Le legs didactique de Michel Rocard

Michel Rocard © InaLe lecteur pourra s’étonner d’un hommage indirect à l’ancien Premier Ministre dans un contexte éducatif a priori inadapté à son propos et à sa carrière d’homme d’État. Pour autant, il n’apparaît pas si inadéquat de s’intéresser à la parole politique dans une perspective didactique. Et ce, d’autant plus que les nouveaux programmes du collège invitent les professeurs à engager une vraie pédagogie de l’oral afin que les élèves soient plus à même de communiquer leurs idées sans en rester à des bribes d’expression.

De ce point de vue, comment ne pas relier la difficulté du fondateur du PSU à défendre une forme d’ethos du discours politique tout à la fois sur le plan des valeurs prônées et sur la manière d’exprimer ses idées ?

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L’écrivain et les médias

L'écrivain et les médiasIl existe plusieurs manières d’être et d’incarner l’écrivain aujourd’hui entre médias, institution et… discrétion.

Ce que l’on appréciera en se penchant sur la façon dont la presse quotidienne a tout récemment présenté les dernières œuvres d’Annie Ernaux, Amin Maalouf, Olivier Bourdeaut et Joël Egloff.

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Les abattoirs de la honte – problème de société, sujet d’ÉMC

Chaïm Soutine, "Bœuf écorché", 1925, musée de Grenoble

Chaïm Soutine, « Bœuf écorché », 1925, musée de Grenoble

Comme une bête, de Joy Sorman, Prix François Mauriac de l’Académie française 2013, soulève un sujet qui fâche, une vérité qui blesse on ne peut plus actuelle, à observer la « une » du quotidien Le Monde daté du mercredi 30 mars 2016 : « Scandale des abattoirs : l’industrie de la cruauté envers les animaux ».

L’auteure de Boys, Boys, Boys, Prix de Flore en 2005, accrédite l’idée de Flaubert selon laquelle il n’y a pas de bon sujet en littérature. Joy Sorman développe en effet une forme d’écriture à rebours suscitant des sentiments complexes chez un lecteur embarqué dans une nouvelle « boucherie héroïque ».

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« Eux, c’est nous »… En sommes-nous encore si sûrs ?

"Eux, c'est nous", avec un texte inédit de Daniel Pennac illustré par Serge Bloch, Les éditeurs jeunesse avec les réfugiésEn janvier dernier, à l’antenne de la Matinale de France Inter, le réalisateur Romain Goupil ne mâchait pas ses mots pour exprimer son indignation devant le cynisme politique à l’œuvre face au « péril migrant« . Indignation vs indifférence, indignation vs défiance, indignation vs rejet, ainsi se décline dans notre cher pays de France,  berceau des droits de l’homme, le « conflit migratoire » larvé entre principe de réalité, tradition humaniste et calcul politique.

La force de l’écrit reste là encore décisive pour mettre en perspective le choc des photos et des images en boucle. Souvenons-nous de certains succès littéraires inattendus comme celui de Matin brun de Franck Pavloff (1998)… Les livres courts les plus réussis, comme cette nouvelle qui est un apologue contre la montée des partis xénophobes à portée universelle, ont un impact dont tous les enseignants peuvent tirer parti.

Quelques pages, une idée forte et le poids des mots : voilà le contrat d’écriture requis. L’extraordinaire résonance d’Indignez-vous de Stéphane Hessel (2010) conforte l’idée que le lectorat « grand public » est susceptible de se saisir de ces petits textes qui ont la vertu de pointer du doigt ce qui interroge la conscience. Eux, c’est nous, qui comprend un texte inédit de Daniel Pennac illustré par Serge Bloch, relève de de ces essais-manifestes indispensables. On lira une première fois cette plaquette par curiosité, mais on ne pourra pas s’empêcher de la reprendre et de la partager avec le plus grand nombre.

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L’orthographe, prétexte politique

"Les rectifications de l'orthographe", Conseil supérieur de la langue française, Journal officiel de la République française, 6 décembre 1990

« Les rectifications de l’orthographe », Conseil supérieur de la langue française, Journal officiel de la République française, 6 décembre 1990

Il est à nouveau question de rectifier la graphie de certains mots de la langue française et aussitôt, comme il y a vingt-six ans, on voit se déchainer contre cette idée des zélés indiscrets, qui, sans connaissance de cause, crient en public contre ses promoteurs, qui les accablent d’injures, et les condamnent hautement de leur autorité privée. J’invoque dans ce pastiche les mânes de Molière pour en appeler au bon sens et à la lucidité qui caractérisent le discours de ses porte-paroles et qui manquent cruellement aux détracteurs systématiques de ces rectifications.

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Penser l’interdit de penser avec des élèves

Les Eagles of Death Metal de retour sur scène le 7 décembre 2015

« Nous sommes tous des Parisiens ce soir » (Bono)

Le 7 décembre dernier, le groupe irlandais U2 a permis aux Eagles of Death Metal de ressortir leurs guitares saturées de rock and pop mises en berne depuis les atrocités du Bataclan. Avant de laisser la scène au groupe symbole le temps d’un morceau, la bande à Bono a repris avec eux l’hymne à la joie et à la révolte de Patty Smith, Power to the people.

N’en déplaise aux inévitables esprits chagrins, il n’est pas sûr que ce point d’orgue du concert des gens de Dublin puisse être assimilé à un moment superficiel. La reconquête des terrasses parisiennes comme de toutes les scènes de musique amplifiée de la capitale s’apparente à une réappropriation fondamentale d’une liberté considérée il y a encore à peine douze mois, et d’évidence à tort, comme définitivement gagnée.

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Après la cérémonie. Retour à l’anormal

Éditions spéciales des chaînes télévisées au moment des attentats du 13 novembre 2015« Les bêtes qui descendent des faubourgs en feu,
Les oiseaux qui secouent leurs plumes meurtrières,
Les terribles ciels jaunes, les nuages tout nus
Ont, en toute saison, fêté cette statue.

Elle est belle, statue vivante de l’amour »

Paul Eluard, « Paris pendant la guerre »,
Capitale de la douleur, Gallimard, 1926.

 

Dans la contribution qu’il a apportée sur ce site dans les jours qui ont suivi les attentats, Yves Stalloni qualifiait d’emblée de « criminels » les tueurs du 13 novembre.

Définir, préciser, et nous interroger sur les mots autant que sur les actes qui ont marqué ces deux dernières semaines : voilà ce qu’il nous faut faire, en effet. Qui n’a pas dans les premiers jours cédé à l’urgence de s’informer, à la tentation du bien mal nommé direct live ?

Cependant, voyant qu’une chaîne de service public s’attelait le dimanche à l’heure du repas, soit trente-six heures après le début de cette œuvre de mort, à une rétrospective des événements du week-end, j’ai éteint mon poste de télévision et me suis sérieusement inquiété de ce que je pourrais dire à mes élèves le lendemain matin – mais plus tard aussi.

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