De Dinard au Proche-Orient, « Crac », de Jean Rolin

"Crac", de Jean RolinIl était déjà question de T. E. Lawrence l’an passé dans Le Traquet kurde, récit que Jean Rolin consacrait à un petit oiseau jamais vu en France et apparaissant soudain au sommet du Puy de Dôme.

Dans Crac, son dernier livre, il est question d’une « infecte mésange », l’adjectif est de Lawrence, un peu du fameux colonel en question, et beaucoup de châteaux construits par les Croisés dans une zone toujours en guerre ou veille de guerre, entre Liban, Israël, Jordanie, et surtout Syrie.

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« Mon traître » et « Retour à Killybegs », de Pierre Alary, d’après Sorj Chalandon

 

 

 

 

 

 

 

Une histoire sombre et belle d’Irlande du Nord

« Mais voilà. C’était comme ça. J’étais rentré
dans la beauté terrible et c’était sans retour.
»
Sorj Chalandon, Mon traître, p. 84.

Autour des deux albums Mon traître et Retour à Killybegs, de Pierre Alary,
d’après les deux romans éponymes de Sorj Chalandon, Rue de Sèvres, 2018.

La question nord-irlandaise se rappelle malheureusement à nous ces temps-ci. Le difficile règlement du Brexit ravive la question nationale entre Irlandais et Britanniques. Il oblige à penser une possible réinstallation de la frontière physique entre les deux Irlande, la République d’Irlande (Eire) et l’Irlande du Nord (Ulster), territoire britannique dans lesquels les unionistes (protestants et « loyalistes » à la Couronne) et les républicains (catholiques) se déchirent encore.

Pourtant, le conflit armé qui a fait plus de 3 000 morts en Irlande mais également en Grande-Bretagne, avait trouvé une issue politique en 1994-1996.

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« Dans le faisceau des vivants », de Valérie Zenatti

Enfants d’Appelfeld

Dans un taxi qui la conduit à Jérusalem en ce mois de janvier 2017, Valérie Zenatti se voit corrigée par un chauffeur de taxi. Pour parler de Aharon Appelfeld qui vient de mourir, elle emploie le présent, au lieu de l’imparfait.

Le chauffeur n’est pas grammairien mais sa logique (et son obstination) sont imparables. Enfin presque : Dans le faisceau des vivants, écrit un an après la disparition du romancier israélien, montre un homme au présent.

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« Le Monarque des ombres », de Javier Cercas

« Le Monarque des ombres », de Javier CercasQuelle image d’Achille ?

On lira sur la couverture du Monarque des ombres, la mention de « roman ». Cette classification générique surprendra qui lira ce livre, et pourtant l’histoire de Manuel Mena, grand-oncle de Javier Cercas, comme les circonstances de sa mort peuvent ressortir du romanesque.

Le jeune homme avait dix-neuf ans quand il est tombé sur le front de l’Ebre, en 1938. « Blanquita », la mère de l’auteur narrateur ne s’est jamais remise de cette mort, même si les larmes pour le pleurer ne venaient pas. Il est resté cet absent, ce mystère, dont Javier Cercas rechigne à explorer la courte vie.

Manuel Mena a combattu dans le camp franquiste, celui de la Phalange, pour être précis. Il appartient au « paradigme de l’héritage le plus accablant de ma famille », écrit Cercas.

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« Le Guetteur », de Christophe Boltanski

"Le Guetteur", de Christophe BoltanskiQui est le guetteur ?

En épigraphe du deuxième roman de Christian Boltanski, on lit un extrait des « Fenêtres », l’un des poèmes en prose les plus évocateurs de Baudelaire. Évocateur parce qu’il dit tout du pouvoir du regard, de sa puissance créatrice, de ce qui transforme la simple réalité en légende.

L’enquête que mène le narrateur du Guetteur sur sa mère est de même nature. Une femme d’apparence ordinaire acquiert une dimension fantastique, se métamorphose à travers le récit de son existence.

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« Désintégration », d’ Emmanuelle Richard. Vivre au nouveau siècle

"Désintégration", d'Emmanuelle RichardMarchant dans la grande ville, la narratrice de Désintégration croise une bande de jeunes gens chics qui crient à tue-tête la phrase répétée par Anna Karina dans Pierrot le fou : « Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire. » La rage accumulée en elle atteint son comble et se transforme en haine. Haine à l’égard de cette caste de privilégiés qui prononcent ces mots sans en comprendre l’« impudeur ».

Or pour la narratrice et héroïne, il est rarement question d’ennui, de laisser-aller : elle aligne les petits boulots, enchaîne les tâches ingrates mais indispensables pour survivre, et voir des oisifs soutenus par leur famille jouer cette comédie, c’est la goutte d’eau en trop.

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« Ça raconte Sarah », de Pauline Delabroy-Allard

"Ça raconte Sarah", de Pauline Delabroy-AllardLe souffle, le soufre

C’est un premier roman, écrit par une jeune femme de trente ans et il fait tout seul, la rentrée des éditions de Minuit.

Il y a là quelque chose d’audacieux, un pari presque téméraire. Mais ce coup de dé en rappelle d’autres, propres à cette singulière maison et l’on se félicite que tout ne soit pas affaire de calcul ou de gestion.

Les coups de cœur éblouissent.

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« Frère d’âme », de David Diop, prix Goncourt des lycéens 2018

"Frère d'âme", de David DiopDévoreur d’âmes

14-18, une tranchée sur le front, quelque part. Alfa Ndiaye demande pardon à Mademba Diop, son meilleur ami. Mortellement blessé, Mademba voulait qu’il lui donne le coup de grâce. Il ne l’a pas fait. Il regrette, et pour expier sa faute, décide de soumettre « l’ennemi d’en face », le combattant aux « yeux bleus » à une mort terrible.

Armé de son fusil et d’un coupe-coupe, il le tue selon le même rituel, emportant en même temps l’arme et la main qui la tenait. Quant à l’agonie qu’il lui inflige, elle ressemble à celle qu’a connu Mademba.

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