« Construire un feu », de Jack London, mise en scène de Marc Lainé à la Comédie-Française

Alexandre Pavloff, Pierre-Louis Calixte, Nazim Boudjenah dans « Construire un feu », de Jack London, mise en scène de Marc Lainé © Vincent Pontet

Alexandre Pavloff, Pierre-Louis Calixte, Nazim Boudjenah dans « Construire un feu », de Jack London, mise en scène de Marc Lainé à la Comédie-Française © Vincent Pontet

Quand, en juillet 1897, l’Excelsior accoste dans le port de San Francisco, John Griffith London, dit Jack London, ronge son frein. Le jeune homme, né en 1876, travaille dans une blanchisserie, suite à une brève et malheureuse expérience d’étudiant à l’université de Berkeley.

Le vapeur, en provenance du port alaskien de Saint-Michael, porte dans ses flancs une grosse tonne d’or et une quinzaine de prospecteurs du Klondike (région située dans le Yukon). Une nouvelle poussée de fièvre pour le rare métal jaune a éclaté un an plus tôt.

Quelques jours après, Jack London embarque à son tour pour le Grand Nord canadien qui, après l’Ouest californien, est devenu le nouvel Eldorado à découvrir. De son expérience d’une petite année passée à sillonner les vastes étendues glacées (et à beaucoup boire dans les saloons), le jeune pionnier ramènera non pas de l’or, mais une matière bien plus précieuse encore, destinée à enrichir ses futurs récits d’aventures, de L’Appel de la forêt (1903) à Belliou-la-Fumée (1912).

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Le théâtre au cinéma, ou la Comédie-Française pour tous

Pathé Live : la Comédie-Française au cinémaDepuis 2016, la Comédie-Française, en partenariat avec Pathé Live, retransmet certaines de ses pièces  en direct au cinéma. Le concept était né au milieu des années 2005 lorsque Pathé – déjà – avait initié la retransmission en direct d’opéras, répondant aux attentes d’un vaste public de mélomanes privés de  théâtres musicaux dans leurs lieux de vie et écartés des grandes salles par les prix pratiqués à l’Opéra Bastille ou au Palais Garnier.

Avec l’opération Théâtre au cinéma la démocratisation de la culture s’étend et s’oriente davantage vers les jeunes publics, puisque l’une des grandes innovations de ces retransmissions théâtrales est, outre d’avoir lieu en direct, d’être proposées à la demande des enseignants qui peuvent avec le cinéma de leur ville organiser une projection pour leurs élèves quelques semaines après la première diffusion publique, et cela au tarif scolaire en vigueur dans la salle.

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Enseignement, culture et spectacle vivant

Le BanquetPlus que jamais il relève de la mission de l’Éducation nationale de former la jeunesse à la culture vivante. Nous vivons dans un monde saturé de spectacles, d’événements, de créations, d’arts multiples et nouveaux, et nous oublions que cette offre surabondante, caractéristique de notre société et de la culture de consommation, comme l’a défini très tôt Anna Harendt, est inédite dans l’histoire.

Cette offre pléthorique est aussi liée à un besoin de création artistique polymorphe rarement connu dans le passé et qui sollicite de plus en plus des langages non littéraires : les corps, les sons, les images, la photographie, la vidéo, le numérique… De ce fait, plus que jamais Éducation nationale et Culture doivent coopérer.

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« Bouvard et Pécuchet », de Jérôme Deschamps, au Théâtre de la Ville

"Bouvard et Pécuchet", de Jérôme Deschamps, au Théâtre de la Ville

Micha Lescot (Bouvard) et Jérôme Deschamps (Pécuchet)

« Classiques : on est censé les connaître », écrit Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues. Et de fait on est censé connaître Bouvard et Pécuchet, mais on pardonnera désormais à celui qui n’ayant pas lu le roman aura vu l’adaptation qu’en donne Jérôme Deschamps au Théâtre de la Ville.

Cette adaptation est en effet fidèle sinon à la lettre du texte du moins à l’esprit du roman, et les libertés  de réduction, transposition ou invention que prend Jérôme Deschamps, loin de  choquer ou décevoir, ajoutent de la malice à l’œuvre pour rendre au centuple à Flaubert ce qu’il nommait sa « prétention à être comique ».

