De « Cyrano » à « Edmond » , petite histoire littéraire d’un écho triomphal

Comment expliquer qu’une pièce de théâtre puisse un jour obtenir un degré de popularité inouï au point de devenir un phénomène de société ?

N’est-il pas singulier que deux comédies « héroïques » aussi intimement liées que Cyrano de Bergerac, créé par Edmond Rostand en 1897 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin et Edmond, créé par Alexis Michalik en 2016 au Théâtre du Palais-Royal, bénéficient pour une large part du même itinéraire triomphal ?

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« Molière », de Georges Forestier

« Atteindre l’homme
sous le costume de l’artiste. »

Si l’homme, selon la formule célèbre de Malraux, n’est qu’« un misérable petit tas de secrets », on peut juger vaine toute biographie. Celle de Molière doit pourtant être mise à part puisque, justement, elle ne saurait révéler ces « secrets » dont sont souvent friands les lecteurs de ce genre d’ouvrage…

Il faut en effet se faire une raison, nous n’aurons jamais de la vie de Molière, comme de celle de Montaigne, qu’une connaissance très partielle : devenus des « classiques », ils vivent essentiellement par et dans leurs œuvres.

Pourquoi donc Georges Forestier (son éditeur dans la « Pléiade ») a-t-il jugé bon d’écrire une longue biographie de cet écrivain dont « ne subsiste ni lettre, ni brouillon, ni note, ni manuscrit », seulement « trois livres de comptes portant sur trois saisons théâtrales du Palais-Royal » et « un “extrait” de l’ensemble des livres de comptes pour la période 1659-1685 » (le fameux « Registre de La Grange ») ?

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« Enfances », de Marie Desplechin et Claude Ponti

Quand deux monstres sacrés de la littérature de jeunesse se rencontrent, qu’est-ce qu’ils se racontent ? Naturellement des histoires d’Enfances. Enfances avec un E majuscule, il va sans dire. Marie Desplechin, avec sa plume de romancière attentive à la vraie vie de tous ceux que l’on surnomme communément les gosses ou les ados, Claude Ponti avec son univers graphique reconnaissable entre tous, avaient ainsi envie de retrouver non « les verts paradis des amours d’enfance » dont parle le poète mais bien les moments clefs où de futurs grands destins historiques ou légendaires ont transformé la catastrophe annoncée de leur existence en promesse d’avenir pour eux et pour les autres.

Au programme de ce livre écrit à quatre mains, soixante-deux enfances sur les trois-cent soixante douze envisagées dans une première liste !

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Emily Brontë en France

Anne, Emily et Charlotte Brontë, par leur frère Branwell (1834)

Anne, Emily et Charlotte Brontë, par leur frère Branwell (1834)

Morte à trente ans, auteure d’un unique roman, Wuthering Heights (Les Hauts de Hurle-Vent en français) publié en 1847 et qui demeura longtemps dans l’ombre d’un autre chef d’œuvre, le Jane Eyre de sa sœur Charlotte, Emily Brontë est longtemps demeurée un mystère.

Aujourd’hui sa silhouette fantomatique errant à jamais dans l’immensité de l’âpre lande où elle a situé la sombre intrigue de son roman, fait partie du folklore que des milliers de touristes vont, chaque année, chercher à Haworth, le village où elle a passé la quasi-totalité de sa brève existence.

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Un texte inédit de Virginia Woolf au pays des sœurs Brontë

Virginia Woolf en 1902

Virginia Woolf en 1902

Au cours de l’hiver 1904, Virginia Woolf se rend avec son cousin Will Waughan au presbytère de Haworth. Cette excursion donne lieu à une réflexion qu’elle soumet à Margaret Lytlleton, rédactrice en chef du supplément féminin au Guardian, et qui constitue le premier texte jamais publié par la jeune femme.

L’année 1904 est une année charnière dans la vie de la future romancière : elle a perdu son père au début de l’année, minée par une profonde dépression, elle a effectué sa première tentative de suicide et a dû être internée. C’est au cours de l’automne que Virginia emménage à Bloomsbury où elle rencontre les artistes du fameux « cercle » dont elle deviendra la plus illustre représentante.

Le « pèlerinage » à Haworth et cette première publication constituent donc une étape importante dans la reconstruction de la jeune femme. Ce texte n’avait à ce jour jamais été traduit en français. La traduction s’appuie sur une réédition de l’article paru en 1979 dans les Brontë society transactions, le magasine de la société Brontë que nous remercions.

Stéphane Labbe

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« Emmanuel Berl. Cavalier seul », d’Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, préface de Jean d’Ormesson

"Emmanuel Berl. Cavalier seul", d'Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, préface de Jean d'OrmessonEmmanuel Berl peut faire penser à ces seconds rôles de l’âge d’or du cinéma français : acteurs polyvalents, présents partout, irremplaçables et souvent géniaux, mais jamais en vedette, jamais au premier plan, toujours en retrait.

Dans le paysage littéraire de l’entre-deux-guerres, et même jusqu’aux années 1970, Berl occupe une place essentielle en tant que passeur, intermédiaire entre des courants de nature différentes et des intellectuels au parcours varié.

Mais rarement il intéresse pour lui-même. Injustice qu’ont voulu réparer Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, des professionnels du genre, en consacrant une copieuse biographie à ce Frégoli de la plume invité à faire enfin, comme le dit le sous-titre, « cavalier seul ».

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« Montaigne », d’Arlette Jouanna

Que peut-on attendre d’une nouvelle biographie de Montaigne qui s’ajoute à bien d’autres (et qui en mentionne six, intéressantes à divers titres, parues entre 1993 et 2014), surtout quand elle concerne un auteur dont la vie est si mal connue ?

Dès son « Introduction », Arlette Jouanna signale la difficulté de l’entreprise : « les sources accessibles dans les dépôts d’archives sont maigres, si bien qu’il faut renoncer, en l’état de nos connaissances, à tout savoir de ce qu’a vécu Montaigne ».

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« Jean-Pierre Melville, une vie », d’Antoine de Baecque

"Jean-Pierre Melville, une vie", d'Antoine De BaecqueUn singulier pluriel

Un de ses films figurait au programme de l’agrégation de Lettres et cela aurait plu à cet autodidacte, ou l’aurait amusé. Il a connu des années de purgatoire, mais de Scorsese à Tarantino, en passant par Abel Ferrara, John Woo et Johnnie To, de grands cinéastes le citent parmi leurs sources, l’admirent et s’en inspirent.

Ce cinéaste français, c’est Jean-Pierre Melville et Le Cercle rouge, « film somme » écrit Antoine de Baecque, était objet d’étude à l’Université. Pas le seul objet d’étude. On sait quelle place L’Armée des ombres occupe dans la filmographie consacrée à la Résistance. Lors de la projection de presse, Joseph Kessel, dont le roman était là adapté, a pleuré. Son frère d’armes pendant l’Occupation avait compris ce qu’ils avaient vécu, avait su rendre le quotidien d’un réseau, l’existence clandestine, à la fois banale et héroïque.

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