« Mektoub, my love : canto uno », d’Abdellatif Kéchiche, un long moment d’éblouissement

"Mektoub, my love : canto uno", d’Abdellatif KéchicheLa sortie d’un film du talentueux Abdellatif Kéchiche ne passe jamais inaperçu. Comme La graine et le mulet (2007), Vénus noire (2010) et La Vie d’Adèle (2013), Mektoub, my love : canto uno arrive sur les écrans chargé de sa petite odeur méphitique émanant des fâcheries entre le réalisateur et ses partenaires financiers.

Nous passerons, bien sûr, sur ce qui finit par apparaître comme une douloureuse (mais nécessaire) méthode de travail, et laisserons aux gazettes gourmandes de potins le loisir de dévoiler les dessous du litige pour nous intéresser à ce qui fait la spécificité de la cinématographie de Kéchiche : sa durée filmique, comme moyen d’explorer les possibilités de l’être.

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Des lycéens de l’option facultative théâtre à la rencontre de l’écrivain et journaliste Matéi Vișniec, à RFI

Les élèves du lycée de La-Plaine-de-Neauphle, à Trappes, en compagnie de Matéi Visniec dans les locaux de RFI

Les élèves du lycée de La-Plaine-de-Neauphle, à Trappes, en compagnie de Matéi Visniec au siège de Radio France internationale

Le mercredi 15 novembre 2017, les élèves de l’option facultative « Théâtre » du lycée de La-Plaine-de-Neauphle, à Trappes, dans les Yvelines, ont eu la chance de rencontrer le dramaturge Matéi Vișniec, auteur, entre autres, de la pièce Migraaaants sur la tragédie de l’exil, et journaliste à RFI. Une occasion unique de découvrir l’univers des médias et d’approcher un créateur reconnu.

À la suite d’un échange riche et intense, le choix de cette pièce a été confirmé pour la création collective de fin d’année scolaire. Une initiative qui sera suivie par l’École des lettres.

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« La Prière », de Cédric Kahn, un acte de foi dans la jeunesse éprouvée

Cédric Kahn est un des meilleurs réalisateurs français actuels. Des récits de faits de société comme Roberto Zucco (2001) ou Vie sauvage (2014), de très belles adaptations comme celle de L’Ennui d’Alberto Moravia (1998) l’ont fait reconnaître par la profession et par le public. Il aime les intrigues hors du commun et les personnages asociaux, marginaux ou retirés du monde. Il traite ici un sujet délicat : la désintoxication et la réinsertion de jeunes drogués.

Thomas, un garçon de vingt-deux ans, arrive dans une communauté isolée en pleine montagne qui reçoit d’anciens toxicomanes pour les réadapter. Son visage balafré, en gros plan, est la première image que nous voyons. Il dénote l’état physique et moral pitoyable d’un garçon blessé, révolté, incapable de communiquer. Sa détresse saute aux yeux.

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« Une chambre en Inde », d’Ariane Mnouchkine, au Théâtre du Soleil

"Une chambre en Inde", d'Ariane MnouchkineUne chambre en Inde, c’est un peu l’auberge espagnole, diront certains, déroutés par la variété des idées et des personnages qui s’y croisent. D’autres verront, en revanche, dans ce spectacle d’Ariane Mnouchkine, créé fin 2016 et repris actuellement dans son vénérable Théâtre du Soleil, un entrelacs de pensées stimulantes et de tableaux roboratifs.

Le cœur et l’esprit engagé de la dramaturge, aujourd’hui âgée de 79 ans (!), sont ici à l’œuvre, intacts et sincères. Comme son humour et sa décontraction offerts au public depuis près de cinquante ans lors de sa traditionnelle présentation de la représentation.

Autant dire que (re)venir à la Cartoucherie, formidable survivance des utopies théâtrales post-soixante-huitardes, demeure un moment d’une belle et chaude humanité, aussi chaude que l’actualité pour l’occasion revisitée.