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Entretien avec Ludovic Lagarde, metteur en scène de « L’Avare », de Molière, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

Alexandre Pallu, Myrtille Bordier, Louise Dupuis, Laurent Poitrenaux, Tom Politano, Marion Barché dans "L'Avare", de Molière, mis en scène par Ludovic Lagarde© Pascal Gély

Alexandre Pallu, Myrtille Bordier, Louise Dupuis, Laurent Poitrenaux, Tom Politano, Marion Barché dans « L’Avare », de Molière, mis en scène par Ludovic Lagarde © Pascal Gély

À peine rentré de Turin où il reprend ces jours-ci son double spectacle lyrique, savant couplage du Secret de Susanna d’Ermanno Wolf-Ferrari (1921) et de La Voix humaine de Francis Poulenc (1959), le metteur en scène et directeur de la Comédie de Reims (CDN), Ludovic Lagarde, revient pour l’École des lettres sur sa création rémoise de L’Avare en 2014.

Un « Avare de choc », prévient-on, à l’affiche durant tout le mois de juin au théâtre de l’Odéon à Paris.

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« L’Avare », de Molière, selon Ludovic Lagarde

On ne va pas voir L’Avare pour découvrir un texte, pas davantage pour retrouver des sensations scolaires, moins encore pour  réviser ses classiques, on y va avec l’espoir fou d’une surprise, d’un inédit, d’un original, et la mise en scène de Ludovic Lagarde vous comble, vous séduit, vous convainc.
Car on est bien chez Harpagon, mais non dans une maison du XVIIe siècle mais dans un entrepôt d’aujourd’hui, son entreprise,  un lieu plein de cartons, de palettes, et de manutentionnaires portant l’écusson H sur leur blouse grise. Tandis que les  affaires marchent silencieusement, mystérieusement, Harpagon, l’œil sur la vidéo surveillance fixée en permanence sur son jardin, le fusil toujours à portée de main, songe sans cesse au secret de son argent.

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« Poussière », de Lars Norén à la Comédie-Française, une méditation sur la vie

"Poussière", de Lars Norén © Comédie-Française

« Poussière », de Lars Norén © Comédie-française

Poussière, création de Lars Norén à la Comédie-Française et pour la troupe de la Comédie-Française, permet de comprendre nettement la différence entre l’œuvre littéraire et le simple reportage, entre le théâtre et le document, entre un homme de lettres et un homme des médias.

Le sujet de la pièce est la vieillesse et la mort, thème ô combien « sociétal », mais ici pas de maison de retraite, de vieillards malades et séniles, de personnel débordé, de maltraitance et de solitude, mais une méditation profonde sur la vie et la mort qui l’achève : les plus grands maux, les plus grandes blessures du temps affectent l’âme, plus encore que le corps. On est plus près du Roi se meurt de Ionesco que d’un magazine d’enquête et d’information. On se confronte à un grand texte écrit pour de grands acteurs.

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« L’Éveil du printemps », de Frank Wedekind, mis en scène par Clément Hervieu-Léger

"L'Éveil du printemps", de Frank Wedekind, mis en scène par Clément Hervieu-Léger à la Comédi -FrançaiseComme nous l’annoncions il y a peu, L’Éveil du printemps, pièce méconnue du poète et dramaturge allemand Frank Wedekind, fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française. Elle est mise en scène par Clément Hervieu-Léger (dont la précédente création du Petit-maître corrigé a été reprise récemment et diffusée au cinéma en direct des représentations).

Comme Hervieu-Léger, fidèle compagnon de route de Patrice Chéreau, le scénographe Richard Peduzzi en signe les décors. C’est pour ce dernier une première également salle Richelieu, et nous nous en réjouissons car c’est une réussite.

Leur conception est austère, géométrique, monumentale. Les hauts murs carcéraux – vaste nuancier de gris, bleus très sombres – qui entourent la scène impressionnent l’œil, étouffent d’emblée. On se surprend vite à en rechercher les ouvertures. Modulables, ils offrent d’infinies possibilités qui renouvèlent régulièrement les perspectives et creusent les sens de la pièce.

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