August Sander : Persécutés / persécuteurs, des Hommes du XXe siècle

Une dignité rendue

August Sander

August Sander à Kuchhausen, circa 1956/1958 © Galerie Julian Sander, Cologne

« Dans chaque visage d’homme, son histoire est écrite de la façon la plus claire. L’un sait la lire, l’autre non. »

Ce poème, c’est August Sander (1876-1964) qui le cite dans une conférence de 1931. Il correspond à son travail tel que nous le connaissons depuis le milieu des années 1970. À cette époque, le style documentaire qu’il incarnait, avec d’autres, comme Walker Evans ou, dans une autre mesure Diane Arbus, est mis en lumière, davantage qu’il ne l’était jusqu’alors.

Le vaste projet « Hommes du XXe siècle », commencé peu avant la première guerre mondiale, largement mis en œuvre sous le régime de Weimar, bouleverse notre vision de la photographie

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Entretien avec le photographe Harold Chapman, témoin de la Beat Generation

Plaque commémorative apposée sur la façade du Beat Hotel © CR

Plaque commémorative apposée sur la façade du Beat Hotel © CR, 2016

17. Write in recollection and amazement for yourself.”
« Écrivez en souvenir et stupéfaction de vous-même. »
Jack Kerouac (1922-1969).

Deux photographes ont particulièrement documenté la grande période de la Beat Generation à la fin des années 1950 : le poète Allen Ginsberg (1926-1997) et le photographe Harold Chapman (né en 1927).

L’auteur de Howl and Other Poems, qu’en 1956 publie chez City Lights Books Lawrence Ferlinghetti (né en 1919), ne se séparait jamais de son appareil photo. Ses clichés – pris à New York, Paris, Tanger et jusqu’en Inde – sont bien connus, se présentant généralement dans la forme qu’il leur donna sur le tard, à savoir celle de nouveaux tirages qu’à partir des années 1980 il légenda avec soin, à même le papier, de son écriture si caractéristique : ainsi a-t-il fait de ces images, juste retour des choses, une œuvre de poète.

Les photos de Harold Chapman sont moins connues : le jeune photographe anglais (âgé d’à peine trente ans alors) a pourtant largement contribué à sauver de la grisaille et de l’oubli l’un des lieux emblématiques de la Beat Generation – “The Beat Hotel”, à Paris, dans le Quartier Latin.

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Des cartes (postales) pour jouer : « Tout », par Sophie Calle

"Tout", par Sophie CalleImaginons que, à l’ancienne mode, vous décidiez d’envoyer des cartes de vœux à tous vos amis. À l’ancienne mode puisque bien des gens ont remplacé la calligraphie soignée et les longues phrases par des SMS et autres messages sur les réseaux sociaux. Donc imaginons…

Voici un coffret qui pourrait vous être fort utile. Il s’appelle Tout et contient cinquante cartes dont certaines se réduisent à une simple photo, mais photo prise par une artiste, et d’autres sont accompagnées d’un texte sur lequel nous reviendrons. Outre que ces cartes sont souvent belles, souvent mystérieuses aussi, elles ont une unité puisque toutes sont de Sophie Calle, et publiées chez Actes Sud, son éditeur depuis trente ans.

Vos cinquante destinataires ne se connaissent sans doute pas mais vous avez joué à la façon de l’auteur : vous les avez liés par ce jeu de cartes postales et pouvez leur proposer de se rencontrer, par exemple à votre anniversaire. S’il se déroule le 9 octobre et que par hasard vous fêtez vos cinquante-deux ans, vous pouvez les inviter tous (à condition qu’ils soient tous célibataires) avec Sophie Calle. C’est en effet ce qu’elle proposait entre 1980 et 1993. A l’âge de quarante ans, elle a interrompu ce rituel que vous pourriez ainsi prolonger.

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Grégoire Korganow, « Prisons – 67 065 », à la Maison européenne de la photographie

Grégoire Korganow, "Prisons"Depuis le 4 février, la Maison européenne de la photographie accueille le travail que Grégoire Korganow, « photographe du réel », a effectué dans des prisons françaises entre 2011 et 2014.

Le réel, ce photographe nous y confronte sans ménagement après qu’il a pu s’y plonger en étant nommé « contrôleur délégué des lieux de privation de liberté ». Durant ces trois années, Grégoire Korganow a disposé d’un accès sans aucune limite, de jour comme de nuit, à tous les espaces de l’univers carcéral.

