Aux alentours de la « montagne » : « Les Misérables », de Victor Hugo

"L‡-bas, dans l'île", par André Gill, "La Lune Rousse" 22 septembre 1878

« L‡-bas, dans l’île », par André Gill, « La Lune Rousse », 22 septembre 1878

« Histoire d’un saint / Histoire d’un homme / Histoire d’une femme / Histoire d’une poupée. »

Voilà ce que sont Les Misérables en 1845, dans un premier plan élaboré à la Chambre des pairs, où Hugo siège. Quand on relit l’œuvre, dans son intégralité, on ne trouve rien à redire.

De cette nouvelle édition établie dans la  » Bibliothèque de la Pléiade  » par Henri Scepi, avec la collaboration de Dominique Moncond’huy pour le dossier consacré aux images, on a beaucoup lu, et beaucoup de choses précises et justes. L’édition de 1951 datait ; de nombreux universitaires, dont on trouvera les références bibliographiques en fin de volume, avaient enrichi notre connaissance de l’œuvre, de son contexte, proposé des éditions Ici et là.

Cette « Pléiade » est une sorte de somme ou de bilan. Mais avec Hugo, rien n’est jamais achevé, ni tout à fait dit. Comme l’écrit des Misérables Bernard Leulliot, « Ce livre est une montagne ; on ne peut le mesurer, ni même le bien voir qu’à distance. C’est-à-dire complet. » Alors prenons quelques chemins de traverse qui mènent au sommet, sans trop nous hâter.

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Gustav Klimt, à l’Atelier des lumières

Gustav Klimt © Culturespaces / E. Spiller

Gustav Klimt © Culturespaces / E. Spiller

Un nouveau lieu d’exposition – l’Atelier des lumières – a ouvert ses portes le 13 avril dernier dans une ancienne fonderie située rue Saint-Maur à Paris (11e). L’espace de 1 500 mètres carrés sur 10 mètres de haut (tout de même !) se trouve niché derrière une façade d’immeuble ordinaire.

À l’intérieur, l’ossature métallique, une cheminée et une tour de séchage témoignent de son passé industriel (1835-1929).

Pour l’inauguration de cet endroit promis à des expériences « immersives monumentales », l’organisateur privé Culturespaces (filiale d’Engie, ex-GDF Suez), aux commandes de dix autres lieux tels que les musées Jacquemart-André et Maillol à Paris, et les Carrières des lumières aux Baux-de-Provence, a fait le choix du maître décoratif de la Sécession viennoise, Gustav Klimt (1862-1918). Où il sera surtout question de sa période dorée, de plusieurs portraits et paysages.

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« En guerre », de Stéphane Brizé

"En guerre", de Stéphane BrizéLe Festival de Cannes, où le huitième long-métrage de Stéphane Brizé (Une vie, 2016 ; La Loi du marché, 2015) est présenté mardi 15 mai en compétition officielle, apparaît comme une chambre d’écho des cinématographies de la planète autant que des soubresauts qui l’agitent.

Conflits religieux, malaise des banlieues, crises identitaires, tragédies migratoires, désastres écologiques, ou comme ici désordres économiques et âpres batailles syndicales, sont des sujets qui ont servi de cadre à nombre d’histoires douloureuses et autant de films magnifiques.

Voir les trois dernières Palme d’or : Dheepan (Jacques Audiard, 2015), Moi, Daniel Blake (Ken Loach, 2016), The Square (Ruben Östlund, 2017).

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« Everybody knows », d’Ashgar Farhadi, ou l’engrenage du ressentiment

"Everybody knows", d'Ashgar FarhadiUn talent certain, des interprètes magnifiques et une histoire de secrets de famille comme Ashgar Farhadi sait si bien les mettre en scène, avec un dialogue permanent entre le passé et le présent, font que ce film a d’ores et déjà toutes les chances de figurer au palmarès du 71e Festival de Cannes. Car Farhadi sait mieux que personne envisager tous les aspects d’une situation, les motivations de chacun des personnages, et éviter tout manichéisme. On s’en était rendu compte dans son premier succès mondial : Une séparation.