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« La Vase », de Marguerite Bordat et Pierre Meunier

"La Vase", de Marguerite Bordat et Pierre Meunier

« La Vase », de Marguerite Bordat et Pierre Meunier

« Ce n’est peut-être pas qu’elle soit inhospitalière ou jalouse ;
car, privée d’affection, si vous lui faites la moindre avance, elle s’attache à vous. 
»
Francis Ponge, Ode inachevée à la boue in Pièces (1962).

Pierre Meunier est sans doute le plus pongien des acteurs-dramaturges français. Tripatouilleur de matériaux et explorateurs de formes, il creuse, depuis vingt-cinq ans qu’il a créé sa compagnie (La Belle Meunière), un sillon unique dans le théâtre contemporain, entre performances, installations conceptuelles et jeux de scène désopilants.

Au cœur de sa réflexion : le monde, les choses, la matière. L’univers merveilleux du quotidien et sa kyrielle de sensations. Le concret, le physique, le pesant – la lourdeur des corps (pas seulement terrestre, d’ailleurs) est un des pôles d’attraction de ce faux professeur Newton et vrai produit des arts du cirque.

Le monde réel, Meunier l’appréhende comme une évidence paradoxale, un séduisant agrégat d’apparences à ne pas prendre pour argent comptant. Sa vérité, nous dit-il, est sous nos yeux et ailleurs à la fois. Jamais là où l’on croit qu’elle est.

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Tertullien, « Contre les spectacles »

Tertullien. D'après le traité "Contre les spectacles"Saluée par la critique, l’adaptation que le comédien Hervé Briaux vient de réaliser du traité De Spectaculis (Des Spectacles) de Tertullien (150-220 ap. J.-C.) au Théâtre de Poche-Montparnasse, dans une mise en scène de Patrick Pineau, invite à rouvrir ce texte radical, à plus d’un égard étonnant.

Première condamnation historique des spectacles, incluant dans le même anathème le théâtre, les jeux du cirque et les courses de chars, le De Spectaculis inaugure une longue lignée de polémiques, de répression et de malédiction jetée sur les arts imitatifs et leurs interprètes.

Porter ce texte sur un plateau constitue donc une jubilatoire revanche, qui révèle toute l’attention passionnée que porte Tertullien, grand inquisiteur avant la lettre du théâtre, à l’objet de sa haine et de sa réprobation. Le tout, dans une prose étincelante…

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« Phantom Thread », de Paul Thomas Anderson, ou l’art de bâtir une intrigue

"Phantom Thread", de Paul Thomas AndersonDans le Londres des années 50, le célèbre couturier Reynolds Woodcock (appréciez le jeu de mots ironique et l’hommage à Hitchcock) habille la famille royale, les stars de cinéma, les héritières, les gens du monde.

Mannequins et maîtresses se succèdent dans sa vie, mais seules deux femmes comptent vraiment: sa sœur tout d’abord, sa complice de toujours et son bras droit, et le fantôme de sa mère, qui l’obsède.

Il ne vit que pour son travail et crée des robes uniques, de véritables œuvres d’art dont chacune recèle un message secret, un fil caché (phantom thread), une maxime occulte, connue de lui seul. Et, sur lui, il porte en permanence, cousues dans une couture de sa veste, une mèche de cheveux et la photo de sa mère.

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« Wajib, l’invitation au mariage », d’Annemarie Jacir

"Wajib, l’invitation au mariage", d’Annemarie JacirDeux hommes dans une voiture. Le père, le fils. Qui, durant une journée, circulent dans la ville, discutent, plaisantent, se confient, se disputent, et s’arrêtent régulièrement pour rendre une courte visite à la famille ou aux amis.

Le porte-à-porte auquel les deux hommes se livrent patiemment répond au « wajib » (« devoir »), une coutume palestinienne consistant à remettre en main propre des dizaines (des centaines !) d’invitations de mariage.

En l’occurrence, celui d’Amal, fille de l’un, Abu Shadi, professeur, la soixantaine, divorcé, et sœur de l’autre, Shadi, architecte d’une quarantaine d’années, installé à Rome. Deux personnages interprétés avec brio par les acteurs Mohammad Bakri et Saleh Bakri, respectivement père et fils, à l’écran comme à la ville.

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