral : l’épreuve de TIPE, travaux d’initiative personnelle encadrée. Cette épreuve est composée d’un thème imposé, d’une recherche conduite tout au long de l’année, puis d’une présentation orale appuyée sur des éléments tangibles et des documents, et enfin d’une discussion avec le jury.

On vise alors à  évaluer des compétences durables, une manière de se comporter, de construire quelque chose à partir de documents, voire de réalisations, une capacité à faire valoir ses qualités dans le faire comme dans le dire.

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Un exemple pour les concours de recrutement d’enseignants ?

Ces changements fréquents et variés qui affectent les écoles du supérieur, loin d’être du marketing de grandes écoles concurrentes, sont la marque d’une évolution en profondeur des attentes de notre société en matière de compétences et de qualités.

Par contraste, ils frappent de conservatisme les concours du supérieur dans les métiers de l’enseignement. Dans nos concours de recrutement la moindre secousse est vécue comme un séisme. La professionnalisation du Capes externe introduite a minima progresse de manière toute classique : « Hâte toi lentement », semblent dire nos Boileau dans toutes les épreuves orales de nos examens nationaux.

Quiconque est déjà passé par tous ces jurys sait pourtant dépasser les préjugés inhérents à sa formation : loin de rester dans l’ignorance et le mépris de ce qu’il n’a pas expérimenté, il sait apprécier l’efficacité et la difficulté de chaque  oral, il reconnaît l’histoire particulière de chaque concours, il voit l’intérêt des convergences et des influences mutuelles, il comprend la nécessité de la tradition et de l’innovation.

C’est pourquoi il ne s’agit pas qu’un vent général de changement emporte tout, il convient plutôt que l’idée d’évolution ne soit pas exclue par principe, qu’un exercice de remise en question de ses pratiques puisse être conduit sereinement et que l’adéquation entre les épreuves proposées et les profils recherchés soit davantage prise en compte. À ce jeu, les écoles de commerce ont peut-être quelques longueurs d’avance.

Pascal Caglar

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