« Amélioration des taux de recrutements aux Capes 2018 »? Une communication en trompe-l’œil

Capes 2018Faut-il se féliciter du nombre de postes pourvus aux différents Capes cette année comme le fait le Ministère ? Carton plein en Histoire-Géo, en Anglais, en Lettres modernes, progrès spectaculaires en Allemand et en Mathématiques : miracle, résurrection, retour de l’attractivité, faudrait-il retrouver la foi en une profession où « plus d’une personne sur cinq par génération est suffisamment attirée par les métiers de l’éducation pour passer un concours de recrutement« ?

Ces mots  fameux des Lettres persanes de Montesquieu me reviennent en ce jour de communiqué triomphal :  » Ce roi  est un grand magicien. »

Des motifs d’inquiétude persistants

Il ne faudrait pas en effet que ces pourcentages exceptionnels de postes pourvus fassent oublier deux chiffres très inquiétants de cette campagne de recrutement 2018 : tout d’abord le nombre global d’inscrits aux concours qui a été en diminution en 2018 par rapport à 2017, et ensuite le nombre global de postes qui a lui aussi régressé cette année

Autrement dit, les concours n’ont pas attiré davantage en 2018 qu’auparavant : la crise demeure, voire s’amplifie, et les postes ne sont mieux pourvus que parce qu’ils ont été moins nombreux. L’offre publique a pris en compte le niveau des candidats présents pour s’ajuster et s’équilibrer.

Comment renouveler l’intérêt pour l’éducation ?

Le Ministère  peut certes féliciter les lauréats, il peut aussi féliciter les jurys qui s’efforcent de conserver du sens à ces concours et osent encore recaler des candidats insuffisamment préparés au risque d’accepter le recours à des contractuels. Le regain d’attractivité des métiers de l’enseignement ne passera ni par le site ministériel Devenir enseignant, ni par la publicité autour des postes pourvus, ni par une prime de 1000 euros accordée au mérite dans les zones difficiles.

Mais, paradoxalement, c’est peut-être dans la préparation silencieuse de vastes réformes dont les grandes lignes se rencontrent dans les recommandations de l’OCDE ou de la Cour des comptes que loge l’espoir de susciter un intérêt nouveau pour l’éducation : oser définir un nouveau métier pour attirer un nouvel enseignant.

Dans l’attente d’un signal fort

C’est bien en renouvelant les modes de recrutement, en rénovant les missions et les enseignements, en révisant les carrières et les rémunérations, en envoyant le signal fort que le métier change que l’on gagnera de nouveaux candidats aux métiers du professorat.

Pour l’heure, les signes inquiétants demeurent et le dernier rapport de l’OCDE qui signalait qu’en France c’étaient les élèves  les moins performants du système éducatif qui se tournaient vers l’enseignement atteste l’urgence d’une réforme sans complaisance pour le fonctionnement actuel, à commencer par le recrutement.

Pascal Caglar

• Le communiqué du Ministère.

• La plateforme Devenir enseignant.

Capes et agrégation 2018 : la baisse du nombre de postes, discipline par discipline (« Le Monde », 4 décembre 2017).

Répartition des inscrits par discipline aux concours 2018 (Se-Unsa.org, 4 décembre 2017).

Voir sur ce site :

Lévolution de la notation aux concours,  par Pascal Caglar.

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