En relisant Guy Debord, cinquante ans après

"La Société du spectacle", de Guy DebordUn récent numéro de l’École des lettres rendait compte des débats organisés autour du livre de Andrew Hussey, Guy Debord. La Société du spectacle et son héritage punk (Éditions Globe). Cette lecture a réveillé en moi l’écho de toutes les références  à l’Internationale situationniste et à Guy Debord entendues en Mai 1968. Cela m’a donné envie de relire, avec bien des années de recul, les écrits de ce dernier.

Le point central et qui me semble bien observé : l’essentiel du rapport social est maintenant dans l’image et non dans l’authenticité de l’être. On est passé de l’être au paraître. Il faut se faire voir, se faire entendre, faire son autoportrait en permanence. « La condition de vedette est la spécialisation du vécu apparent. »

De plus, le spectacle est lié à la société de consommation. L’abondance des marchandises et la création incessante de nouveaux objets participent au spectacle comme un« pseudo-usage de la vie ».

Mais, au-delà, s’ouvre un grand vide : « Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même. »

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Denis Kambouchner, « Descartes n’a pas dit », ou comment lire Descartes en cartésien…

Denis Kambouchner, "Descartes n'a pas dit. Un répertoire des fausses idées sur l'auteur du "Discours de la méthode", avec les éléments utiles et une esquisse d'apologie"Être cartésien… Apanage des ingénieurs et des anticléricaux, des amoureux de l’ordre et des angles bien tracés… « Je suis cartésien ! », prétendent tous ceux qui n’entendent pas abandonner leur clairvoyance aux mains des séduisantes croyances et du marasme des passions.

Mais Descartes était-il lui-même cartésien en ce sens ? Retrouve-t-on dans ses textes l’hégémonie d’une raison imperméable aux sensations et aux émotions, indifférente aux réalités surnaturelles qui dépassent sa compréhension ?

C’est étrange mais, lorsque nous le lisons pour de bon, c’est plutôt l’inverse que nous rencontrons : philosophie du corps et de l’expérience, philosophie de la croyance, philosophie des passions ; la philosophie de Descartes, c’est aussi tout cela, bien loin de l’idée que nous nous en faisons. Autant dire que la doctrine de celui qui a un jour écrit « je pense donc je suis » est recouverte de nombreux lieux communs auxquels il fallait qu’un authentique cartésien s’occupât de tordre le cou.

Voilà alors ce que fait Denis Kambouchner dans son élégant Descartes n’a pas dit qui vient de paraître aux Belles Llettres.

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L’Institut français au Salon du livre de Paris

Programme de l'Institut français au Salon du livre de ParisPendant toute la durée du Salon du livre de Paris, l’Institut français (espace P68) propose à des créateurs venus du monde entier de dialoguer avec des artistes, des chercheurs et des écrivains français.

Cette programmation, rigoureuse et éclectique, reflète l’identité de l’Institut français, son inscription au cœur du dialogue des cultures.

À travers ces conversations, l’Institut français souhaite enrichir le débat public et proposer des points de vues inédits sur l’actualité de la création et les grands enjeux de société, en lien étroit avec les invités d’honneur de l’édition 2015.

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Pouvoir politique et liberté d’expression : Spinoza à la rescousse

Spinoza, par Franz Wulfhagen (1664)

Spinoza, par Franz Wulfhagen (1664)

Ces malheureuses circonstances provoquent de toutes parts des remarques qui s’inscrivent sur le fond de problèmes constituant encore des défis pour la bonne intelligence des conditions du « vivre ensemble ».

On entend partout l’hurlante invocation de nos droits fondamentaux, ceux de la liberté de penser et de s’exprimer, face au fanatisme intolérant qui, à travers eux, s’en prend à l’ordre public.

« La guerre est déclarée », déclament même certains.

Comment toutefois ne pas être frappé par ce à quoi nous avons assisté ces derniers jours : un duel entre, d’un côté, la république (littéralement, la res publica, la chose publique) et, de l’autre, une minorité infime incarnée dans quelques individus ? Duel incompréhensible s’il en est, compte tenu de l’incommensurabilité des forces en opposition.

Mais duel incompréhensible seulement si nous le pensons en termes de « guerre », comme certains responsables politiques l’ont fait expressément.

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« Lumières pour enfants », les petites conférences du Nouveau Théâtre de Montreuil

Les "Petites conférences" du Nouveau Théâtre de MontreuilAu Nouveau Théâtre de Montreuil la dramaturge Gilbert Tsaï propose depuis 2001 « Lumières pour enfants », des petites conférences où chercheurs, artistes, journalistes accomplis transmettent aux enfants leur passion en leur parlant de leur métier, de leur pratique, de leurs recherches.

