Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu

Luiz Zerbini, « A Primeira Missa », 2014, acrylique sur toile, 200 × 300 cm, collection Luis Zerbini. Photo © Jaime Acioli.

La magnifique exposition qui se tient actuellement à la Fondation Cartier exige du visiteur un peu de patience. Il faut, en effet, du temps pour discerner les lignes de force qui unissent les quelque deux cents œuvres rassemblées pour l’occasion.

Aucune tête d’affiche n’offre de repères, ne présuppose de grille de lecture. L’entrée en matière effare ; la multiplicité des supports étourdit. Mais, le trouble passé, les efforts sont récompensés, l’intérêt et le plaisir immenses.

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« À l’Est la guerre sans fin, 1918-1923 ». Aux racines du siècle présent

Le 11 novembre 1918, la guerre s’achevait sur le front de l’Ouest, entre les Allemands, les Français et leurs alliés. Nous avons pris l’heureuse habitude de célébrer cet armistice, et la célébration prendra cette année un tour très particulier.

Nous célébrons la paix, même si nous savons qu’elle aura été de courte durée, ne serait-ce qu’en raison de l’absence de l’Allemagne vaincue à la table des négociations de 1919, pour la signature du Traité de Versailles. D’autres pays étaient présents, dont on découpait les territoires, avec plus ou moins de justesse ou de justice.

Dans ces pays d’Europe centrale et orientale, des Balkans ou du Levant autrefois ottoman, les armes ne s’étaient jamais tues, les massacres ne s’étaient pas interrompus, les mouvements migratoires se poursuivaient : les réfugiés qui allaient d’un lieu à l’autre à travers l’Europe étaient environ douze millions.

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Zao Wou-Ki. L’espace est silence

Sidney Waintrob, Zao Wou-Ki dans son atelier de la rue Jonquoyen en 1967, devant les peintures 29.09.64 et la première version de 21.09.64, 1967. Zao Wou-Ki © ADAGP, Paris 2018Photo Sidney Waintrob, Budd Studio© David Stekert, Budd Studio, 2018

Sidney Waintrob, Zao Wou-Ki dans son atelier de la rue Jonquoyen en 1967, devant les peintures 29.09.64 et la première version de 21.09.64, 1967. Zao Wou-Ki © ADAGP, Paris 2018Photo Sidney Waintrob, Budd Studio© David Stekert, Budd Studio, 2018

Les expositions consacrées à l’œuvre du peintre sino-français Zao Wou-Ki (1920-2013), sont rares. Si rares (la dernière au Jeu de Paume remonte à quinze ans) que la rétrospective organisée actuellement par le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris fait figure d’événement majeur. Et ce, pas seulement pour fait d’exception muséale.

Les quarante œuvres – huiles sur toile et (quelques) encres sur papier – exposées dans les quatre salles (seules disponibles pour cause de travaux) de l’institution parisienne, sont toutes des pièces exceptionnelles, tant par leur grand format que par leur qualité.

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Gustav Klimt, à l’Atelier des lumières

Gustav Klimt © Culturespaces / E. Spiller

Gustav Klimt © Culturespaces / E. Spiller

Un nouveau lieu d’exposition – l’Atelier des lumières – a ouvert ses portes le 13 avril dernier dans une ancienne fonderie située rue Saint-Maur à Paris (11e). L’espace de 1 500 mètres carrés sur 10 mètres de haut (tout de même !) se trouve niché derrière une façade d’immeuble ordinaire.

À l’intérieur, l’ossature métallique, une cheminée et une tour de séchage témoignent de son passé industriel (1835-1929).

Pour l’inauguration de cet endroit promis à des expériences « immersives monumentales », l’organisateur privé Culturespaces (filiale d’Engie, ex-GDF Suez), aux commandes de dix autres lieux tels que les musées Jacquemart-André et Maillol à Paris, et les Carrières des lumières aux Baux-de-Provence, a fait le choix du maître décoratif de la Sécession viennoise, Gustav Klimt (1862-1918). Où il sera surtout question de sa période dorée, de plusieurs portraits et paysages.

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August Sander : Persécutés / persécuteurs, des Hommes du XXe siècle

Une dignité rendue

August Sander

August Sander à Kuchhausen, circa 1956/1958 © Galerie Julian Sander, Cologne

« Dans chaque visage d’homme, son histoire est écrite de la façon la plus claire. L’un sait la lire, l’autre non. »

Ce poème, c’est August Sander (1876-1964) qui le cite dans une conférence de 1931. Il correspond à son travail tel que nous le connaissons depuis le milieu des années 1970. À cette époque, le style documentaire qu’il incarnait, avec d’autres, comme Walker Evans ou, dans une autre mesure Diane Arbus, est mis en lumière, davantage qu’il ne l’était jusqu’alors.

Le vaste projet « Hommes du XXe siècle », commencé peu avant la première guerre mondiale, largement mis en œuvre sous le régime de Weimar, bouleverse notre vision de la photographie

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Komorebi : une exposition d’art brut japonais à Nantes

Komorebi : une exposition d'art brut japonais à Nantes

Au Lieu unique, à Nantes, se tient jusqu’au 14 janvier une exposition consacrée à l’art brut japonais. Komorebi signifie littéralement « La lumière du soleil qui filtre à travers les feuilles des arbres ».

Prenons cette métaphore pour guide de l’exposition, après tout c’est Stéphane Gyger, directeur du Lieu unique, qui en a eu l’idée et c’est son équipe qui a mis en scène cette collaboration avec les institutions japonaises pour une exposition d’envergure internationale.

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Shoah et bande dessinée

Shoah et bande dessinée © Enki Billal

Shoah et bande dessinée © Enki Billal, Mémorial de la Shoah

La première fois que l’on a parlé d’un génocide dans une bande dessinée, c’était en 1919. On voyait des camps de concentration ottomans. Il était donc question du sort des Arméniens, et c’était dans un album mettant en scène… Bécassine.

Longtemps après, dans les années 2000, ce génocide donnera lieu au Décalogue, le génocide rwandais à d’autres bandes dessinées, et les crimes commis par les nazis envers les tsiganes ou homosexuels figureront eux aussi dans des albums que l’on peut feuilleter dans la dernière salle de l’exposition « Shoah et bande dessinée » qui vient de s’ouvrir au Mémorial de la Shoah à Paris.

Il va de soi que cette anecdote, découverte dans l’excellent catalogue accompagnant l’exposition, ne fait pas le cœur du sujet, lequel serait plutôt donné par le sous-titre du livre, L’image au service de la mémoire. Ce qui ne va pas de soi et suppose une réflexion sur l’image, sur la fiction et sur le témoignage aussi intense que celle que nous avons connue dans le domaine littéraire, et bien sûr le cinéma. Pour nous résumer, que montrer quand on parle de la Shoah ?

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