« L’École des femmes », de Molière, mise en scène de Stéphane Braunschweig

Portrait de Molière par Charles Antoine Coypel (1694-1752), Comédie-Française.

Portrait de Molière par Charles Antoine Coypel (1694-1752), Comédie-Française.

Deux hommes – Arnolphe et Chrysalde – pédalent, assis sur des vélos d’entraînement. Ils pédalent, et devisent des avanies du couple, et des contes que l’on en fait.

Le premier, la quarantaine, est catégorique. Contre les ennuis du « cocuage », il faut user de « méthode ». Qui consiste, pour sa part, à épouser demain une jeune personne, qu’il a très tôt enlevée de son pauvre milieu (dès l’âge de quatre ans !), et qu’il a ensuite séquestrée dans la sotte innocence du couvent.

Sourire en coin de son interlocuteur (excellent Assane Timbo), sceptique sur les mérites de la sottise…

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Les institutions culturelles et l’Éducation nationale

On assiste depuis une dizaine d’années à une impressionnante augmentation de l’offre d’accompagnement pédagogique de la part des institutions culturelles d’État : théâtres, musées, bibliothèques.

Accès facilité pour les publics scolaires, tarifs particulièrement bas, aménagement de rencontres, de conférences, dossiers à disposition, partout en France les relais culturels de l’État, à commencer par les DRAC, déploient une belle énergie pour rapprocher le monde de l’éducation, enseignants et élèves, du monde des arts et des artistes.

Théâtres nationaux à Paris, scènes nationales et scènes conventionnées en province, musées nationaux ou régionaux accompagnent souvent avec imagination et intelligence la volonté de l’État de doter au maximum l’ensemble des territoires d’outils d’actions culturelles auprès des plus jeunes. On peut pourtant douter de l’efficacité réelle de ces ressources, tout comme de leur finalité ultime.

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« L’École des femmes », de Molière, mise en scène par Stéphane Braunschweig à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

Claude Duparfait (Arnophle) et Suzanne Aubert (Agnès), dans "L'École des femmes", de Molière, mise en scène par Stéphane Braunschwig © Odéon, Théâtre de l'Europe

Claude Duparfait (Arnophle) et Suzanne Aubert (Agnès), dans « L’École des femmes », de Molière, mise en scène par Stéphane Braunschwig © Odéon-Théâtre de l’Europe

L’inquiétante familiarité de la comédie

Il y a des pièces de Molière qui plus que d’autres sont embarrassantes tant l’écart est grand entre la forme et le fond, entre le genre revendiqué, la comédie, et le sujet traité, grave ou profond.

C’est le cas avec L’École des femmes, et c’est aussi cette tension que rend perceptible la mise en scène de Stéphane Braunschweig, alliant le comique et le dramatique, recherchant non pas la simplification plaisante mais la complexité troublante. Autant dire que le résultat est tout en intelligence.

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« Cinna », de Pierre Corneille (agrégation 2019)

« Auguste et Cinna ou la clémence d’Auguste », de Gabriel Bouchet (1759-1842) © Musée national du château de Versailles

Sous le voile, une spiritualité chrétienne

Vers la fin du XVIIe siècle (1674), Boileau dans son Art poétique formule un interdit qui est déjà respecté depuis longtemps en littérature, mais aussi en art :

« De la foi d’un Chrétien, les mystères terribles
D’ornements égayés ne sont point susceptibles.
L’Évangile à l’esprit n’offre de tous côtés
Que pénitence à faire et tourments mérités. »

Art poétique, chant troisième.

Corneille, on le sait, ne respectera pas toujours cette sentence puisqu’en 1642 il donnera Polyeucte, une tragédie à sujet chrétien où le héros ne renonce en rien à sa gloire mais la fonde sur la gloire céleste obtenue grâce au martyre. Cette liberté de l’auteur ne fut pas bien accueillie. « Le christianisme avait extrêmement déplu », écrit Voiture. On pense que Cinna (1641) se conforme mieux à cette règle du classicisme qui consiste à prendre l’Antiquité grecque, romaine et l’Olympe pour cadre des tragédies, de la littérature et de l’art.

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« La Petite Sirène », de Hans Christian Andersen, adaptation et mise en scène de Géraldine Martineau

Sur l’étroite scène du Studio-Théâtre où règne une obscurité scintillante, une jeune fille (Adeline d’Hermy) presse sa grand-mère (Danielle Lebrun) de lui parler du monde « merveilleux » des humains. Assises sur des balançoires, toutes deux flottent dans l’air, qui est de l’eau.

La petite sirène vit dans la hâte de ses quinze ans pour être autorisée à monter à la surface de la mer et pouvoir enfin découvrir la réalité d’en haut.

En attendant, au milieu de quatre-vingt-dix « guindes » (c’est ainsi qu’on appelle les cordes au théâtre, nous explique l’excellent livret pédagogique distribué aux enfants avant le spectacle) qui descendent des cintres et qui dessinent un univers de coraux autour d’elles, la petite sirène écoute et rêve à son émancipation. Elle écoute en rêvant de quitter la cage dorée de son enfance.

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« Comédie-Française, une histoire du théâtre », par Agathe Sanjuan et Martial Poirson

« Comédie-Française, une histoire du théâtre », par Agathe Sanjuan et Martial PoirsonDans la préface qu’il consacre à cet ouvrage, l’administrateur général du Théâtre, Éric Ruf, s’étonne qu’il n’y ait pas eu de livre généraliste sur la Comédie-Française.

Étonnement fort juste et fort provisoire car désormais avec ce Comédie-Française, une histoire du théâtre, d’Agathe Sanjuan et Martial Poirson, le manque est réparé, le vide est comblé, et de manière magistrale et éclatante.

L’ouvrage est en effet une histoire et une étude, une somme d’informations érudites et plaisantes, une enquête sur la singularité d’un théâtre hors du commun en Europe, une participation à la vie même de cette institution, qu’il ne faut surtout pas réduire à un musée du théâtre français.

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« Partage de Midi », de Paul Claudel, au Théâtre national de Strasbourg

"Partage de Midi", de Paul Claudel, mise en scène d'Éric Vigner © TNS, Jean-Louis Fernandez

« Partage de Midi », de Paul Claudel, mise en scène d’Éric Vigner © TNS, Jean-Louis Fernandez

Du 5 au 19 octobre, le Théâtre national de Strasbourg (TNS) a présenté une nouvelle mise en scène d’une des grandes pièce du XXe siècle, Partage de Midi. Ce drame a été écrit par Claudel en 1905, immédiatement après sa rencontre avec la femme de sa vie, Rosalie Vetch, et la trahison de celle-ci, aventure dont la pièce est la transposition scénique. Mais, pour des raisons morales privées, Claudel a retardé de voir son œuvre sur scène, jusqu’à ce que Jean-Louis Barrault la monte enfin, dans une seconde version allégée, en 1948, avec Edwige Feuillère dans l’unique rôle féminin, Ysé.

Depuis cette création qui a fait date, plusieurs autres mises en scène ont suivi, en France et à l’étranger. Chez nous, les plus notoires ont été celle d’Antoine Vitez en 1975, avec Ludmilla Mikaël, puis celle d’Yves Beaunesme en 2007, avec Marina Hands, la fille de cette dernière, ces deux mises en scène se référant à la version initiale de 1905, plus proche de l’expérience initiale, donc plus violente et authentique.

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