« Prévert », par Yolande Moreau et Christian Olivier au Théâtre du Rond-Point, ou l’intelligence émotionnelle

Prévert © Stéphane Trapier

Coup sur coup le Théâtre du Rond-Point a offert à des artistes de renom de revisiter le répertoire de monstres sacrés : il y a quelques semaines c’était François Morel qui réinventait Devos dans un spectacle inspiré.

Depuis le 15 janvier c’est la comédienne Yolande Moreau et le chanteur Christian Olivier qui redonnent voix et musique à un bouquet choisi de textes de Prévert.

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« Molière », de Georges Forestier

« Atteindre l’homme
sous le costume de l’artiste. »

Si l’homme, selon la formule célèbre de Malraux, n’est qu’« un misérable petit tas de secrets », on peut juger vaine toute biographie. Celle de Molière doit pourtant être mise à part puisque, justement, elle ne saurait révéler ces « secrets » dont sont souvent friands les lecteurs de ce genre d’ouvrage…

Il faut en effet se faire une raison, nous n’aurons jamais de la vie de Molière, comme de celle de Montaigne, qu’une connaissance très partielle : devenus des « classiques », ils vivent essentiellement par et dans leurs œuvres.

Pourquoi donc Georges Forestier (son éditeur dans la « Pléiade ») a-t-il jugé bon d’écrire une longue biographie de cet écrivain dont « ne subsiste ni lettre, ni brouillon, ni note, ni manuscrit », seulement « trois livres de comptes portant sur trois saisons théâtrales du Palais-Royal » et « un “extrait” de l’ensemble des livres de comptes pour la période 1659-1685 » (le fameux « Registre de La Grange ») ?

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« Dans le faisceau des vivants », de Valérie Zenatti

Enfants d’Appelfeld

Dans un taxi qui la conduit à Jérusalem en ce mois de janvier 2017, Valérie Zenatti se voit corrigée par un chauffeur de taxi. Pour parler de Aharon Appelfeld qui vient de mourir, elle emploie le présent, au lieu de l’imparfait.

Le chauffeur n’est pas grammairien mais sa logique (et son obstination) sont imparables. Enfin presque : Dans le faisceau des vivants, écrit un an après la disparition du romancier israélien, montre un homme au présent.

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Insurrection populaire et littérature : apprendre avec Flaubert, Zola, Hugo

Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » © Musée du Louvre

L’actualité rend souvent curieux de jeter des ponts avec le passé, et l’éducation par vocation est invitation à sortir des bornes du présent pour engager un dialogue avec des époques plus anciennes.

Si la littérature française a été pour le XXe siècle plus attirée par les guerres et conflits majeurs (guerre d’Espagne, guerres d’indépendance, histoire des communismes) que par les insurrections et mouvements populaires nationaux, laissant au cinéma le soin d’aborder le Front populaire (La vie est à nous, de Jean Renoir ; La Belle Équipe, de Julien Duvivier) ou Mai 68 (La Chinoise, de Jean-Luc Godard ; L’An 01, de Jacques Doillon), les plus grands auteurs du XIXe siècle n’ont pas manqué d’évoquer et étudier les soubresauts de l’histoire de leur siècle : révolution de 1830, journées de 1832, insurrection des Canuts (1834), révolution de 1848, Commune de Paris de 1871 : Chateaubriand, Flaubert, Hugo, Zola, Vallès ont tous laissé des textes bien connus des professeurs de français et utiles à rappeler.

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« Enfances », de Marie Desplechin et Claude Ponti

Quand deux monstres sacrés de la littérature de jeunesse se rencontrent, qu’est-ce qu’ils se racontent ? Naturellement des histoires d’Enfances. Enfances avec un E majuscule, il va sans dire. Marie Desplechin, avec sa plume de romancière attentive à la vraie vie de tous ceux que l’on surnomme communément les gosses ou les ados, Claude Ponti avec son univers graphique reconnaissable entre tous, avaient ainsi envie de retrouver non « les verts paradis des amours d’enfance » dont parle le poète mais bien les moments clefs où de futurs grands destins historiques ou légendaires ont transformé la catastrophe annoncée de leur existence en promesse d’avenir pour eux et pour les autres.

Au programme de ce livre écrit à quatre mains, soixante-deux enfances sur les trois-cent soixante douze envisagées dans une première liste !

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Acheter un livre : à propos de la géographie littéraire

Les libraires sont des commerçants. Ils travaillent avec des représentants, ils vendent des livres à des clients, ils remboursent des emprunts, ils calculent leur chiffre d’affaires, dans une tension permanente entre la stabilité du fond et la fluctuation des nouveautés ;
mais ce sont surtout des lecteurs qui défendent les livres qu’ils aiment,
des animateurs qui invitent les écrivains qu’ils soutiennent,
des acteurs de la littérature,
les libraires sont des intercesseurs.

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La théorie des ensembles. À propos de l’histoire littéraire

Nos bibliothèques racontent une histoire qui ne correspond pas à l’histoire de la littérature, qui ne peut pas coïncider avec elle parce qu’elle est l’histoire de notre vie.

Et si nous sommes capables à peu près de situer ces livres dans l’histoire de la littérature, et capables à peu près de situer l’histoire de la littérature dans l’histoire de France, nous sommes plus capables encore de les situer dans l’histoire de notre vie puisque ce sont eux, davantage peut-être que les photographies, qui nous permettent de reconstituer les voix et les visages, les émotions qu’ils soulevaient en nous.

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