« Dramaturgies de l’atelier-théâtre 2 : Au bonheur des petites formes », de Chantal Dulibine et Bernard Grosjean

« Dramaturgies de l’atelier-théâtre 2 : Au bonheur des petites formes », de Chantal Dulibine et Bernard Grosjean,Cet ouvrage est la seconde collaboration de Chantal Dulibine, enseignante et formatrice d’enseignants, et Bernard Grosjean, metteur en scène-intervenant et enseignant à l’Institut d’études théâtrales de Paris III.

Dans leur premier opus, Coups de théâtre en classe entière au collège et au lycée, les deux auteurs avaient déjà exploré les diverses façons d’aborder le texte et le jeu théâtral en contexte scolaire. Ils proposaient, sous forme de fiches pédagogiques concrètes, une réflexion sur les consignes pour lire, jouer, écrire et regarder du théâtre, sur les moyens d’étendre le répertoire travaillé au domaine contemporain, et sur les obstacles qui risquaient de se présenter aux enseignants et artistes-intervenants souhaitant mettre en place ce type d’atelier.

Pour s’adapter au format de plus en plus réduit des ateliers théâtre, ils proposent cette fois-ci un ouvrage consacré aux petites formes, c’est-à-dire à des spectacles composés de plusieurs textes, le plus souvent dramatiques, qui se frottent les uns aux autres pour donner un sens inédit. Tout en offrant une plus grande flexibilité en termes de postes de jeu, de dispositif scénique et de temporalité, la petite forme stimule l’imaginaire des élèves en s’appuyant sur une grande diversité culturelle et un renouvellement des formes dramatiques.

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« Contre le théâtre politique », d’Olivier Neveux

Olivier Neveux, "Contre le théâtre politique"Écho du mot fameux de Sacha Guitry, « Les femmes je suis contre, tout contre », ce  Contre le théâtre politique est moins le signe d’une opposition à un quelconque théâtre politique qu’une enquête sur tout ce qui vient, comme le dit son auteur,  « buter contre le théâtre politique », autrement dit tout ce qui l’entoure pour mieux le contenir ou au contraire l’aider à s’affranchir.

Olivier Neveux poursuit ici une œuvre universitaire constamment tournée vers les luttes du théâtre dont l’avant-dernier essai, Politiques du spectateur (2013) étudiait les façons dont le théâtre transgressif traitait son spectateur.

Dans ce Contre le théâtre politique, il s’agit désormais d’étudier comment le théâtre se situe face à l’État, ce qu’il fait de la politique ou comment il est politique.

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Bac 2019, corrigé du sujet de la série L : « Hernani », de Victor Hugo

1. Dans sa préface, Victor Hugo remercie cette « jeunesse puissante » pour qui il dit travailler. En quoi « Hernani » est-elle la pièce de la jeunesse ? [Sur 8]

2. En avril 1830, Balzac déclare à propos d’« Hernani » : « Rien n’y est neuf ». Qu’en pensez-vous ? [Sur 12]

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« Électre/Oreste », d’Ivo van Hove, à la Comédie-Française

Suliane Brahim, Christophe Montenez © Jan Versweyveld

Monter un classique grec est tout autre chose que reprendre un classique français. Pour un classique français, le public a toujours une idée, peut-être reçue, peut-être savante, de ce que doit en être ou avoir été la version traditionnelle (sinon historique) ; et il mesure alors l’écart produit par la nouvelle production, son conformisme ou son originalité, sa mémoire étant toujours partiellement préparée au sujet, au jeu et à la langue.

En revanche, pour une pièce de Sophocle ou Euripide, le spectateur manque de repères. Sauf doté d’une culture érudite, il sait peu des représentations antiques, et la version qui lui est proposée tient autant de la découverte du théâtre grec du Ve siècle av. J.-C. que de l’appréciation d’une version nouvelle d’une pièce ancienne. Continuer la lecture

« An Irish Story – Une histoire irlandaise », de Kelly Rivière

Kelly Rivière dans « An Irish Story » © David Jungman

À l’expression désormais admise « seule en scène », dont nous nous méfions pour les shows comiques, performances d’acteurs ou suites de sketches plus ou moins improvisés qu’elle suppose, nous préférons la formulation « seule sur scène » où le récit tient lieu de fiction. À l’exemple des mises en scène théâtrales de Mémoires d’un fou ou du Horla que nous avons vu naguère.

Encore que dans le cas de Kelly Rivière et son spectacle An Irish Story – Une histoire irlandaise, il soit difficile de parler de solitude sur scène tant l’actrice (née en 1979) remplit l’espace avec la quinzaine de personnages qu’elle incarne tour à tour.

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«Trissotin ou les Femmes savantes», de Molière, mise en scène Macha Makeïeff

Un grand moment de bonheur au Théâtre La Scala

Comment expliquer un succès qui ne se dément pas depuis quatre ans ? Quel est le secret de ce Trissotin ou les femmes savantes, mis en scène par Macha Makéieff, créé pour les Nuits de Fourvière à Lyon en juillet 2015 puis repris à Marseille dans sa maison mère du Théâtre de la Criée, avant d’entamer une tournée en région puis au-delà, jusqu’en Chine, avec, pour dernière escale, le théâtre de la Scala à Paris ?

Résoudre cette énigme c’est revenir à la question de fond : qu’est-ce que jouer un classique ?

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« Le Misanthrope », de Molière, selon Alain Françon et Peter Stein

Comment ordonner l’enthousiasme tenace, total, excessif – en un mot – d’Alceste pour la raison et l’honneur ? En ayant prononcé devant lui à propos d’un inconnu de bonnes paroles qui ne l’engageaient à rien, paroles vides de sens – lui-même est prêt à en convenir –, l’amical Philinte (« amical », ainsi que son nom même l’indique) l’a offensé assurément.

En cherchant à le ramener à une mesure plus humaine des choses et des êtres, Philinte déclenche dès la première scène chez notre atrabilaire amoureux une vive, une excessive colère. Ainsi – et cela ne se démentira pas – l’amitié qu’on porte à Alceste peut-elle se transformer en épreuve, et l’amour même que plus tard lui dira éprouver Célimène pour sa personne se mue-t-il en course d’obstacles.

Tel est le drame du Misanthrope : Alceste s’ingénie à s’interdire (mais plus encore, il entend l’interdire aux autres) tout compromis avec le jeu social, qu’il nomme hypocrisie.

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