« Mary Shelley », de Haïfaa Al-Mansour, ou l’encre noire de la mélancolie

Elle Faning dans "Mary Shelley", de Haifaa Al Mansour © Pyramide distribution

Elle Faning dans « Mary Shelley », de Haifaa Al Mansour © Pyramide distribution

Avec Frankenstein Mary Shelley propulsait l’esprit des Lumières dans le XIXe siècle, et sans doute ne le savait-elle pas, au-delà. Puisque son médecin illuminé et sa créature devaient embraser de leur lumière sombre tout l’imaginaire des deux siècles à venir.

Il semble toutefois que ce ne soit moins la force du mythe qui ait intéressé la réalisatrice du bio pic Mary Shelley, Haifaa Al-Mansour, que les ressorts intimes de la création artistique. Dans un monde sans Dieu, le mythe importe moins que la vérité des êtres.

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« Désintégration », d’ Emmanuelle Richard. Vivre au nouveau siècle

"Désintégration", d'Emmanuelle RichardMarchant dans la grande ville, la narratrice de Désintégration croise une bande de jeunes gens chics qui crient à tue-tête la phrase répétée par Anna Karina dans Pierrot le fou : « Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire. » La rage accumulée en elle atteint son comble et se transforme en haine. Haine à l’égard de cette caste de privilégiés qui prononcent ces mots sans en comprendre l’« impudeur ».

Or pour la narratrice et héroïne, il est rarement question d’ennui, de laisser-aller : elle aligne les petits boulots, enchaîne les tâches ingrates mais indispensables pour survivre, et voir des oisifs soutenus par leur famille jouer cette comédie, c’est la goutte d’eau en trop.

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« Construire un feu », de Jack London, mise en scène de Marc Lainé à la Comédie-Française

Alexandre Pavloff, Pierre-Louis Calixte, Nazim Boudjenah dans « Construire un feu », de Jack London, mise en scène de Marc Lainé © Vincent Pontet

Alexandre Pavloff, Pierre-Louis Calixte, Nazim Boudjenah dans « Construire un feu », de Jack London, mise en scène de Marc Lainé à la Comédie-Française © Vincent Pontet

Quand, en juillet 1897, l’Excelsior accoste dans le port de San Francisco, John Griffith London, dit Jack London, ronge son frein. Le jeune homme, né en 1876, travaille dans une blanchisserie, suite à une brève et malheureuse expérience d’étudiant à l’université de Berkeley.

Le vapeur, en provenance du port alaskien de Saint-Michael, porte dans ses flancs une grosse tonne d’or et une quinzaine de prospecteurs du Klondike (région située dans le Yukon). Une nouvelle poussée de fièvre pour le rare métal jaune a éclaté un an plus tôt.

Quelques jours après, Jack London embarque à son tour pour le Grand Nord canadien qui, après l’Ouest californien, est devenu le nouvel Eldorado à découvrir. De son expérience d’une petite année passée à sillonner les vastes étendues glacées (et à beaucoup boire dans les saloons), le jeune pionnier ramènera non pas de l’or, mais une matière bien plus précieuse encore, destinée à enrichir ses futurs récits d’aventures, de L’Appel de la forêt (1903) à Belliou-la-Fumée (1912).

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« Mademoiselle de Joncquières », d’Emmanuel Mouret

« Mademoiselle de Joncquières », d’Emmanuel MouretEmmanuel Mouret est un cinéaste français qui, jusqu’à aujourd’hui, s’est épanoui dans le genre de la comédie. On l’associe très souvent à l’adjectif rohmérien, car dans son cinéma la parole est cruciale et détermine la mise en scène.

Les personnages explicitent leurs sentiments au moment même où ils naissent, sans toutefois parvenir à exprimer leur vérité et à ne pas se mentir. L’humour provient alors de ce décalage entre sentir et dire, aimer et séduire, s’approcher du corps de l’autre et réussir à le toucher.