À travers ce regard ubiquitaire, nous pénétrons les détails d’un monde qui a son organisation propre, le quotidien des prisonniers, leurs lieux de vie.

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Raconter le réel. Du documentaire à la fiction

"L'École des lettres", numéro 3, 2014-2015Les éditions Rue de Sèvres organisent avec succès depuis 2013 des rencontres professionnelles réunissant des auteurs travaillant sur les médias les plus divers.

En 2013, la rencontre intitulée Le scénario dans tous ses états a permis de confronter les techniques et aspirations d’auteurs de romans, de bandes dessinées, de films d’animation pour la télévision et le cinéma, de jeux vidéo et transmédias.

De nouveaux échanges avec neuf scénaristes ont eu lieu en juin 2014. Comment raconter le réel, tel était le thème de cette rencontre qui se donnait pour objectif d’explorer les formes du documentaire, et d’étudier le passage de la réalité à la fiction. Aurélien Ducoudray, Emmanuel Hamon, Andrès Jarach, Virginie Ollagnier, Loo Hui Phang, Boris Razon, Charlotte Sanson, Nathalie Sergeef, Fabien Vehlmann ont fait part de leur expérience de création.

Ce dossier est suivi d’un ensemble de points de vue sur l’actualité éditoriale. Deux débats de société sont également amorcés : le numérique, nouvelle idole de l’École ; les actions de lutte contre l’illettrisme.

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Photographie : « Au doigt et à l’œil », de Françoise Huguier

"Au doigt et à l'œil. Autoportrait d'une photographe", de Françoise HuguierUn angle décalé

Du 4 juin au 31 août, la Maison européenne de la photographie propose une exposition des travaux réalisés par Françoise Huguier. Si l’image est son moyen d’expression favori, elle sait aussi raconter et on en jugera en lisant Au doigt et à l’œil, autoportrait qu’elle a écrit en échangeant avec Valérie Dereux.

Vivant parce que Françoise Huguier a mené et mène une existence passionnante, digne parfois d’un roman d’aventures. Tout commence dans la forêt indochinoise. Elle a huit ans, son père dirige une plantation au début de la guerre d’Indochine.

Elle et son frère se font enlever par le Viet-Minh et conduire au Cambodge. Ils seront otages huit mois, dans des conditions très difficiles. Puis libérée, l’enfant entre chez les Sœurs, à Brunoy. La chance veut que cette institution religieuse applique la pédagogie Montessori et enseigne à la jeune fille à apprendre, à s’organiser de façon autonome et à entretenir son esprit critique. Ce qu’elle ne manquera jamais de faire.

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« Oradour-s. D’un village à l’autre », photographies de Charles Borrett

"Oradour-s. D'un village à l'autre", photographies de Charles BorrettLe photographe Charles Borrett s’est immergé à Oradour-sur-Glane pour y réaliser des sténopés. Ce mot désigne à la fois un appareil et un procédé photographique qualifié de pauvre : une boîte percée d’un trou et une pellicule suffisent pour réaliser des images atmosphériques et mystérieuses qui révèlent souvent bien plus que ce qu’imagine l’opérateur une fois qu’il a déclenché.

« Le très grand angle fait qu’on ne sait pas exactement ce qu’on va voir », explique Charles Borrett. Comme si un sens caché apparaissait au tirage.

Cela tient à la technique même de ce moyen abordable par tous. Le temps de pause, parfois long, ne donne pas la possibilité de figer la vie, mais de rendre leur âme aux objets inanimés.

Cette photographie lente, à l’opposé du mitraillage offert par le numérique, est parfaitement en adéquation avec le but poursuivi par Charles Borrett.

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Photographie : l’homme à droite est-il Arthur Rimbaud ?

Rimbaud à AdenBrice Poreau, chercheur-enseignant associé au Laboratoire d’anthropologie anatomique et de paléopathologie de l’univer-sité Claude-Bernard-Lyon 1, a formellement identifié Arthur Rimbaud dans une photographie redécouverte en 2000.

La biométrique de similarité, initialement développée dans le domaine judiciaire par le Laboratoire d’anthropologie est également appliquée à la comparaison de visages dans le domaine de l’art (peintures, sculptures). L’objectif est de pouvoir « identifier » un personnage, voire de le comparer à un autre en déterminant le pourcentage de ressemblance (similarité) existant entre les deux.

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