« Trois visages », de Jafar Panahi

Comme toujours, l’argument est simple. Son développement, ample et subtil.

Une célèbre actrice iranienne (Behnaz Jafari dans son propre rôle) reçoit une sinistre vidéo dans laquelle une adolescente, aspirante comédienne, implore son aide contre sa famille conservatrice… avant de se pendre.

Sous le choc, mais cependant sceptique quant à la chute du message, la star sollicite l’appui du cinéaste Jafar Panahi (en personne), qui l’emmène en voiture vers le village montagnard de la jeune fille, afin d’élucider le mystère.

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Entretien avec Ludovic Lagarde, metteur en scène de « L’Avare », de Molière, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe

Alexandre Pallu, Myrtille Bordier, Louise Dupuis, Laurent Poitrenaux, Tom Politano, Marion Barché dans "L'Avare", de Molière, mis en scène par Ludovic Lagarde© Pascal Gély

Alexandre Pallu, Myrtille Bordier, Louise Dupuis, Laurent Poitrenaux, Tom Politano, Marion Barché dans « L’Avare », de Molière, mis en scène par Ludovic Lagarde © Pascal Gély

À peine rentré de Turin où il reprend ces jours-ci son double spectacle lyrique, savant couplage du Secret de Susanna d’Ermanno Wolf-Ferrari (1921) et de La Voix humaine de Francis Poulenc (1959), le metteur en scène et directeur de la Comédie de Reims (CDN), Ludovic Lagarde, revient pour l’École des lettres sur sa création rémoise de L’Avare en 2014.

Un « Avare de choc », prévient-on, à l’affiche durant tout le mois de juin au théâtre de l’Odéon à Paris.

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« L’Avare », de Molière, selon Ludovic Lagarde

On ne va pas voir L’Avare pour découvrir un texte, pas davantage pour retrouver des sensations scolaires, moins encore pour  réviser ses classiques, on y va avec l’espoir fou d’une surprise, d’un inédit, d’un original, et la mise en scène de Ludovic Lagarde vous comble, vous séduit, vous convainc.
Car on est bien chez Harpagon, mais non dans une maison du XVIIe siècle mais dans un entrepôt d’aujourd’hui, son entreprise,  un lieu plein de cartons, de palettes, et de manutentionnaires portant l’écusson H sur leur blouse grise. Tandis que les  affaires marchent silencieusement, mystérieusement, Harpagon, l’œil sur la vidéo surveillance fixée en permanence sur son jardin, le fusil toujours à portée de main, songe sans cesse au secret de son argent.

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« Une année polaire », de Samuel Collardey

"Une année polaire", de Samuel Collardey © Ad Vitam

« Une année polaire », de Samuel Collardey © Ad Vitam

Le cinéma de Samuel Collardey, inscrit aux dispositifs d’éducation à l’image proposés par l’Éducation nationale et l’Institut français (MyFrenchFilmFestival, Prix Jean-Renoir des lycéens, Collège au cinéma), cultive le même jardin depuis dix ans. Chacun de ses films s’enracine dans un milieu socio-professionnel méconnu du héros et narre une histoire de paternité et de filiation contrariée.

Qu’il soit apprenti-paysan (L’Apprenti, 2008), aspirant footballeur (Comme un lion, 2013), pêcheur reconverti (Tempête, 2016) ou comme ici instituteur débutant, le personnage principal doit toujours faire l’apprentissage des autres pour convaincre et faire groupe.

Ce principe dramaturgique culmine même dans Une année polaire, puisqu’à l’écueil culturel et à l’éloignement géographique s’ajoute la barrière linguistique pour Anders, vingtenaire danois, parti enseigner sa langue aux jeunes Inuits d’un village du Groenland (Tiniteqilaaq). Très vite, l’ardeur du néo-professeur se refroidit à la glaciale atmosphère ambiante ; l’enthousiasme premier fait place aux doutes, à la solitude, au rejet. De ses élèves d’abord, qui le méprisent ouvertement, puis des adultes qui le considèrent comme un représentant de l’État colonisateur.

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Aux alentours de la « montagne » : « Les Misérables », de Victor Hugo

"L‡-bas, dans l'île", par André Gill, "La Lune Rousse" 22 septembre 1878

« L‡-bas, dans l’île », par André Gill, « La Lune Rousse », 22 septembre 1878

« Histoire d’un saint / Histoire d’un homme / Histoire d’une femme / Histoire d’une poupée. »

Voilà ce que sont Les Misérables en 1845, dans un premier plan élaboré à la Chambre des pairs, où Hugo siège. Quand on relit l’œuvre, dans son intégralité, on ne trouve rien à redire.

De cette nouvelle édition établie dans la  » Bibliothèque de la Pléiade  » par Henri Scepi, avec la collaboration de Dominique Moncond’huy pour le dossier consacré aux images, on a beaucoup lu, et beaucoup de choses précises et justes. L’édition de 1951 datait ; de nombreux universitaires, dont on trouvera les références bibliographiques en fin de volume, avaient enrichi notre connaissance de l’œuvre, de son contexte, proposé des éditions Ici et là.

Cette « Pléiade » est une sorte de somme ou de bilan. Mais avec Hugo, rien n’est jamais achevé, ni tout à fait dit. Comme l’écrit des Misérables Bernard Leulliot, « Ce livre est une montagne ; on ne peut le mesurer, ni même le bien voir qu’à distance. C’est-à-dire complet. » Alors prenons quelques chemins de traverse qui mènent au sommet, sans trop nous hâter.

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Gustav Klimt, à l’Atelier des lumières

Gustav Klimt © Culturespaces / E. Spiller

Gustav Klimt © Culturespaces / E. Spiller

Un nouveau lieu d’exposition – l’Atelier des lumières – a ouvert ses portes le 13 avril dernier dans une ancienne fonderie située rue Saint-Maur à Paris (11e). L’espace de 1 500 mètres carrés sur 10 mètres de haut (tout de même !) se trouve niché derrière une façade d’immeuble ordinaire.

À l’intérieur, l’ossature métallique, une cheminée et une tour de séchage témoignent de son passé industriel (1835-1929).

Pour l’inauguration de cet endroit promis à des expériences « immersives monumentales », l’organisateur privé Culturespaces (filiale d’Engie, ex-GDF Suez), aux commandes de dix autres lieux tels que les musées Jacquemart-André et Maillol à Paris, et les Carrières des lumières aux Baux-de-Provence, a fait le choix du maître décoratif de la Sécession viennoise, Gustav Klimt (1862-1918). Où il sera surtout question de sa période dorée, de plusieurs portraits et paysages.

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« En guerre », de Stéphane Brizé

"En guerre", de Stéphane BrizéLe Festival de Cannes, où le huitième long-métrage de Stéphane Brizé (Une vie, 2016 ; La Loi du marché, 2015) est présenté mardi 15 mai en compétition officielle, apparaît comme une chambre d’écho des cinématographies de la planète autant que des soubresauts qui l’agitent.

Conflits religieux, malaise des banlieues, crises identitaires, tragédies migratoires, désastres écologiques, ou comme ici désordres économiques et âpres batailles syndicales, sont des sujets qui ont servi de cadre à nombre d’histoires douloureuses et autant de films magnifiques.

Voir les trois dernières Palme d’or : Dheepan (Jacques Audiard, 2015), Moi, Daniel Blake (Ken Loach, 2016), The Square (Ruben Östlund, 2017).

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