Emily Brontë en France

Anne, Emily et Charlotte Brontë, par leur frère Branwell (1834)

Anne, Emily et Charlotte Brontë, par leur frère Branwell (1834)

Morte à trente ans, auteure d’un unique roman, Wuthering Heights (Les Hauts de Hurle-Vent en français) publié en 1847 et qui demeura longtemps dans l’ombre d’un autre chef d’œuvre, le Jane Eyre de sa sœur Charlotte, Emily Brontë est longtemps demeurée un mystère.

Aujourd’hui sa silhouette fantomatique errant à jamais dans l’immensité de l’âpre lande où elle a situé la sombre intrigue de son roman, fait partie du folklore que des milliers de touristes vont, chaque année, chercher à Haworth, le village où elle a passé la quasi-totalité de sa brève existence.

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Un texte inédit de Virginia Woolf au pays des sœurs Brontë

Virginia Woolf en 1902

Virginia Woolf en 1902

Au cours de l’hiver 1904, Virginia Woolf se rend avec son cousin Will Waughan au presbytère de Haworth. Cette excursion donne lieu à une réflexion qu’elle soumet à Margaret Lytlleton, rédactrice en chef du supplément féminin au Guardian, et qui constitue le premier texte jamais publié par la jeune femme.

L’année 1904 est une année charnière dans la vie de la future romancière : elle a perdu son père au début de l’année, minée par une profonde dépression, elle a effectué sa première tentative de suicide et a dû être internée. C’est au cours de l’automne que Virginia emménage à Bloomsbury où elle rencontre les artistes du fameux « cercle » dont elle deviendra la plus illustre représentante.

Le « pèlerinage » à Haworth et cette première publication constituent donc une étape importante dans la reconstruction de la jeune femme. Ce texte n’avait à ce jour jamais été traduit en français. La traduction s’appuie sur une réédition de l’article paru en 1979 dans les Brontë society transactions, le magasine de la société Brontë que nous remercions.

Stéphane Labbe

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« Emmanuel Berl. Cavalier seul », d’Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, préface de Jean d’Ormesson

"Emmanuel Berl. Cavalier seul", d'Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, préface de Jean d'OrmessonEmmanuel Berl peut faire penser à ces seconds rôles de l’âge d’or du cinéma français : acteurs polyvalents, présents partout, irremplaçables et souvent géniaux, mais jamais en vedette, jamais au premier plan, toujours en retrait.

Dans le paysage littéraire de l’entre-deux-guerres, et même jusqu’aux années 1970, Berl occupe une place essentielle en tant que passeur, intermédiaire entre des courants de nature différentes et des intellectuels au parcours varié.

Mais rarement il intéresse pour lui-même. Injustice qu’ont voulu réparer Olivier Philipponat et Patrick Lienhardt, des professionnels du genre, en consacrant une copieuse biographie à ce Frégoli de la plume invité à faire enfin, comme le dit le sous-titre, « cavalier seul ».

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« Montaigne », d’Arlette Jouanna

Que peut-on attendre d’une nouvelle biographie de Montaigne qui s’ajoute à bien d’autres (et qui en mentionne six, intéressantes à divers titres, parues entre 1993 et 2014), surtout quand elle concerne un auteur dont la vie est si mal connue ?

Dès son « Introduction », Arlette Jouanna signale la difficulté de l’entreprise : « les sources accessibles dans les dépôts d’archives sont maigres, si bien qu’il faut renoncer, en l’état de nos connaissances, à tout savoir de ce qu’a vécu Montaigne ».

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« Jean-Pierre Melville, une vie », d’Antoine de Baecque

"Jean-Pierre Melville, une vie", d'Antoine De BaecqueUn singulier pluriel

Un de ses films figurait au programme de l’agrégation de Lettres et cela aurait plu à cet autodidacte, ou l’aurait amusé. Il a connu des années de purgatoire, mais de Scorsese à Tarantino, en passant par Abel Ferrara, John Woo et Johnnie To, de grands cinéastes le citent parmi leurs sources, l’admirent et s’en inspirent.

