« Les Spectateurs », de Nathalie Azoulai. Parmi les étoiles

"Les Spectateurs", de Nathalie AzoulaiIl est assis devant la télévision dont les images sont depuis peu en couleurs. Elle feuillette les numéros de Photoplay, revue consacrée aux stars, qu’elle a rapportés de l’autre côté de la mer et contemple les photos en noir et blanc de Bette Davis et Miriam Hopkins, les rivales d’Hollywood. Elle trouve dans ces pages les modèles de robes que Maria, sa voisine et couturière lui confectionnera. Maria est la mère de Pépito, ami du personnage principal. Ce sont les seuls noms propres qu’on lit.

Les autres, c’est « il », « elle », père et mère d’un garçon d’une douzaine d’années, également désigné par ce seul pronom, et à travers qui on apprend l’histoire de la famille. « Un bateau coupe [leur] vie en deux » : avant l’exil, après. Ajoutons une petite fille née sur le tard, et atteinte d’une malformation à la hanche, et se constitue cette famille qui apparaît en première partie du roman, dans un immeuble qu’on suppose à Paris.

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« Aharon Appelfeld, le kaddish des orphelins », documentaire d’Arnaud Sauli

Valérie Zenatti, écrivaine et traductrice, avec Aharon Appelfeld © Dublin Fims

Valérie Zenatti, écrivaine et traductrice, avec Aharon Appelfeld © Dublin Fims

Un dialogue filial entre l’auteur et sa traductrice, Valérie Zenatti

L’écrivain napolitain Erri De Luca a coutume de célébrer dans les entretiens qu’il accorde avec parcimonie, le travail de sa traductrice française, Danièle Valin, à laquelle il voue une confiance totale. La relation qui s’est établi entre Aharon Appelfeld, auteur de langue hébraïque et Valérie Zenatti, sa passeuse vers le lectorat francophone, n’apparaît pas moins fidèle.

Comme le met en perspective le documentaire d’Arnaud Sauli, cette relation dépasse d’ailleurs le cadre strictement littéraire, se doublant d’un enjeu de transmission et de filiation. Lors d’une intervention au Mémorial de la Shoah, la veille de l’obtention du Prix du Livre Inter 2015 pour Jacob, Jacob, Valérie Zenatti s’était déjà exprimée avec son enthousiasme si caractéristique afin de faire partager son travail de traductrice de l’œuvre d’Aharon Appelfeld.

Avec une infinie tendresse et une vraie passion pour l’écriture, elle a enrichi par ses remarques et réponses à l’auditoire la mise en voix du premier roman destiné à la jeunesse de l’auteur né le 16 février 1932 à Czernowitz, Adam et Thomas.

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Toutes les vies d’Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld © Patrice Normand

Aharon Appelfeld © Patrice Normand

S’il fallait choisir un repère dans notre découverte d’Aharon Appelfeld, ce serait l’année 2004. Une jeune traductrice, également romancière qui publie à l’École des loisirs et à l’Olivier, le fait connaître, décide de donner toute son œuvre en français. C’est Valérie Zenatti. Alors paraît Histoire d’une vie, mémoires de l’écrivain, qui le révèle au public et reçoit le Prix Médicis.

Jusque là, peu de lecteurs l’avaient lu et ses romans paraissaient chez divers éditeurs, sans la continuité qui s’impose. Rendons hommage à Arlette Pierrot et Sylvie Cohen, ses traductrices ; elles savaient quelle importance était la sienne. Primo Levi appréciait sa « voix unique, inimitable. D’une éloquence toute en retenue » et dans Parlons travail, comme dans Opération Shylock, Philip Roth donne à entendre cette voix à travers des entretiens passionnants.

Mais à partir de Histoire d’une vie, nous avons pris rendez-vous avec lui, et même s’il ne sera plus là pour nous parler de son dernier roman traduit, nous lirons en février Des jours d’une stupéfiante clarté.

