« Ayka », de Sergey Dvortsevoy : travailler ou mourir

On avait quitté Sergey Dvortsevoy sur une excellente impression. Tulpan, son premier long-métrage de fiction, doublement récompensé – prix Un Certain Regard et prix (défunt) de l’Éducation Nationale au Festival de Cannes –, nous avait ravis. C’était il y a dix ans. En 2008. Depuis, plus rien.

L’histoire tragi-comique de Tulpan devait alors se confondre dans notre esprit avec la possible destinée de son auteur, que l’on imaginait rendu à la simplicité de la vie agraire de la steppe kazakhe de ses origines.

Et puis, voilà qu’au printemps dernier, le cinéaste présenta un nouvel (et second) opus à Cannes, où il reçut le prix d’interprétation féminine pour la jeune Samal Yeslyamova, extraordinaire dans le rôle-titre.

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Photographie et société, de Dorothea Lange à la Bourse du talent


Dorothea Lange, « Migrant Mother », Nipomo, California, 1936 © The Dorothea Lange Collection, the Oakland Museum of California, City of Oakland. Gift of Paul S. Taylor

L’exposition « Dorothea Lange. Politiques du visible », qui se déroule jusqu’au 27 janvier au musée du Jeu de Paume, à Paris, est en résonance avec l’actualité : récession économique, déclassement social, migration économique, déplacement de populations, accompagnement de ces mutations par l’État.

Elle permet de découvrir la démarche de la photographe qui, en découvrant dans les rues de San Francisco les ravages sociaux que provoque la récession, décide d’abandonner son activité de portraitiste de studio et de photographier les chômeurs sans abri et les manifestants.

Elle sera ensuite engagée par la Farm Security Administration (FSA) et parcourra les États-Unis pour documenter par la photographie la pauvreté et ses conséquences dans les régions rurales – comme le fera Steinbeck, qui lui écrira une lettre admirative, avec son roman Les Raisins de la colère.

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« Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche », d’Hervé Blutsch : une introduction au théâtre postmoderne

« Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche », d’Hervé Blutsch © Christophe Raynaud de Lage

Après une tournée retentissante en province, Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche, d’Hervé Blutsch arrive au Théâtre du Rond-Point pour une série de vingt-cinq représentations jusqu’au 10 février.

C’est l’occasion de découvrir un théâtre ébouriffant, tournant à la dérision les codes et les valeurs, volontiers irrespectueux et délirant, qui pourrait rappeler le théâtre de Jarry, les spectacles dada, le premier Ionesco ou encore les Marx Brothers, et qui finalement correspond bien à l’inspiration postmoderne.

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« Molière », de Georges Forestier

« Atteindre l’homme
sous le costume de l’artiste. »

Si l’homme, selon la formule célèbre de Malraux, n’est qu’« un misérable petit tas de secrets », on peut juger vaine toute biographie. Celle de Molière doit pourtant être mise à part puisque, justement, elle ne saurait révéler ces « secrets » dont sont souvent friands les lecteurs de ce genre d’ouvrage…

Il faut en effet se faire une raison, nous n’aurons jamais de la vie de Molière, comme de celle de Montaigne, qu’une connaissance très partielle : devenus des « classiques », ils vivent essentiellement par et dans leurs œuvres.

Pourquoi donc Georges Forestier (son éditeur dans la « Pléiade ») a-t-il jugé bon d’écrire une longue biographie de cet écrivain dont « ne subsiste ni lettre, ni brouillon, ni note, ni manuscrit », seulement « trois livres de comptes portant sur trois saisons théâtrales du Palais-Royal » et « un “extrait” de l’ensemble des livres de comptes pour la période 1659-1685 » (le fameux « Registre de La Grange ») ?

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« Rafiki », de Wanuri Kahiu

Ce film est une curiosité cinématographique. Ce n’est pas tant le thème qui le rend singulier (une rencontre entre deux jeunes femmes qui devient une histoire d’amour et d’attirance réciproque), ni même la forme (qui essaie d’associer la naïveté de la romance à la violence des conventions sociales), mais son origine : c’est un film tourné au Kenya, à Nairobi, et il montre comment la naissance du sentiment amoureux peut heurter les préjugés hétérosexuels.

Cette histoire qui peut paraître assez stéréotypée devient intéressante quand elle permet l’immersion dans une réalité très différente, cette société africaine plutôt aisée, à la fois dynamique et marquée par des conventions masculines pesantes et souvent méprisantes.

L’appel à la tolérance que lance le film touche lorsqu’il est allié à un regard précis sur les mécanismes sociaux et sur la façon dont le système social est structuré.

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« Une affaire de famille », d’Hirokazu Kore-eda

Kairi Jyo dans « Une affaire de famille », d’Hirokazu Kore-eda © Wild Bunch Germany

La famille habite depuis longtemps l’œuvre du cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda. Quelle que soit la forme qu’il lui prête – groupe endeuillé (Distance, 2001 ; Still walking, 2008), fratrie abandonnée (Nobody knows, 2004) ou séparée (I wish, nos vœux secrets, 2011), famille déchirée (Tel père, tel fils, 2013 ; Après la tempête, 2017) ou recomposée (Notre petite sœur, 2015), le réalisateur en questionne le sens et s’interroge sur ce qui, au juste, fait famille.

Ce qui relie vraiment, entre loi sanguine et lien civil, entre la biologie qui oblige et l’alliance que l’on noue librement.

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« Un peuple et son roi », de Pierre Schoeller

Le troisième film de Pierre Schoeller peut absolument intéresser des enseignants, que cela soit dans le cadre d’un cours de lettres comme dans celui d’un cours d’histoire.

Le film se situe entre la prise de la Bastille et la décapitation de Louis XVI et ces balises sont précisément représentées dans le film de façon à constituer précisément un début et une conclusion.

C’est ce qui guide le récit : comment est-on passé de la prise de la Bastille à la mort du roi ? Quand cette mort est-elle devenue nécessaire ? Pour qui ? Selon quels principes, avec quelle philosophie ?

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« Enfants de Paris 1939-1945 », de Philippe Apeloig

Un enfant du paradis

Entre Paris et paradis il n’y a qu’une syllabe de différence, et si on lit les pages que Philippe Apeloig consacre à l’histoire de sa famille, en ouverture de Enfants de Paris 1939-1945, on comprend pourquoi Schmil Rozenberg, son grand-père maternel, a choisi de vivre dans le faubourg Saint-Antoine, après avoir fui la Pologne des années vingt.

Cet album est consacré à 1 500 monuments de Paris, des monuments « invisibles », ancrés dans la pierre, sur des façades : ce sont les plaques que leurs compagnons, leurs proches, ou des institutions ont apposées après la Seconde Guerre mondiale, en hommage aux fusillés, déportés, disparus, à celles et ceux qui sont morts dans les camps, au Mont Valérien, lors des combats de la Libération en août 1944 ou dans les geôles de la Gestapo, des plaques qui honorent les enfants juifs et les résistants, les Justes et les combattants de l’ombre.

En somme, la France qui n’acceptait pas l’occupation nazie, et ce, dès le 11-Novembre 1940 par la manifestation des lycéens et étudiants devant l’Arc de triomphe.

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