Ce cinéaste français, c’est Jean-Pierre Melville et Le Cercle rouge, « film somme » écrit Antoine de Baecque, était objet d’étude à l’Université. Pas le seul objet d’étude. On sait quelle place L’Armée des ombres occupe dans la filmographie consacrée à la Résistance. Lors de la projection de presse, Joseph Kessel, dont le roman était là adapté, a pleuré. Son frère d’armes pendant l’Occupation avait compris ce qu’ils avaient vécu, avait su rendre le quotidien d’un réseau, l’existence clandestine, à la fois banale et héroïque.

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Et si écouter lire était aussi le propre de l’homme ?

Jean-Michel Blanquer, alors tout récent ministre de l’Éducation nationale, s’est engagé au mois de juin 2017 à offrir à 150 000 élèves de CM2, dans le cadre de l’opération « Un livre pour les vacances », un recueil de fables choisies de Jean de La Fontaine. Il bénéficiait en cela de la bénédiction du fabuliste, qui, dans sa préface de 1668, recoupait l’avis de Platon concernant Ésope : « Il souhaite que les enfants sucent ces fables avec le lait ; il recommande aux nourrices de les leur apprendre. »

Cette initiative se doublait de vertus pratiques dans la mesure où une version « audio » de ces fables est téléchargeable sur le site Eduscol.

Il est ainsi possible pour l’élève non seulement de lire une partie d’une œuvre littéraire patrimoniale mais également de l’écouter interprêtée par le comédien Michel Elias. Or, c’est certainement la question de l’écoute du livre ou, si l’on préfère, de la reconquête du texte par l’oreille que la proposition ministérielle vient indirectement de relancer.

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« L’impossible exil. Stefan Zweig et la fin du monde », de George Prochnik

"L’Impossible Exil. Stefan Zweig et la fin du monde", de George ProchnikLe livre, traduit de l’anglais, que nous offre George Prochnik sur Stefan Zweig, est aussi passionnant que déconcertant. Déconcertant d’abord par sa forme, très éloignée des biographies classiques ou des essais, au demeurant assez nombreux, consacrés à l’auteur du Monde d’hier.

L’ouvrage se propose, ainsi que l’indique son titre, de décrire les années d’exil de l’écrivain, à partir de 1935, successivement en Angleterre, aux États-Unis (surtout) puis au Brésil, où il se donnera la mort avec sa compagne, Lotte en février 1942, et d’analyser en même temps le sens et l’importance de cet arrachement à sa terre natale autrichienne.

Mais ce travail s’éloigne d’une approche que nous appellerions cartésienne, le récit n’ayant rien de linéaire, mélangeant les époques et les lieux, bouleversant la chronologie, introduisant des anecdotes secondaires et des éléments personnels grâce auxquels l’auteur, citoyen américain, mais lui-même descendant de juifs viennois immigrés, s’identifie au personnage dont il trace l’itinéraire.

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Primo Levi, « Moi qui vous parle. Conversation avec Giovanni Tesio »

Primo Levi, "Moi qui vous parle. Conversation avec Giovanni Tesio"Trente ans après la mort de Primo Levi, un petit livre d’entretiens paraît. Petit mais riche et éclairant. Ce Moi qui vous parle aurait dû constituer la base d’une biographie autorisée que Giovanni Tesio souhaitait écrire sur l’écrivain et témoin que nous connaissons.

Primo Levi a participé à trois entretiens, un quatrième était prévu, qui n’a jamais eu lieu. La dépression chronique qui l’affectait a eu raison de lui, mais pas seulement elle ; l’air du temps, qui était à la négation du crime, le sentiment de ne plus pouvoir transmettre, d’autres causes plus intimes.

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