Pourtant ce film-ci laisse une certaine insatisfaction. Il mérite de garder son titre espagnol Todos lo saben, car il a été tourné en Espagne avec un casting exclusivement espagnol et raconte un drame familial.

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« Poussière », de Lars Norén à la Comédie-Française, une méditation sur la vie

"Poussière", de Lars Norén © Comédie-Française

« Poussière », de Lars Norén © Comédie-française

Poussière, création de Lars Norén à la Comédie-Française et pour la troupe de la Comédie-Française, permet de comprendre nettement la différence entre l’œuvre littéraire et le simple reportage, entre le théâtre et le document, entre un homme de lettres et un homme des médias.

Le sujet de la pièce est la vieillesse et la mort, thème ô combien « sociétal », mais ici pas de maison de retraite, de vieillards malades et séniles, de personnel débordé, de maltraitance et de solitude, mais une méditation profonde sur la vie et la mort qui l’achève : les plus grands maux, les plus grandes blessures du temps affectent l’âme, plus encore que le corps. On est plus près du Roi se meurt de Ionesco que d’un magazine d’enquête et d’information. On se confronte à un grand texte écrit pour de grands acteurs.

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« L’Éveil du printemps », de Frank Wedekind, mis en scène par Clément Hervieu-Léger

"L'Éveil du printemps", de Frank Wedekind, mis en scène par Clément Hervieu-Léger à la Comédi -FrançaiseComme nous l’annoncions il y a peu, L’Éveil du printemps, pièce méconnue du poète et dramaturge allemand Frank Wedekind, fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française. Elle est mise en scène par Clément Hervieu-Léger (dont la précédente création du Petit-maître corrigé a été reprise récemment et diffusée au cinéma en direct des représentations).

Comme Hervieu-Léger, fidèle compagnon de route de Patrice Chéreau, le scénographe Richard Peduzzi en signe les décors. C’est pour ce dernier une première également salle Richelieu, et nous nous en réjouissons car c’est une réussite.

Leur conception est austère, géométrique, monumentale. Les hauts murs carcéraux – vaste nuancier de gris, bleus très sombres – qui entourent la scène impressionnent l’œil, étouffent d’emblée. On se surprend vite à en rechercher les ouvertures. Modulables, ils offrent d’infinies possibilités qui renouvèlent régulièrement les perspectives et creusent les sens de la pièce.

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« Transit », de Christian Petzold, la guerre aux réfugiés, sous l’Occupation et aujourd’hui

"Transit", de Christian PetzoldOn peut entrer dans le nouveau long-métrage du réalisateur allemand Christian Petzold (Barbara, 2012 ; Phoenix, 2015) par son générique de fin, déroulé au son de Road to Nowhere de Talking Heads (1985). On se souvient, le leader du groupe, David Byrne, se livrait dans le clip illustrant le célèbre morceau à un simulacre de course à pied (statique), sorte de fuite éperdue, sans fin. De fait, les images vidéo, et les incertitudes du lieu et du destin qui traversent les paroles de la chanson, résument parfaitement l’esprit de Transit.

Le film de Petzold est librement adapté du roman homonyme de sa compatriote, l’écrivaine Anna Seghers (1900-1983). L’œuvre de cette dernière, publiée en 1944 et en partie autobiographique, situe l’action à Marseille, en 1940. Là, dans ce bout de territoire français encore en zone libre, se presse une foule hétérogène – déserteurs, juifs, communistes, artistes, opposants au régime nazi – déterminée à échapper à la Wehrmacht et à embarquer vers les Amériques…

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« Mes provinciales », de Jean-Paul Civeyrac

"Mes provinciales", de Jean-Paul CiveyracD’où vient que Mes provinciales, le neuvième long-métrage de Jean-Paul Civeyrac – l’histoire d’un jeune homme venu étudier le cinéma à Paris –, possède le charme tonifiant d’une première œuvre ?

D’où vient que ses images, magnifiquement cadrées, nous touchent autant ?

Serait-ce l’effet de son principe romanesque ? Le choix du récit de formation comme genre d’une intrigue située au cœur de la Capitale ? Sa chronique de la vie estudiantine ?

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