« Les Petites Victoires », d’Yvon Roy, prix INSPIREO des Lycéens 2019

L’association INSPIREO, dont l’objectif est de donner aux collégiens et lycéens le goût d’agir, propose aux établissements scolaires, grâce à une plateforme digitale, des interventions de témoins inspirants, des contenus sélectionnés (films, livres, BD), et des actions solidaires à réaliser au sein d’associations.

Elle organise chaque année un prix des Lycéens qui a été décerné le 4 juin à la bande dessinée d’Yvon Roy, Les Petites Victoires, publiée aux éditions Rue de Sèvres en 2017.

 

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« Mon traître » et « Retour à Killybegs », de Pierre Alary, d’après Sorj Chalandon

 

 

 

 

 

 

 

Une histoire sombre et belle d’Irlande du Nord

« Mais voilà. C’était comme ça. J’étais rentré
dans la beauté terrible et c’était sans retour.
»
Sorj Chalandon, Mon traître, p. 84.

Autour des deux albums Mon traître et Retour à Killybegs, de Pierre Alary,
d’après les deux romans éponymes de Sorj Chalandon, Rue de Sèvres, 2018.

La question nord-irlandaise se rappelle malheureusement à nous ces temps-ci. Le difficile règlement du Brexit ravive la question nationale entre Irlandais et Britanniques. Il oblige à penser une possible réinstallation de la frontière physique entre les deux Irlande, la République d’Irlande (Eire) et l’Irlande du Nord (Ulster), territoire britannique dans lesquels les unionistes (protestants et « loyalistes » à la Couronne) et les républicains (catholiques) se déchirent encore.

Pourtant, le conflit armé qui a fait plus de 3 000 morts en Irlande mais également en Grande-Bretagne, avait trouvé une issue politique en 1994-1996.

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« Darnand, le bourreau français », de Bédouel et Perna

Le héros se définissait dans l’Antiquité comme un demi-dieu ou un homme célèbre divinisé. Certains brillaient par leur force, d’autres par leur intelligence ou leur beauté, la plupart étaient pourvus de tous ces dons et atours. Faisant montre d’un courage extraordinaire, le héros se distingue par ses exploits surtout guerriers.

Quelques-uns avaient aussi leur talon d’Achille et ont brillé par leur destin tragique. Ils deviennent pour cela les personnages principaux d’œuvres littéraires, des héros (ou héroïnes) d’histoires, de contes à valeur d’édification. Mais le héros, figure positive s’il en est, ne se définit qu’à partir de ceux qui en déterminent la nature héroïque. Les valeurs qu’il défend et ceux qui l’admirent ne se distinguent pas toujours par leur humanisme.

C’est à ce paradoxe que se sont attaqués Bédouel et Perna en prenant comme terrain de réflexion la biographie d’un des personnages les plus sombres de notre histoire nationale du XXe siècle, Joseph Darnand (1897-1945).

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Un testament interrompu, « La Forêt millénaire », de Jirô Taniguchi

Jirô Taniguchi, "La Forêt millénaire", Rue de Sèvres, 2017, p. 11

Jirô Taniguchi, « La Forêt millénaire », Rue de Sèvres, 2017, p. 11

« Dire que l’arbre est, de tous les objets que produit la terre, le plus grand et le plus beau n’est pas lui faire un éloge exagéré. » William Gilpin, Remarks on Forest Scenery and Other Woodland Views, relative chiefly to Picturesque Beauty, 1791.

« L’homme y passe à travers des forêts de symboles / Qui l’observent avec des regards familiers. » Charles Baudelaire, « Correspondances », Les Fleurs du Mal, 1857.

Plus d’un an déjà – c’était le 11 février 2017 – que Jirô Taniguchi nous a quittés. Avant que la maladie ne l’emporte dans sa soixante-dixième année, il aura juste pu achever le premier tome d’un ensemble qui devait en compter cinq et qu’il espéra un temps pouvoir livrer à ses lecteurs fidèles en France comme au Japon. Le premier et unique jalon d’une histoire au long cours qui prônait – comme souvent chez Taniguchi mais peut-être pas dans ses albums les plus connus – l’harmonie entre l’être humain et la Nature.

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Histoire d’un rêve : « Herzl, une histoire européenne »

Ilia Brodsky et Théodor Herzl se sont peut-être rencontrés à Londres, dans le quartier de l’East end, au début du XXe siècle. Le premier était encore un jeune homme pauvre et idéaliste, rêvant d’une société juste, égalitaire, ayant foi dans l’homme. Le second, nous le connaissons comme le fondateur d’un mouvement lié à un peuple et une terre : le sionisme. Ilia est un personnage de fiction « hanté » par Herzl, qui par de nombreux  aspects est un personnage de roman.

C’est ainsi que l’ont compris Camille de Toledo et Alexander Pavlenko, l’un romancier et essayiste, l’autre illustrateur né en Russie, pays qu’il a quitté pour les mêmes raisons qu’Ilia : son antisémitisme constant, insidieux (ou pas) qui humilie et détruit. Tous deux ont écrit ce roman graphique qui, selon la formule, se lit comme un roman, mais se dévore aussi planche après planche. On ne saurait dissocier le travail graphique de celui sur le texte, toujours dense, passionnant, qui permet de découvrir les origines d’un rêve et les prémisses d’une désillusion qu’il est devenu, confronté à la réalité.

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