Un testament interrompu, « La Forêt millénaire », de Jirô Taniguchi

Jirô Taniguchi, "La Forêt millénaire", Rue de Sèvres, 2017, p. 11

Jirô Taniguchi, « La Forêt millénaire », Rue de Sèvres, 2017, p. 11

« Dire que l’arbre est, de tous les objets que produit la terre, le plus grand et le plus beau n’est pas lui faire un éloge exagéré. » William Gilpin, Remarks on Forest Scenery and Other Woodland Views, relative chiefly to Picturesque Beauty, 1791.

« L’homme y passe à travers des forêts de symboles / Qui l’observent avec des regards familiers. » Charles Baudelaire, « Correspondances », Les Fleurs du Mal, 1857.

Plus d’un an déjà – c’était le 11 février 2017 – que Jirô Taniguchi nous a quittés. Avant que la maladie ne l’emporte dans sa soixante-dixième année, il aura juste pu achever le premier tome d’un ensemble qui devait en compter cinq et qu’il espéra un temps pouvoir livrer à ses lecteurs fidèles en France comme au Japon. Le premier et unique jalon d’une histoire au long cours qui prônait – comme souvent chez Taniguchi mais peut-être pas dans ses albums les plus connus – l’harmonie entre l’être humain et la Nature.

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Histoire d’un rêve : « Herzl, une histoire européenne »

Ilia Brodsky et Théodor Herzl se sont peut-être rencontrés à Londres, dans le quartier de l’East end, au début du XXe siècle. Le premier était encore un jeune homme pauvre et idéaliste, rêvant d’une société juste, égalitaire, ayant foi dans l’homme. Le second, nous le connaissons comme le fondateur d’un mouvement lié à un peuple et une terre : le sionisme. Ilia est un personnage de fiction « hanté » par Herzl, qui par de nombreux  aspects est un personnage de roman.

C’est ainsi que l’ont compris Camille de Toledo et Alexander Pavlenko, l’un romancier et essayiste, l’autre illustrateur né en Russie, pays qu’il a quitté pour les mêmes raisons qu’Ilia : son antisémitisme constant, insidieux (ou pas) qui humilie et détruit. Tous deux ont écrit ce roman graphique qui, selon la formule, se lit comme un roman, mais se dévore aussi planche après planche. On ne saurait dissocier le travail graphique de celui sur le texte, toujours dense, passionnant, qui permet de découvrir les origines d’un rêve et les prémisses d’une désillusion qu’il est devenu, confronté à la réalité.

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« Philocomix », de Jean-Philippe Thivet, Jérôme Vermer et Anne-Lise Combeaud: le gai savoir en bulles

Qu’est-ce que le bonheur ? La question occupe régulièrement la une des magazines, et les ouvrages invitant à la méditation, à la sagesse, à la spiritualité, au développement de la vie intérieure (programme non exhaustif), trônent en bonne place dans les librairies comme sur les listes des best-sellers. Il faut avouer que le sujet trouve écho en chacun de nous, que l’on soit élève de primaire, de collège ou de lycée, professeur débutant ou aguerri, philosophe de formation ou parfait néophyte.

Dans Philocomix, la quête existentielle prend tout son sens, et le titre de cette bande dessinée figure l’ambition d’un projet à la portée universelle, alliant pédagogie et humour, rigueur scientifique et graphisme ludique.

Pour cerner la notion de bonheur, les trois auteurs développent la question du « vivre bien » sur laquelle se sont penchés des « poids lourds » de la pensée occidentale, de l’Antiquité au XIXe siècle. Cependant, le bonheur dont il est ici question, loin d’être une simple forme de développement personnel, concerne aussi bien la collectivité que l’individu.

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« Véro en mai », d’Yvan Pommaux et Pascale Bouchié, un album de jeunesse pour comprendre Mai 68

"Véro en mai", d'Yvan PommauxEn classe de cinquième, l’entrée des programmes, « Vivre en société, participer à la société. Avec autrui: familles, amis, réseaux », donne le loisir de proposer aux élèves des œuvres littéraires, graphiques et/ou cinématographiques où la narration d’un bouleversement sociétal croise celle d’un personnage, notamment celui d’un enfant ou d’un adolescent.

Aussi, alors que l’on fête le cinquantenaire de Mai 68, pourrait-il être fructueux d’explorer une période historique propice aux changements et où les relations intergénérationnelles et familiales se sont à la fois tendues et intensifiées. Dans cette perspective, il apparaît tout particulièrement intéressant de proposer aux élèves de cinquième Véro en mai, d’Yvan Pommaux et Pascale Bouchié.

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