Bac 2019, corrigé du sujet de la série L : « Hernani », de Victor Hugo

1. Dans sa préface, Victor Hugo remercie cette « jeunesse puissante » pour qui il dit travailler. En quoi « Hernani » est-elle la pièce de la jeunesse ? [Sur 8]

2. En avril 1830, Balzac déclare à propos d’« Hernani » : « Rien n’y est neuf ». Qu’en pensez-vous ? [Sur 12]

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« Électre/Oreste », d’Ivo van Hove, à la Comédie-Française

Suliane Brahim, Christophe Montenez © Jan Versweyveld

Monter un classique grec est tout autre chose que reprendre un classique français. Pour un classique français, le public a toujours une idée, peut-être reçue, peut-être savante, de ce que doit en être ou avoir été la version traditionnelle (sinon historique) ; et il mesure alors l’écart produit par la nouvelle production, son conformisme ou son originalité, sa mémoire étant toujours partiellement préparée au sujet, au jeu et à la langue.

En revanche, pour une pièce de Sophocle ou Euripide, le spectateur manque de repères. Sauf doté d’une culture érudite, il sait peu des représentations antiques, et la version qui lui est proposée tient autant de la découverte du théâtre grec du Ve siècle av. J.-C. que de l’appréciation d’une version nouvelle d’une pièce ancienne. Continuer la lecture

« An Irish Story – Une histoire irlandaise », de Kelly Rivière

Kelly Rivière dans « An Irish Story » © David Jungman

À l’expression désormais admise « seule en scène », dont nous nous méfions pour les shows comiques, performances d’acteurs ou suites de sketches plus ou moins improvisés qu’elle suppose, nous préférons la formulation « seule sur scène » où le récit tient lieu de fiction. À l’exemple des mises en scène théâtrales de Mémoires d’un fou ou du Horla que nous avons vu naguère.

Encore que dans le cas de Kelly Rivière et son spectacle An Irish Story – Une histoire irlandaise, il soit difficile de parler de solitude sur scène tant l’actrice (née en 1979) remplit l’espace avec la quinzaine de personnages qu’elle incarne tour à tour.

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«Trissotin ou les Femmes savantes», de Molière, mise en scène Macha Makeïeff

Un grand moment de bonheur au Théâtre La Scala

Comment expliquer un succès qui ne se dément pas depuis quatre ans ? Quel est le secret de ce Trissotin ou les femmes savantes, mis en scène par Macha Makéieff, créé pour les Nuits de Fourvière à Lyon en juillet 2015 puis repris à Marseille dans sa maison mère du Théâtre de la Criée, avant d’entamer une tournée en région puis au-delà, jusqu’en Chine, avec, pour dernière escale, le théâtre de la Scala à Paris ?

Résoudre cette énigme c’est revenir à la question de fond : qu’est-ce que jouer un classique ?

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« Le Misanthrope », de Molière, selon Alain Françon et Peter Stein

Comment ordonner l’enthousiasme tenace, total, excessif – en un mot – d’Alceste pour la raison et l’honneur ? En ayant prononcé devant lui à propos d’un inconnu de bonnes paroles qui ne l’engageaient à rien, paroles vides de sens – lui-même est prêt à en convenir –, l’amical Philinte (« amical », ainsi que son nom même l’indique) l’a offensé assurément.

En cherchant à le ramener à une mesure plus humaine des choses et des êtres, Philinte déclenche dès la première scène chez notre atrabilaire amoureux une vive, une excessive colère. Ainsi – et cela ne se démentira pas – l’amitié qu’on porte à Alceste peut-elle se transformer en épreuve, et l’amour même que plus tard lui dira éprouver Célimène pour sa personne se mue-t-il en course d’obstacles.

Tel est le drame du Misanthrope : Alceste s’ingénie à s’interdire (mais plus encore, il entend l’interdire aux autres) tout compromis avec le jeu social, qu’il nomme hypocrisie.

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La tragédie entre mémoire et résilience : l’exemple d’«Andromaque», de Racine

Les règles du théâtre classique portent bien sur le temps ou sur les caractères mais ne traitent jamais d’un dénominateur commun à ces deux critères : la mémoire (rapport d’un caractère au temps passé). Or ce sont bien les aventures de la mémoire qui caractérisent la tragédie parce que le héros tragique est certes en proie « à un destin qui l’emporte », selon le vers célèbre d’Oreste dans Andromaque, mais il est aussi en proie à une mémoire persécutrice, à l’urgence d’une issue à sa mémoire : soit qu’elle le hante et l’obsède au point de rendre impossible le présent, soit qu’elle l’ait trahi et refuse à faire retour dans le présent.

Autrement dit, qu’il s’agisse d’excès de mémoire ou de défaut de mémoire, l’enjeu est bien celui d’un équilibre possible ou impossible à trouver, de la juste place de la mémoire entre oubli et obsession, trop plein ou trop peu. L’action tragique est cette lutte contre un passé qui encombre ou qui vous fuit, lutte définissant deux sortes de culpabilité tragique, celle de l’oubli fautif (oublier alors qu’on ne doit pas oublier), et celle de la remémoration inlassable (se souvenir alors qu’il faut oublier).

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18 avril 2019 : Chantiers d’Europe en Sorbonne

L’académie de Paris et le Théâtre de la Ville à Paris dédient à la jeunesse une soirée spéciale de Chantiers d’Europe, le jeudi 18 avril, de 19 h à 21 h, dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne.

Chantiers d’Europe est un festival annuel européen du Théâtre de la Ville, héritier en droite ligne du célèbre Théâtre des Nations où résonnèrent pour la première fois en France les noms de Brecht ou de Strehler. Le fait de décliner cet événement pour et par les jeunes, enfants du XXIe siècle, est une première.
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Aujourd’hui plus que jamais, l’Europe est à incarner et à réinventer par la jeunesse, dans le  dialogue interculturel et par la pratique artistique.
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« Jusque dans vos bras », psychanalyse de l’inconscient national

C’est à une « psychanalyse électrochoc de la France » (note d’intention) que nous invitent Jean-Christophe Meurisse et ses Chiens de Navarre avec le spectacle Jusque dans vos bras, dont le titre fait écho au célèbre chant révolutionnaire de la Marseillaise.

Créé en juin 2017, le spectacle au répertoire du collectif tourne depuis dans toute la France. En réaction au grand débat lancé en novembre 2009 par Éric Besson, alors ministre en charge de l’Identité nationale dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy, le collectif d’artistes connu pour son rire de résistance et son art consommé de la comédie burlesque entreprend une sorte de tableau vivant du roman national destiné à scruter notre inconscient national.

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