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Albert Camus, Maria Casarès, « Correspondance 1944-1959 »

Correspondance Albert Camus, Maria CasarèsIl est assez commun de penser qu’un grand écrivain, un intellectuel (c’est moins vrai pour une comédienne) est en totalité et en permanence absorbé par son œuvre, son travail d’écriture au point d’échapper aux servitudes de la vie quotidienne et aux tourments du cœur.

Heureusement les correspondances, ces plongées voyeuristes dans la vie privée, sont là pour corriger cette impression. On y vérifie qu’il est possible d’être un futur prix Nobel et de connaître les souffrances de la séparation, de disposer d’une plume élégante et souple et d’exprimer sa passion sur le ton d’un amoureux de roman populaire, de jouir d’une légitime célébrité et de se dire prêt à tout abandonner pour sauver quelques instants d’intimité.

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1918-2018. Un travail de mémoire interdisciplinaire à partir des témoins de la Grande Guerre

Les Carnets de guerre de Louis Barthas

Les Carnets de guerre de Louis Barthas

Les Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918

La Grande Guerre a été l’objet d’une mise en récit massive des expériences combattantes. Écrivains professionnels, écrivains en devenir ou simples soldats, nombre de combattants ont produit ce que l’on a nommé dès le début du conflit des récits de guerre fondés sur leur témoignage – carnets intimes, réflexions, correspondances avec leurs proches.

Par l’écriture, ils ont souhaité coucher sur le papier leur expérience, ce qu’ils ont vu ou vécu et ce qu’ils souhaitaient transmettre. Dès l’entrée en guerre, la mise en mémoire par l’écrit apparaît comme un enjeu majeur. Pour plus de deux millions de soldats mobilisés en août 1914, il s’agit de rendre compte de leur présence dans le conflit.

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« Les Quatre Filles du pasteur March », de Louisa May Alcott

« Les Quatre Filles du docteur March », de Mervyn LeRoy

L’adaptation du roman de Louisa May Alcott par Mervyn LeRoy avec June Allyson (Jo), Margaret O’Brien (Beth), Elizabeth Taylor (Amy), Janet Leigh (Meg) est diffusée sur Arte le mardi 2 janvier à 20 h 55. L’occasion de revenir aux sources du film dans l’édition du roman traduit par Malika Ferdjoukh dans la collection « Classiques abrégés » de l’école des loisirs.

Louis May Alcott, "Les Quatre Filles du pasteur March", Classiques abrégésL’histoire de Meg, Jo, Beth et Amy a traversé le siècle sous des titres divers, Les Quatre Filles du docteur March étant le plus célèbre et sans doute le moins exact, puisque leur père n’est pas médecin, mais bien pasteur…

Cette chronique d’une année dans la vie d’une famille américaine pendant la guerre de Sécession est bien autobiographique, mais, à l’image de la famille de l’auteur, celle des March n’est ni aussi conventionnelle ni aussi ordinaire qu’on a bien voulu le faire croire au lecteur.

 

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Un maître discret. « Cahier de l’Herne Pierre Michon »

Cahier de l’Herne Pierre MichonIl faudrait avoir la langue de Michon pour dresser son portrait tel qu’il apparaît en couverture  de ce Cahier de l’Herne : sur la photo en noir et blanc de Jean-Luc Bertini, à qui on doit les plus beaux portraits d’écrivains contemporains, il se tient droit, regarde l’objectif, les lèvres semblables à un simple trait horizontal, le crâne ras qui lui donne l’allure d’un moine bouddhiste… mais arrêtons-là.

Et filons page 69 : Pierre Pachet commençait ainsi : « Il y a de la fatigue dans ce regard : il n’est pas fatigué de regarder, il est fatigué de chercher devant lui ce qui n’est qu’en lui et dans les livres. » Et dans le dernier paragraphe de ce beau et court texte, Pachet parle du « regard triste et slave » dans lequel « une gaieté couve, qui parfois s’enflamme ».

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