« Enfants de Paris 1939-1945 », Philippe Apeloig

Un enfant du paradis

Entre Paris et paradis il n’y a qu’une syllabe de différence, et si on lit les pages que Philippe Apeloig consacre à l’histoire de sa famille, en ouverture de Enfants de Paris 1939-1945, on comprend pourquoi Schmil Rozenberg, son grand-père maternel, a choisi de vivre dans le faubourg Saint-Antoine, après avoir fui la Pologne des années vingt.

Cet album est consacré à 1 500 monuments de Paris, des monuments « invisibles », ancrés dans la pierre, sur des façades : ce sont les plaques que leurs compagnons, leurs proches, ou des institutions ont apposées après la Seconde Guerre mondiale, en hommage aux fusillés, déportés, disparus, à celles et ceux qui sont morts dans les camps, au Mont Valérien, lors des combats de la Libération en août 1944 ou dans les geôles de la Gestapo, des plaques qui honorent les enfants juifs et les résistants, les Justes et les combattants de l’ombre.

En somme, la France qui n’acceptait pas l’occupation nazie, et ce, dès le 11-Novembre 1940 par la manifestation des lycéens et étudiants devant l’Arc de triomphe.

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« Kanata », de Robert Lepage : une mise en spectacle de l’histoire du Canada sous tension

Lorsqu’Ariane Mnouchkine invite le metteur en scène canadien Robert Lepage à réaliser une création avec le Théâtre du Soleil, elle est loin d’imaginer la polémique qu’engendrera ce spectacle qui s’empare, sans le concours d’aucun membre des Premières Nations, de l’histoire des relations entre colons français puis britanniques et autochtones d’Amérique du Nord.

Une dénonciation de l’assimilation culturelle du gouvernement canadien taxée par certains d’appropriation culturelle.

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« Amin », de Philippe Faucon. Le destin de l’étranger entre liberté et destin

Moustapha Mbengue dans "Amin", de Philippe Faucon © Pyramide distribution

Moustapha Mbengue dans « Amin », de Philippe Faucon © Pyramide distribution

Le nouveau film de Philippe Faucon paraît s’inscrire facilement dans la galerie de personnages contemporains et émouvants qu’il sait souvent créer.

Après s’être intéressé à l’émancipation des jeunes filles ou des jeunes femmes avec Muriel fait le désespoir de ses parents ou Samia, après avoir essayé de montrer les questions qui se posent aux mères maghrébines (dans Fatima) ou à celles qui ont l’âge d’être grands-mères (avec le film Dans la vie où s’entraident une juive et une musulmane), Faucon revient à des portraits d’hommes en crise, entre deux pays, entre deux familles.

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La théorie des ensembles. À propos de l’histoire littéraire

Nos bibliothèques racontent une histoire qui ne correspond pas à l’histoire de la littérature, qui ne peut pas coïncider avec elle parce qu’elle est l’histoire de notre vie.

Et si nous sommes capables à peu près de situer ces livres dans l’histoire de la littérature, et capables à peu près de situer l’histoire de la littérature dans l’histoire de France, nous sommes plus capables encore de les situer dans l’histoire de notre vie puisque ce sont eux, davantage peut-être que les photographies, qui nous permettent de reconstituer les voix et les visages, les émotions qu’ils soulevaient en nous.

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Qui est le Soldat inconnu ? Symbole guerrier ou exhortation à la paix ?

11-Novembre 2018 : des lycéens de l’académie de Créteil lisent sous l’Arc de triomphe, et devant plus de 70 chefs d’État et de gouvernement, des textes écrits par des soldats le 11 novembre 1918. © CR.

Les élèves savent-ils encore que, depuis les années 1920 chaque jour, à 18 h 30, qu’il vente, pleuve ou neige, une flamme est ravivée sous !’Arc de triomphe, à Paris, au-dessus du tom­beau d’un soldat anonyme de la Grande Guerre ?

S’agit-il d’un culte désuet, d’une cérémonie archaïque vouée à maintenir intacte une « culture de guerre » plus qu’à célébrer la paix ?

Loin de s’inscrire dans un passéisme patriotard, la question, à l’horizon du centenaire de l’armistice de 1918, n’a rien d’anecdotique. Il n’est pas inutile de se pencher sur l’histoire de ce sym­bole dans le cadre du cours d’histoire ou de projets pluridisciplinaires plus ambitieux. Elle s’appuie sur une mémoire qu’il convient de connaître, quitte à en critiquer le sens…

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Perdre un livre. À propos de l’histoire littéraire

Les nouveaux programmes de français pour le lycée redonnent toute son importance à l’histoire littéraire. Celle-ci doit permettre d’expliquer aux élèves comment les écrivains se situent dans l’histoire générale de la France et comment ils se situent les uns par rapport aux autres, dans une logique de continuité ou dans une logique de rupture, et pour parler en termes plus contemporains dans une logique de conservation ou dans une logique de disruption.

Cela revient à dire que la chronologie est une notion centrale dans l’apprentissage de la littérature et tout cela serait merveilleux s’il s’agissait en effet d’une chronologie ludique, si les nouveaux programmes permettaient de jouer avec la notion de chronologie et de manipuler cette notion pour en analyser les fondements et les principes. Mais en l’occurrence il ne s’agit pas de n’importe quelle sorte de chronologie. Il ne s’agit pas d’une chronologie à plusieurs vecteurs.

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« Les Frères Lehman », de Stefano Massini, Prix Médicis Essai 2018

"Les Frères Lehman", de Stefano MassiniDans la danse avec les frères Lehman

En donnant un chant épique qui se déroule sur un air de piano mécanique, Stefano Massini saisit la trépidation de l’Amérique à travers le destin d’une dynastie, celle des banquiers Lehman.

Du rythme avant toute chose, semble nous dire Stefano Massini dont le livre à peine ouvert saisit son lecteur, le prend par la main pour l’entraîner dans la ronde de la vie des frères Lehmann.

Tout se passe comme si le premier arrivant passait son bras sous le vôtre pour ne plus vous lâcher avant le terme de cette aventure, la fin de la partie et celle de la musique.

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