Lumières pour enfants est le titre d’un recueil de conférences radiophoniques que Walter Benjamin (1888-1940) prononça sur les ondes de la radio allemande de 1929 à 1932.

Dans un langage clair et accessible le philosophe y évoque aussi bien les Tziganes que le dialecte berlinois, l’histoire de la Bastille que le Docteur Faust, Cagliostro que la chute de Pompéi.

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« Dériver » avec Guy Debord, tables rondes avec Andrew Hussey, Will Self et Jean-Marie Durand

Andrew Hussey © CR, l'École des lettres

Andrew Hussey © CR, l’École des lettres

 

Les 25 et 26 septembre 2014, l’écrivain et historien britannique Andrew Hussey présentait son livre, Guy Debord. « La Société du spectacle » et son héritage punk, publié aux éditions Globe, en présence de son compatriote et préfacier, le romancier Will Self.

Ces deux débats publics étaient animés par le journaliste Jean-Marie Durand, rédacteur en chef de la rubrique Idées au magazine Les Inrockuptibles, et traduits par Marguerite Capelle.

Le premier était organisé à la Maison de la Poésie, à Paris, le second au siège de l’école des loisirs. La transcription de ces deux rencontres est donnée dans l’École des lettres.

 

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« La Société du spectacle » cinquante ans après • La nouvelle fantastique • Le temps des contre-utopies : « Le Passeur » / « The Giver » • Modiano, prix Nobel 2014 • Paul Veyne : autoportrait • Quelle école en 2030 ?

"L'École des lettres", numéro 2, octobre-novembre 2014Le numéro d’octobre-novembre de l’École des lettres aborde une grande diversité de sujets, en grande partie rejoints par l’actualité.

Quelle influence l’œuvre de Guy Debord, fondateur de l’Internationale situa-tionniste, exerce-t-elle encore aujourd’hui ? Deux tables rondes réunissant des connaisseurs passionnés de l’auteur de La Société du spectacle font le point sur la question.

Les nouvelles d’Edgar Poe traduites par Baudelaire offrent le meilleur corpus pour aborder en classe le genre fantastique et captiver les élèves. Une séquence détaillée permet d’en étudier les différents registres narratifs, ainsi que la composition.

Les contre-utopies éclairent les dérives possibles et les drames des sociétés contemporaines. Deux romans de Lois Lowry, Le Passeur et Le Fils en sont des exemples qui passionneront les lecteurs. L’analyse de l’excellente adaptation cinématographique du Passeur  – The Giver – par Phillip Noyce permet de prolonger cette réflexion.

Comment l’école aura-t-elle évolué d’ici 2030, à quels bouleversements faut-il s’attendre ? Le Sommet mondial Wise qui se tient ce début novembre au Qatar, et où la France est absente, est l’occasion de poser la question.

La littérature contemporaine française est à l’honneur : Patrick Modiano reçoit le prix Nobel de littérature 2014, Paul Veyne le prix Fémina de l’essai. L’École des lettres revient sur le parcours du romancier et sur celui de l’historien.

 

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« Harry Potter à l’école de la philosophie », de Marianne Chaillan

"Harry Potter à l'école de la philosophie", de Marianne ChaillanHarry Potter a déjà fait couler beaucoup d’encre. Je ne songe pas aux milliers d’articles qui lui ont été consacrés dans la presse mais seulement aux commentaires, plus ou moins heureux, qu’il a suscités.

Le premier essai notable aura été celui d’Isabelle Smadja, Harry Potter, les raisons d’un succès. L’auteure passait aux cribles de la philosophie, de la psychanalyse et de la sociologie les quatre premiers volumes de la série.

Isabelle Cani, dans Harry Potter ou l’anti Peter Pan, se livrait à une comparaison astucieuse entre les deux personnages éponymes, montrant que Peter Pan préfigurait le culte de l’éternelle jeunesse qui agite notre époque tandis qu’Harry Potter, après un long cheminement vers l’âge adulte, en assumait pleinement les contraintes et les valeurs.

L’essai de Marianne Chaillan, Harry Potter à l’école de la philosophie, publié dernièrement chez Ellipses, confirme en partie la thèse d’Isabelle Cani et démontre une nouvelle fois, si besoin en était, la richesse d’une œuvre qui, tout en s’inscrivant pleinement dans notre temps, a su intégrer de façon ludique les héritages philosophiques et culturels de la civilisation occidentale.

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