« L’Adieu à la nuit », d’André Téchiné

À côté des conflits familiaux, le motif de la transition juvénile traverse une bonne part de l’œuvre d’André Téchiné. Des Roseaux sauvages (1994) à Quand on a 17 ans (2016), le réalisateur en a exploré les ressorts, les troubles et les ivresses, les rêves et les violences.

Le déchirement de l’intime, fragile moment où tout bascule et verse progressivement dans l’après, est sans nul doute ce qui caractérise le mieux son travail sur la jeunesse. La découverte du corps et l’éveil à la sexualité imprègnent son cinéma d’un sensualisme animal, partagé entre l’ombre et la lumière des sentiments, les gestes instinctifs et l’élan vers la douceur. Les décors, la nature et ses éléments, y jouent un rôle de prime importance.

C’est encore le cas dans son nouveau long-métrage de fiction, vingt-troisième de sa carrière et le plus stimulant depuis longtemps, L’Adieu à la nuit. Sauf que la nature, pourtant omniprésente, est cette fois ignorée des jeunes protagonistes, et la sensualité absente de leur existence. Et pour cause, ils – Alex (Kacey Mottet Klein) et Lila (Oulaya Amamra) – ont décidé de se livrer au jihad.

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18 avril 2019 : Chantiers d’Europe en Sorbonne

L’académie de Paris et le Théâtre de la Ville à Paris dédient à la jeunesse une soirée spéciale de Chantiers d’Europe, le jeudi 18 avril, de 19 h à 21 h, dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne.

Chantiers d’Europe est un festival annuel européen du Théâtre de la Ville, héritier en droite ligne du célèbre Théâtre des Nations où résonnèrent pour la première fois en France les noms de Brecht ou de Strehler. Le fait de décliner cet événement pour et par les jeunes, enfants du XXIe siècle, est une première.
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Aujourd’hui plus que jamais, l’Europe est à incarner et à réinventer par la jeunesse, dans le  dialogue interculturel et par la pratique artistique.
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Le modèle noir de Géricault à Matisse

Jean-Léon Gérôme (1824-1904), étude d’après un modèle féminin pour « À vendre, esclaves au Caire », vers 1872. Coll. part. © Photo Galerie Jean-François Heim, Bâle.

Une sortie (scolaire) à ne pas manquer

L’exposition qui vient d’ouvrir et se tiendra au musée d’Orsay jusqu’au 21 juillet est plus qu’une exposition picturale : cette représentation du Noir dans l’art – peinture, dessin, sculpture, affiche  – est à la croisée de l’histoire politique, l’histoire littéraire et l’histoire des mentalités depuis la Révolution française jusqu’aux années folles.

Elle donne à voir comment les artistes ont d’abord participé à la lutte pour l’abolition de l’esclavage (1789-1848), puis à la dignité d’un modèle noir à l’époque coloniale et raciale (1848-1918) et enfin à une reconnaissance artistique de ces hommes et femmes à l’heure de l’influence américaine et du séjour de Matisse à Harlem (1918-1930).
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Les élèves de CAP et Bac Pro du lycée Gustave-Eiffel, à Reims, acteurs du Centenaire

En septembre 2018 notre troisième année d’un projet Grande Guerre a commencé avec deux classes de CAP regroupant les sections Maintenance des équipements de parcs et jardins, Peinture en carrosserie, Hôtellerie et restauration : un public fragile à tous points de vue, socialement culturellement et cognitivement.

Notre équipe de quatre enseignants en lettres-histoire et en arts appliqués se connaît bien. Nos objectifs sont toujours de permettre à ces jeunes au passé scolaire chaotique de se mobiliser. Nous sommes dans la Marne et la fascination qu’exerce la mémoire des conflits mondiaux qui ont bouleversé le territoire et la région est surprenante pour une enseignante originaire de l’ouest !

Nos élèves, venant parfois des campagnes environnantes, sont un réservoir d’anecdotes confuses plus ou moins erronées relevant parfois de la rumeur ; la Grande Guerre est souvent – presque toujours – amalgamée avec la Seconde Guerre mondiale : « La première et la deuxième, c’est pareil », entend-on souvent…

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L’École dans le Centenaire de la Première Guerre mondiale : des enseignants et des élèves engagés

Le cycle du Centenaire a donné lieu à une mobilisation importante des établissements scolaires sur tout le territoire. Plus de deux mille projets d’établissements ont été engagés dans des productions d’élèves, pluridisciplinaires et souvent innovantes.

Invités à participer aux grands rendez-vous commémoratifs qui ont jalonné le Centenaire, ils ont par leur présence, montré combien la confiance qui leur a été accordée était à la hauteur de leur engagement et de leur conscience citoyenne en devenir.

Il sera bientôt temps de dresser un bilan pédagogique des plus de 2 000 projets portés par la communauté scolaire dans le premier semestre 2019.

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« Mon traître » et « Retour à Killybegs », de Pierre Alary, d’après Sorj Chalandon

 

 

 

 

 

 

 

Une histoire sombre et belle d’Irlande du Nord

« Mais voilà. C’était comme ça. J’étais rentré
dans la beauté terrible et c’était sans retour.
»
Sorj Chalandon, Mon traître, p. 84.

Autour des deux albums Mon traître et Retour à Killybegs, de Pierre Alary,
d’après les deux romans éponymes de Sorj Chalandon, Rue de Sèvres, 2018.

La question nord-irlandaise se rappelle malheureusement à nous ces temps-ci. Le difficile règlement du Brexit ravive la question nationale entre Irlandais et Britanniques. Il oblige à penser une possible réinstallation de la frontière physique entre les deux Irlande, la République d’Irlande (Eire) et l’Irlande du Nord (Ulster), territoire britannique dans lesquels les unionistes (protestants et « loyalistes » à la Couronne) et les républicains (catholiques) se déchirent encore.

Pourtant, le conflit armé qui a fait plus de 3 000 morts en Irlande mais également en Grande-Bretagne, avait trouvé une issue politique en 1994-1996.

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« Amanda », de Mikhaël Hers

Mikhaël Hers aime Paris. Terrain de jeu de son adolescence, la capitale est devenue le territoire quasi exclusif de sa cinématographie. Et, comme chez Éric Rohmer, on y arpente les rues, on fréquente ses cafés et ses parcs.

Son jeune cinéma traite du passage à l’âge adulte, de la crainte de l’avenir, des premiers renoncements et du deuil. C’est précisément ce dernier thème, abordé dans son précédent long-métrage Ce sentiment de l’été en 2015, qu’il décide de remettre sur le métier à l’heure du projet d’Amanda. Avec, cette fois, un parti pris moins rétrospectif, plus en prise avec l’actualité récente.

En scrutant le Paris d’aujourd’hui, Mikhaël Hers cherche à capter la violence de l’époque, que les attentats islamistes de novembre 2015 cristallisent à ses yeux. Jugeant toutefois la reconstitution difficile, il décide, avec sa scénariste Maud Ameline, de s’appuyer sur les ressorts de la fiction et d’ « inventer » un attentat aux abords de la capitale, dans un espace vert un peu indéfini (le Bois de Vincennes). Ce choix lui permet de garder une liberté, une distance abstraite face aux circonstances réelles du drame d’alors, et par là d’universaliser son propos.

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