La machinerie du désir dans «L’Éducation sentimentale», de Gustave Flaubert (agrégation 2019)

Gustave Flaubert, "L'Éducation sentimentale"« Mais lassé, plein de désirs contradictoires et ne sachant même plus ce qu’il voulait, il éprouvait une tristesse démesurée, une envie de mourir » (II, 4, p. 234). Le désir est omniprésent dans L’Éducation sentimentale. Le héros est travaillé par toutes sortes de désirs. La tradition grecque voit le désir comme un manque, donc une souffrance que le sujet s’empresse de calmer en le satisfaisant.

Épicure les classe selon qu’ils sont nécessaires ou non, naturels ou non. Il en distingue principalement six auxquels le christianisme a associé des péchés capitaux quand ces désirs sont désordonnés : – désir de nourriture (gourmandise), – désir charnel (luxure), – désir d’argent (cupidité), – désir de pouvoir (envie), – désir de gloire (orgueil). On peut ajouter le désir de vérité.

L’Éducation sentimentale nous semble une illustration parfaite de la peinture du débordement de tous les désirs, d’une effervescence qui entraîne une disparition du sujet, emporté dans un flux de fantasmes.

L’exacerbation de ces désirs, l’apologie qui en est faite, leur variété, leur désordre, la dérive constante de leur objet conduisent à un rapprochement avec la notion de machine désirante conçue par Deleuze et Guattari. Comment cette omniprésence du désir conduit-elle Flaubert à s’interroger sur la morale et l’esthétique de son roman ?

Le désir charnel

La foi dans le pouvoir du désir réunit les personnages de Frédéric et Deslauriers dans une vision magique du monde :

« Mais le clerc avait des théories. Il suffisait pour obtenir les choses de les désirer fortement »[1]. (I, 5, p. 108).

Le désir le plus représenté, le plus ardent, le plus marquant du point de vue romanesque est le désir charnel, sexuel. Frédéric est enfermé dans l’insatisfaction. Il brûle de désirs violents et d’amours contradictoires :

« Il tournait dans son désir comme un prisonnier dans son cachot » (I, 5, p. 102).

Ce désir sexuel a pour objet les femmes (nous soulignons le pluriel). Il a été déclenché par la vie parisienne :

« Une autre soif lui était venue, celle des femmes, du luxe et de tout ce que comporte la vie parisienne » (II, 1, p. 158).

La vie parisienne est donc le foyer de cette vie de désir qui traverse tous les jeunes gens de cette époque et même les plus âgés. Le personnage se fond dans un réseau de relations multiples qui le transforment. Le désir ce n’est pas seulement le besoin. Il s’inscrit dans un cadre personnel, historique, sociologique. Il n’est pas physiologique mais psychologique. Dans ce défi donjuanesque la pulsion devient fantasme ordonné par le hasard :

« Veux-tu parier que je fais la première qui passe ? » (I, 5, p. 108).

[…]

Jean-Louis Benoit

 

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