C’est toutefois très réducteur, tant Mouret s’appuie sur une histoire du cinéma français plus ample qu’un simple nom, et qui passe par le sensualisme de Jean Renoir comme par la férocité de la formule chère à Sacha Guitry. Mademoiselle de Joncquières confirme un changement dans son œuvre : la comédie n’est plus le genre prédominant.

Mouret cherche surtout l’émotion ou l’émoi du sentiment amoureux, et la palette s’est élargie, de la rencontre à la séparation, voire à l‘amertume de la séparation. Les personnages d’aristocrates de son dernier film permettent d’inscrire ses préoccupations dans un autre cadre historique et culturel. Le siècle des Lumières, ses troubles et sa recherche d’analyse, est l’occasion de donner une autre profondeur à ses récits.

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Étudier des « Lettres familières » d’écrivains

Cette séquence autour du recueil de Lettres familières réunies par Marie Pérouse-Battello (« Classiques » de l’école des loisirs) s’adresse à des élèves de troisième et s’inscrit dans l’axe d’étude intitulé « Se raconter, se représenter », les Instructions officielles recommandant la lecture « d’extraits d’œuvres de différents siècles et genres, relevant de diverses formes du récit de soi et de l’autoportrait : essai, mémoires, autobiographie, roman autobiographique, journaux et correspondances intimes ».

Outre le développement de compétences orales et écrites, cette séquence vise à assurer une passerelle entre les classes de troisième et de seconde.

Elle fait alterner lectures analytiques en classe et lectures cursives afin d’asseoir des repères de culture littéraire utiles en vue de l’entrée au lycée. Elle peut prendre place au cours du dernier trimestre et offre aux élèves l’occasion de rencontrer certains auteurs qui seront au cœur des objets d’étude en seconde, parmi lesquels, pour ne citer que ceux du XIXe siècle, Stendhal, Chateaubriand, Flaubert, Baudelaire ou encore Rimbaud.

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« Mary Shelley », de Haifaa Al Mansour, excellent biopic et genèse d’une œuvre majeure

« Mary Shelley », de Haifaa Al MansourPeu de romans ont été aussi mal compris, aussi dénaturés que Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) et peu d’auteurs ont été aussi méconnus que son auteur Mary Shelley. I

l faut dire qu’elle était la fille de William Godwin – grand philosophe et romancier britannique – et de la philosophe féministe Mary Wollstonecraft et la compagne du jeune poète Percy Bysshe Shelley. Et pourtant, reconnu dès sa parution, le texte est si bien écrit et son intrigue si fascinante qu’il n’a jamais cessé d’être un bestseller.

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« Les Frères Lehman », de Stefano Massini

"Les Frères Lehman", de Stefano MassiniDans la danse avec les frères Lehman

En donnant un chant épique qui se déroule sur un air de piano mécanique, Stefano Massini saisit la trépidation de l’Amérique à travers le destin d’une dynastie, celle des banquiers Lehman.

Du rythme avant toute chose, semble nous dire Stefano Massini dont le livre à peine ouvert saisit son lecteur, le prend par la main pour l’entraîner dans la ronde de la vie des frères Lehmann.

Tout se passe comme si le premier arrivant passait son bras sous le vôtre pour ne plus vous lâcher avant le terme de cette aventure, la fin de la partie et celle de la musique.

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« Ça raconte Sarah », de Pauline Delabroy-Allard

"Ça raconte Sarah", de Pauline Delabroy-AllardLe souffle, le soufre

C’est un premier roman, écrit par une jeune femme de trente ans et il fait tout seul, la rentrée des éditions de Minuit.

Il y a là quelque chose d’audacieux, un pari presque téméraire. Mais ce coup de dé en rappelle d’autres, propres à cette singulière maison et l’on se félicite que tout ne soit pas affaire de calcul ou de gestion.

Les coups de cœur éblouissent.

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